Star Trek Discovery, bilan subluminique de la nostalgeek saison 1

Après un bilan mid-season mitigé malgré la reconnaissance de points forts et un haut potentiel pour la série, retour sur Star Trek Discovery et sa seconde partie de saison, très explicite quant à la direction prise par le show : la nostalgie.

Synopsis : Dix ans avant les aventures de Kirk et Spock… Michael Burnham a été élevée selon la culture vulcaine par Sarek, père de Spock. Elle est la première humaine à avoir reçu l’enseignement du Centre de formation vulcain de l’Académie des Sciences. Quelques années plus tard, en 2256, elle est devenue Premier Officier modèle sur le vaisseau de Starfleet, l’USS Shenzhou, sous les ordres du Capitaine Philippa Georgiou. Lorsque le vaisseau est confronté aux Klingons, elle désobéit aux ordres de sa supérieure. Cela provoque la destruction du vaisseau et la mort de nombreux officiers, dont le Capitaine Georgiou. Michael est condamnée par la Cour martiale et exclue de Starfleet. Cependant, six mois plus tard, elle est transférée sur l’étrange vaisseau USS Discovery, tenu par le Capitaine Gabriel Lorca.

To boldly go where much has gone before : nostalgia galaxy

Multiples sont les séries Star Trek qui ont mis du temps à s' »installer », soit à trouver leur rythme, leur ambiance, leurs personnages, leurs intrigues, et leur inscription dans un univers lui aussi à expandre – approfondir, agrandir… Discovery a connu – comme expliqué dans le bilan mid-season – une production accidentée. A tel point que deux des grands artisans cinématographiques (et télévisuels) de la saga ont été appelés pour conseiller. D’un côté, Nicholas Meyer, à qui l’on doit le premier grand film de la franchise, Star Trek II La Colère de Khan, premier d’une trilogie qu’il supervisera avec Leonard Nimoy, l’interprète de Spock aussi réalisateur des troisième et quatrième volets. On doit aussi à Meyer le très beau Star Trek VI Terre inconnue. Pour l’anecdote, il est aussi le scénariste-réalisateur de C’était demain qui met en scène H.G. Wells (Malcolm McDowell) à la poursuite de Jack L’Éventreur (David Warner) à travers le temps. De l’autre, nous avons Jonathan Frakes, le Numéro 1 du Capitaine Jean-Luc Picard (Patrick Stewart), soit le génial William T. Riker de The Next Generation. Ce dernier a aussi réalisé le formidable Star Trek : Premier Contact, long métrage qui a propulsé l’équipage du Captain Picard sur grand écran après un ST Générations qui a divisé. Il réalisera l’imparfait mais bel épisode cinématographique, Insurrection, qui suivra son First Contact. Plus tard, Frakes œuvrera sur nombre de séries en tant que réalisateur, de Dollhouse à Castle en passant par La Treizième Dimension et nombre d’épisodes de Star Trek.

Ainsi les deux bonshommes ont été appelés pour conseiller et même travailler sur la production de certains épisodes. Meyer est crédité en tant que consulting producer sur treize épisodes, tandis que Frakes réalise le dixième volume de la saison, Malgré soi (Despite Yourself). L’arrivée de ces deux artisans va au-delà d’un nécessaire besoin de forces trekkiennes efficaces sur le show. Les deux hommes prêtent en effet leurs noms à Discovery. Le show, qui est loin de faire l’unanimité – notamment parmi les fans – peut ainsi compter sur  ces deux noms pour sa promotion. Une utilisation publicitaire qui se base sur le gage de qualité que Frakes et Meyer représentent, et aussi et surtout sur la nostalgie qui entoure ces deux grands créatifs de la franchise (voir les articles liés aux deux noms dans le premier paragraphe et le screen ci-dessous pour vous faire une petite idée de l’énorme apport promotionnel permis par l’arrivée de Meyer et Frakes).

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L’arrivée des grands noms de l’univers « Star Trek » Nicolas Meyer et Jonathan Frakes a apporté un regain d’intérêt pour ‘Discovery’.

