Cannes 2018 : Rafiki de Wanuri Kahiu, une romance politique

Durant ce Festival de Cannes 2018, la section Un Certain Regard nous présente Rafiki de Wanuri Kahiu, une jolie petite romance homosexuelle, à l’écriture parfois bancale et à la technique vacillante, mais dont l’ampleur dramaturgique et la prise de conscience politique font du bien.

Il n’est jamais facile d’appréhender ce genre d’œuvre car il faut savoir différencier son potentiel cinématographique et le courage humain et citoyen du film en lui-même. Dans Rafiki, la première étincelle du film provient de son iconographie moderne du continent africain. Alors que nous sommes habitués à observer la misère ou même le déclin d’une certaine forme de prospérité habitable, à l’image de Yomeddine en sélection officielle de Cannes cette année, Rafiki est tenace et fougueux dans sa manière d’appréhender le mouvement africain, ce qui permet de continuer l’effet visuel et lisible d’un film tel que Black Panther.

Ici, aucune forme de misère ou de mise à l’écart de la jeunesse dans le tremplin social du pays. En cohérence, avec ses nombreuses couleurs bariolées, Rafiki envoie une onde de positivité, une onde de choc qui donne espoir. On peut pardonner beaucoup de choses à une œuvre comme Rafiki : sa mise en scène à la photographie chromatique et clippesque mais accordée à un montage parfois aléatoire, sa direction d’acteur amatrice, ou même un scénario au lien parfois très superficiel. Pourtant, pourquoi un tel traitement de faveur ? Rafiki est entouré d’un contexte qui donne une certaine portée politique (censure dans son pays) au propos et une puissance au projet. Parler de l’homosexualité dans un pays comme le Kenya n’est pas une mince à faire, et les séquences d’exorcisme ou de cérémonie religieuse sont là pour nous le rappeler.

rafiki-film-kenyan-cannes-2018

Avec ses plans travaillés, ses décors colorés, Wanuri Kahiu ancre son œuvre dans une atmosphère de films indépendants américains, avec ses « suburbs » et ses terrasses entre amis. Rafiki raconte l’amour entre deux jeunes femmes, chacune étant la fille d’un politicien (ce qui n’est guère important pour le récit). De cette œuvre « lesbienne », il ne faut pas s’attendre à une énième version de La Vie d’Adèle. Au contraire, la première caractéristique qui vient à l’esprit est la pudeur avec laquelle la réalisatrice trousse ses cadres, aime parler de ses personnages féminins, s’amuse de l’imagerie même de la féminité et nous dévoile la relation en question : beaucoup de jeux de regards, des sorties, des bougies.

Derrière le contexte africain, on sent aussi une réalisatrice qui semble vouloir se détacher d’une certaine forme de naturalisme omniprésent dans le cinéma africain mais au contraire semble vouloir romancer son idylle tout en insérant les véritables enjeux de cet amour : la persécution et la haine contre le « démon » de l’homosexualité. Avec sa touche adolescente (première scène, une fille en skate) version épisodes de Skins (sans le côté trash), sa manière de prendre par la main ses personnages et de les accompagner dans leur chemin de croix, ses thématiques juvéniles (l’émancipation face à la religion), Rafiki est d’une sincérité qui amène d’elle-même une émotion mélancolique.

Certes, ce film, présenté à la sélection Un Certain Regard, n’est sans doute pas le meilleur film que nous verrons durant la compétition, mais de par sa franchise et son courage, il n’est pas évident d’y rester insensible. Là où les codes du cinéma de genre semblent un peu balbutiants (le récit initiatique ou la romance), c’est avant tout la passion enfouie dans le cœur même de l’entreprise qui fait que certaines scènes fonctionnent dès le premier coup d’œil.

Bande-annonce : Rafiki de Wanuri Kahiu

Synopsis : À Nairobi, Kena et Ziki mènent deux vies de jeunes lycéennes bien différentes, mais cherchent chacune à leur façon à poursuivre leurs rêves. Leurs chemins se croisent en pleine campagne électorale au cours de laquelle s’affrontent leurs pères respectifs. Attirées l’une vers l’autre dans une société kenyane conservatrice, les deux jeunes femmes vont être contraintes de choisir entre amour et sécurité…

[Un Certain Regard au Festival de Cannes 2018]

Rafiki, un film de Wanuri Kahiu
Avec Samantha Mugatsia, Sheila Munyiva, Dennis Musyoka…
Genre : Drame
Distributeur : Météore Films
Durée : 1h 22min
Date de sortie : Prochainement

Nationalités sud-africain, Kenyan, français, néerlandais, allemand

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