Alice dans les villes : La poésie de l’errance

Retour sur un classique intemporel signé Wim Wenders, Alice dans les villes, à l’occasion d’une exceptionnelle ressortie en salles en version restaurée.

Synopsis: Un jeune journaliste allemand en reportage aux États-Unis est bloqué dans un aéroport en grève. Une femme dans la même situation lui confie sa fillette, Alice. Elle doit les rejoindre à Amsterdam. Au lieu de rendez-vous, aucune trace de la jeune femme…

Bien avant d’être reconnu pour son talent internationalement et de recevoir la Palme d’or en 1984 pour Paris, Texas, Wim Wenders n’était reconnu que par un cercle fermé de cinéphiles. En 1973 sort ce qu’il considère comme son « vrai » premier film, Alice dans les villes, et également début d’un triptyque sur le voyage et l’errance.

Il est vrai qu’on ne sait jamais à quoi s’attendre en regardant une œuvre de ce réalisateur. Ici, ce qui frappe l’œil en premier est l’utilisation sublime du noir et blanc, donnant un « cachet » certes un peu daté au film, mais également une esthétique à part. On entre dans un monde unique, où la poésie visuelle des images est renforcée par la vue des rues de New-York et les mouvements de caméra lents. Si l’on n’est pas habitué, les plans fixes et le rythme doux peuvent paraître lancinants, mais force est de constater qu’ils renforcent une impression de flottement constant. De plus, suivre les déambulations aussi bien physiques qu’intérieures de Philippe, journaliste allemand errant dans un pays qui n’est pas le sien, donne un sentiment d’importante proximité avec le personnage. 

Nous suivons son cheminement intérieur, lui qui, au départ, fait face à sa stérilité artistique, perdu aux États-Unis et incapable d’écrire le texte de son reportage. Puis il fait la rencontre d’Alice et sa mère, et se retrouve à s’occuper de cette fillette malgré lui. Alors bien-sûr, au début la cohabitation est difficile, mais ils vont finir par s’apprécier, et lui va même devenir une figure paternelle pour la petite, voire presque un père de substitution. L’inspiration lui revenant petit à petit, à force de la fréquenter. Wenders montre l’errance de deux être esseulés qui vont se retrouver. Alice, elle, va grandir et se souvenir de son passé, et lui va retrouver sa verve et un but.

Le réalisateur réussit à faire un film envoûtant, grâce à sa musique signée Can, qui nous hante toujours après le visionnage, mais aussi grâce aux acteurs, saisissants dans leurs rôles respectifs. Yella Rottländer tout d’abord, impressionnante en petite fille attachante et boudeuse parfois, et puis Rüdiger Vogler, très convaincant en personnage rêveur et léger, presque à l’ouest, ou comme marchant sur un fil imaginaire. Puis cette fin symbolique: le dernier plan montrant la caméra s’éloigner du train qui mène les deux personnages vers leurs familles, leurs chemins se séparent, mais ils se sont retrouvés eux-mêmes…

N’hésitez donc pas et foncez voir cette œuvre éthérée et unique, en version restaurée à partir du 14 mars dans certaines salles de France !

Alice dans les villes: Bande Annonce

https://www.youtube.com/watch?v=8UwCjU7zLBU

Alice dans les villes : Fiche Technique

Titre original: Alice in den Städten
Réalisation: Wim Wenders
Scénario: Wim Wenders
Distribution: Rüdiger Vogler, Yella Rottländer, Lisa Kreuzer
Image: Robby Müller
Montage: Peter Przygodda
Producteur: Joachim Von Mengershausen
Durée: 110 minutes
Genre: Drame
Ressortie: 14 Mars 2018

Allemagne de l’Ouest – 1973

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Flora Sarrey
Flora Sarreyhttps://www.lemagducine.fr/
Biberonnée au cinéma depuis toujours, je suis passionnée par les films danois et asiatiques. Egalement férue de littérature et rock'n'roll.

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