La nostalgie porte nombre de remakes, suites, et reboots. Symptôme d’une incapacité à se tourner vers l’avenir et à avancer, la nostalgie occupe le grand écran comme les petits depuis un certain nombre d’années. De Jurassic World au retour de K-2000, l’incapacité d’imaginer à nouveau (soit inventer) ou ré-imaginer (déconstruire pour remodeler les formes) est aussi présente dans Star Trek Discovery. Il a été expliqué dans le bilan de mi-saison que beaucoup de fans avaient crié au scandale face à un certain nombre d’éléments nouveaux (ou semblant l’être) ou non-concordants avec l’univers original ou celui parallèle de J.J. Abrams. On peut par exemple citer le nouveau design des Klingons. Mais comme il a été démontré concernant le design du Discovery et des costumes de l’équipage, Discovery est loin de désobéir aux règles qui régissent le cosmos Star Trek. Et le déroulement des épisodes de la seconde moitié de saison était déjà annoncé par quelques épisodes de la première partie : Choisissez votre douleur (Ep. 05 : Choose Your Pain) et Troubler l’esprit des sages (Ep. 07 : Magic to Make the Sanest Man Go Mad). On retrouve dans les deux volumes le personnage de Harry Mudd qui, comme tout Trekkie le sait, en fera voir des vertes et des pas mûres au Capitaine Kirk et l’équipage de l’Enterprise dans la série originale. Ce qu’on peut considérait comme un clin d’œil adressé aux fans et une infirmation de voir Discovery comme une série véritablement inscrite dans l’univers était en fait un autre outil – tels les prête-noms Meyer et Frakes – du tournant nostalgique du show visant à accrocher le public de fans ne se retrouvant pas dans ce nouveau chapitre de leur univers fétiche.

L’épisode 07 va plus loin et place le spectateur dans une position rassurante pour tout adepte de la licence et plus généralement de science-fiction. Le Discovery est bloqué dans une boucle temporelle causée par Mudd qui échoue à prendre parfaitement le contrôle du vaisseau. Grâce à ses capacités développées via la technologie du déplacement par saut, le lieutenant Stammets a l’avantage de se souvenir des divers reboots causés par Mudd. Le but de l’équipage est alors de réussir à mettre hors d’usage sa technologie de voyage dans le temps et de le neutraliser. L’épisode, tel un autre culte de Next Generation (voir références ci-dessous), met à rude épreuve les compétences de chacun des membres de l’équipage pour mieux les unifier et exposer la force harmonique qui les pousse « au-delà du danger, vers l’inconnu ». Que ce soit dans Fringe (S2 – Ep. 18 : « Une tulipe blanche ») ou dans Star Trek The Next Generation (S5 – Ep. 18 : « Causes et Effets »), ou plus tôt dans La Quatrième Dimension (S2 – Ep. 26 : « Peine capitale »), la boucle temporelle est un concept fondateur du récit de science-fiction/fantastique. Que Discovery s’en empare n’est pas un hasard. L’épisode peut alors réveiller la nostalgie de certains trekkies mais surtout, il plonge, comme dit plus haut, le spectateur dans un récit familier et donc confortable. Il réveille ainsi, quoiqu’il arrive, des affects « doudou » (concept de Nicolas Bonci mis en place en 2015 ici), des émotions agréables ressenties par le passé et qu’on désire/aime – consciemment ou inconsciemment – ressentir à nouveau tel un être cherchant à câliner à nouveau son doudou pour retrouver ses formidables sentiments d’enfant. Nous avons ainsi un récit classique de boucle temporelle qui en cache une autre chez le spectateur nostalgique.

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L’envol du beau ‘USS Discovery’ (NCC-1031) n’a pas fait l’unanimité.

Le Discovery s’aventure bien plus loin dans le territoire obscur du fan service. De l’épisode 10 au 13, le show nous emmène dans l’univers parallèle bien connu de Star Trek. Dans celui-ci, les humains règnent sur un empire totalitaire xénophobe, raciste, et militarisé. Créé et mis en images dans le quatrième épisode de la saison deux de la série originale nommé « Miroir » (« Mirror, Mirror » en vo), cet univers parallèle avait été repris et retravaillé – en hommage à la série originale et non sans une grande dose d’amusement perceptible – dans les séries Deep Space Nine (S2 – Ep. 23 : « Entrelacs ») et Star Trek Enterprise (S4 – Ep. 18 & 19 : « Le côté obscur du miroir »). Discovery exploite cet univers avec le sérieux et le premier degré qu’on lui connaît. Sur-feuilletonesque, l’emploi de l’univers parallèle se fait sur plusieurs épisodes et poursuivront la saga soap opera du Discovery à coup de révélations et de twists mal fichus mais aussi de dialogues improbables : ainsi Lorca, l’un des meilleurs personnages – tordus – du show, est bêtement écarté ; et Michelle Yeoh fait un retour dans le rôle de Philippa Georgiou qui permettra à l’équipage de retrouver et confirmer rapidement (et sans nuances) l’esprit Star Trek du show lors du dernier épisode : non, l’équipage du Discovery n’est pas prêt à tout pour arrêter la guerre ; non, ça n’est pas une série dirigée par l’action et l’adrénaline puisque l’équipe va trouver une solution de diplomatie – tout de même musclée – pour mettre fin aux combats ; oui, le Discovery obéit aux idéaux de Starfleet, ainsi ils découvriront de nouvelles planètes et civilisations, protégeront les plus faibles, formeront des alliances sans attentes… Tout ce qui pouvait nuancer le tableau a été écarté ou annulé par quelques twists et décisions incroyablement lumineuses de la part de l’équipage. En bref, tout va bien qui finit bien pour le Discovery qui s’annonce être un vaisseau de Star Trek comme on en a déjà connu. Quant au plan du Klingon blanc pour gagner la guerre et se faire respecter par ses pairs, et plus largement tout ce qui touche au Klingon, tout a été écrit de telle sorte que leur parcours alien a perdu en importance (et en temps à l’écran), quand bien même certains thèmes sont approchés de manière intéressante, le conditionnement par exemple.

