The Following : Crimes et illusion litteraire

The Following, la nouvelle série de Kevin Williamson sur Fox, après Scream et Vampire Diaries, semblait être remplie de belles promesses : un très bon pilote semblait annoncer un bon thriller psychologique entre Esprits criminels pour l’ambiance pesante, Dexter pour l’aspect serial killer et  24h chrono , pour le rythme effréné et la tension permanente.

L’histoire est ingénieuse : Joe Carroll (James Purefoy), est un psychopathe qui met à profit les nouvelles technologies pour créer une secte de meurtriers. Une idée ambitieuse et dans l’air du temps pour nous alerter sur l’hyper-puissance des nouvelles technologies, de Facebook, Twitter et autre cybercriminalité… Mais un ex-membre du FBI, un peu alcoolique, à la santé défaillante, (Kevin Bacon) qui le connaît par coeur, et l’a déjà coffré par le passé, va reprendre du service afin de contrarier ses projets.

Au fil des épisodes, on peut se questionner sur la plausibilité d’un tel scénario. Certes, le jeu d’acteurs est impeccable, c’est un très beau duel et le choix de Kevin Bacon en ancien flic désabusé mais toujours aussi compétent, semble judicieux. Certes, Joe Carroll a eu neuf ans pour ficeler son projet de communauté de tueurs en séries. Mais un tueur en série dont on ne connaît pour l’instant que très peu de choses sur la construction psychologique, qui semble sortir de nulle part, accompagné d’une dizaine d’Hannibal Lecter plus ou moins futés, qui ridiculise les meilleurs éléments du FBI et qui arrive à infiltrer à la fois les polices locales, le SWAT, la justice, le FBI, tel un méga Kaiser Sauzé, semble peu crédible et peu réaliste.

La Fox n’aurait-elle pas sacrifié l’unité scénaristique pour simplement contenter le goût très américain pour les tueurs en série ? A cela se rajoute une partie du casting et la mise en scène de certains épisodes mollassonnes… Les acteurs secondaires auraient négocié des temps d’antenne avec les producteurs, et le moins que l’on puisse dire est que cela ne sert vraiment le récit.Par ailleurs, le parallélisme avec l’œuvre littéraire d’Edgar Allan Poe, précurseur du roman policier, certes sombre et torturée, comme fût la vie de l’écrivain, est loin d’être évidente. D’ailleurs, elle semble s’épuiser au fil des épisodes. Nulle mention du culte de la mort ni même du moindre tueur en série à travers ses nouvelles. Mais dans la série, dans la cellule du tueur alors évadé, on découvre poèmes et récits de l’écrivain.

Et l’enquêteur à sa poursuite, au fil de l’intrigue, dresse un parallèle entre la psychologie du tueur et celle de Poe. Pour un lecteur de Poe, voir une femme se crever l’œil volontairement avec un piquet à glace, après s’être griffonné The Raven sur tout le corps, peut paraître déroutant. Si Poe a fait de nombreux poèmes sur la mort des femmes comme Anabelle Lee ou The Raven, ce n’est que parce qu’il a subi de manière atroce la mort de propre mère et de sa femme qui crachait ses poumons. De là, à en faire un apôtre de l’horreur, de la violence gratuite, du désir et plaisir de tuer, et d’ériger cette soif de crimes en œuvre artistique à parachever, un peu à la manière de Saw, il y a un chemin qu’il ne faut pas franchir! Poe a en effet une approche beaucoup plus psychologique de l’âme humaine.Malgré ses nombreuses approximations, The Following réussit à tenir en haleine le spectateur d’épisode en épisode. Le rapprochement avec Le Silence des agneaux, ou même Seven, se fait aisément. Il faut laisser sa chance à cette série, dont l’idée de départ reste ingénieuse, qui capte l’attention, et qui vous met en tension permanente. On n’est comme accroché, happé par l’écran, attiré par l’horreur et le vice, qui s’étalent au fil du récit.

Espérons que le profil psychologique du tueur en série sera mieux défini, que le scénario sera plus soigné, car cette série peut tenir ses promesses, malgré un essoufflement qui se dégage parfois de certains épisodes. Ne serait-ce que pour l’ambiance oppressante, cela vaut le coup d’œil.

 

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