Conclusion dans les étoiles 

Les fans ont donc été entendus. Aussi, affaiblie pas une production chaotique, Discovery, visuellement très réussie, s’est tournée vers la facilité en mettant fin à nombre d’intéressants éléments rafraichissants pour la franchise, et en se tournant vers la nostalgie en exploitant les renommées de certains et des concepts qui avaient déjà bien fait leurs preuves dans l’histoire de la franchise. Alors que nombre de fan-atiques se plaignaient de certaines nouveautés, de remodelages ou d’incohérences technologiques ou de manque de cohérence dans des designs bio-esthétiques, on remarque finalement que Star Trek Discovery est loin de tourner la franchise vers l’avenir comme J.J. Abrams l’avait réussi au cinéma en la relançant pourtant à son point de départ. Fan service, nostalgie et conforts sont les maîtres mots d’une énorme partie de la série qui, après un grand nombre de péripéties tantôt splendides tantôt ridicules ponctuées de dialogues parfois à la limite du possible malgré l’écriture formidable de certains personnages (Stammets en tête), est finalement rentrée dans les rangs. Le dernier plan de la série (voir extrait ci-dessous) confirme d’une manière spectaculairement explicite les dires qui précèdent.

Le Discovery tombe sur le fameux USS Enterprise, alors dirigé par le Capitaine Pike, soit l’officier que l’on a connu dans l’épisode pilote de la série originale, La Cage, qui a un accueil mitigé lors de sa diffusion mais autour duquel se développera un culte. Une mythologie vint aussi apporter de l’épaisseur à Pike, qui fut remplacé au poste de Capitaine de l’Enterprise – à la télévision comme dans l’histoire diégétique de Star Trek – par un certain bonhomme nommé James T. Kirk. Ce plan vient une nouvelle fois rassurer – et brosser doucement et gently dans le sens des poils – les fans en leur confirmant l’inscription du show dans la timeline classique Star Trek (mais tout de même, le retcon faisant de Burnham la fille adoptive de Sarek et donc la demi-soeur de Spock reste à véritablement à construire tant il est inadmissible d’incohérences). En bref, « nostalgia galaxia, en avant-toute monsieur Saru… »

Bande-Annonce : Star Trek Discovery

Fiche Technique : Star Trek Discovery

Création : Bryan Fuller, Alex Kurtzman d’après l’œuvre de Gene Roddenberry
Showrunners : Gretchen J. Berg & Aaron Harberts
Avec : Sonequa Martin-Green, Doug Jones, Shazad Latif, Anthony Rapp, Mary Wiseman, Jason Isaacs, Michelle Yeoh
Directeurs de la photographie : Colin Hoult, Glen Keenan, Guillermo Navarro, Darran Tiernan
Direction artistique : Matt Middleton, William Budge, Jody Lynn Clement, Greg Chown, Jean-Andre Carriere, Mark Steel
Décors : Mark Worthington, Tamara Deverell, Todd Cherniawsky, Mark Steel, Peter P. Nicolakakos
Costumes : Gersha Phillips
Maquillages : Nicola Bendrey, Chris Bridges, Kevin Carter, Graham Chivers, Paul Jones, Olga Kirnos, Michele Monaco, Michael O’Brien, Shane Zander…
Éffets spéciaux : Alchemy Studios, Crafty Apes, Gentle Giant Studios, Legacy Effects, Pixomondo, Spin VFX
Montage : Jon Dudkowski, Andrew Coutts, Scott Gamzon, Steve Haugen, Cecily Rhett
Compositeur : Jeff Russo
Producteurs/trices : April Nocifora, Aaron Baiers, Kevin Lafferty, Ted Miller, Jill Danton, Thom J. Pretak, Geoffrey Hemwall
Production : CBS Television Studios, Living Dead Guy Productions, Roddenberry Entertainment, Secret Hideout
Distribution : CBS All Access (USA – video/VOD), CBS (USA – TV), Crave TV (Canada – vidéo/VOD), Netflix (UK, Japon, Pays-Bas, France, Singapour), Space (Canada – version anglaise), Z (Canada – version française)
Genre : Science-fiction, Aventure

États-Unis – 2017/2018

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