Cannes 2017 : Rencontre avec Nuwan Gams, le réalisateur de EndFinity

Dans le cadre du  Short Film Corner, le marché du court-métrage à Cannes, nous avons rencontré un jeune réalisateur dont le court-métrage expérimental, EndFinity, montre un univers visuel qui semble déjà bien marqué.

CineSeriesMag : Alors, Monsieur Gams, qu’est-ce qui vous amène dans cette belle ville de Cannes ?

Nuwan Gams : Je suis venu pour accompagner mon film EndFinity, qui a été pris au Short Film Corner, et c’était surtout l’occasion de voir découvrir l’ambiance de ce fameux Festival. Et même, pourquoi pas, rencontrer d’autres producteurs et réalisateurs pour me faire quelques contacts. C’est la première fois que je le fais, donc j’étais curieux en plus de vouloir présenter mon travail.

CineSeriesMag : Est-ce que, à quelques heures de la clôture, on peut dire que vous êtes satisfait ? Est-ce que vous avez l’impression que des gens influents ont vu et apprécié votre travail ?

Nuwan Gams : Non, pas du tout ! Peut-être que ça aura son effet après coup, mais pour l’instant j’ai juste l’impression de n’être qu’un parmi les plus de deux mille films sur le marché. Ce n’est pas facile de se démarquer, surtout qu’EndFinity reste un film un peu spécial. En plus d’être court, c’est très expérimental donc difficilement accessible. Je ne me fais pas d’idée, je sais que je n’ai pas créé le buzz à Cannes. On a quand même parlé avec quelques producteurs et créateurs mais rien de bien concret, ça reste du réseautage, mais c’est comme ça que ça marche.

CineSeriesMag : Du coup, dites-nous quelques mots de votre film en lui-même, pour essayer de le vendre à nos lecteurs qui l’auraient raté à Cannes.

Nuwan Gams : EndFinity, je ne le définis pas comme un film mais plus comme une expérience parce qu’il s’agit de mettre en scène des sentiments qui prennent corps. Le point de départ c’est Wendy, qui passe ses journées dans son appartement et dont les souffrances se matérialisent autour d’elle jusqu’à ce que son lieu de vie devienne un piège.

CineSeriesMag : On peut parler d’ « expérience sensorielle ». Vous avez eu des influences pour vous pousser dans cette voie ?

Nuwan Gams : Oui, clairement. Mes deux cinéastes fétiches sont David Fincher et John Carpenter. J’aime la façon qu’ils ont de nous plonger dans une atmosphère dès qu’on lance un de leurs films. Carpenter, il fait en plus la musique de ses films donc c’est tout un univers qu’il se crée. C’était ça qui me plaisait : Faire plus que des images et du son, créer une ambiance. Et d’ailleurs, ce que j’aime avec Carpenter, c’est que quand on réentend sa musique, on repense aux films. La vraie maitrise c’est de rendre les deux indissociables.

Cannes-2017-Nuwan-Gams-EndFinityCineSeriesMag : Vous signez aussi la musique de vos réalisations ?

Nuwan Gams : Je compose tout le temps, pour ne rien perdre de mon emprise sur ce que je filme. Je veux que ça apporte une certaine cohérence, une « patte », à mes œuvres. Parfois les pitchs de mes films, je les écris même parce que j’ai d’abord l’ambiance musicale dans la tête. C’est aussi possible dans l’autre sens, comme pour EndFinity justement.

CineSeriesMag : Comment vous êtes-vous lancé dans l’aventure EndFinity?

Nuwan Gams : Je n’aime pas rester inactif, mais je ne suis pas scénariste, je pense que ça se voit. Du coup j’avais envie depuis un certain temps de filmer, mettre en scène des émotions et éviter de passer par les dialogues pour les faire ressentir. Et puis, ça me parle cette thématique de la violence qu’on intériorise et des ressentiments qu’on ne peut pas exprimer. Je l’avais affleuré dans Fallen (que j’avais fait au cours de mes études)  mais je voulais le faire mieux, en y mettant plus de moyens, du coup j’ai pris un crédit pour assurer un minimum de qualité et réussir à intriguer ceux qui le verraient.

CineSeriesMag: Justement, parmi ce qui nous a le plus troublé, il y a ce plan de fin, en travelling arrière sur un œil qui revient sur Wendy ?

Nuwan Gams : Il a été un peu compliqué à faire ce plan, parce que, tel je l’avais imaginé, il aurait fallu le filmer à la grue, mais c’était hors de nos moyens. L’idée, c’était d’ouvrir en très gros plan, en mode macro, puis reculer, s’éloigner de son corps jusqu’à faire une boucle sur son œil et recommencer jusqu’à justifier le titre qui évoque une « fin infinie ». Je n’ai pu le faire qu’une seule fois en plusieurs fois, parce que faire des découpages, ça ne marchait pas. J’espère qu’on ressent quand même l’idée que cette femme est condamnée à revivre son calvaire.

CineSeriesMag : Et ce visuel très froid qui se dégage du court-métrage, c’est le résultat de la post-production ?

Nuwan Gams : Tout est réel, et c’est justement cette envie de faire du SFX, plutôt que du VFX, qui m’a couté un bras ! L’envie de base étant de rendre physiques des notions abstraites, et il n’y a rien de moins physique que des images numériques. Le plus cher ça a par exemple été de fabriquer un faux mur, pour ne pas trop endommager l’appartement qui nous servait de décors avec du faux sang. On a d’ailleurs bien fait d’en prévoir un deuxième puisque la première prise n’avait pas été une réussite. Si j’avais pu me le permettre, on en aurait même fait d’autres, un peu comme Kubrick et son plan de l’ascenseur dans Shining, jusqu’à ce que j’obtienne l’écoulement que je voulais. Le plan sous l’eau est vraiment sous l’eau, le plan à travers une serrure est vraiment à travers une serrure… tout est vrai.

CineSeriesMag : Vous étiez combien sur ce gros chantier ?

Nuwan Gams : Une quinzaine, avec les comédiens. Une équipe assez réduite mais juste ce qu’il fallait pour réussir à tourner sur deux jours. Ce qui manquait le plus c’était un chef décorateur, mais je n’en ai pas dans mes contacts, il a donc fallu que tout le monde soit un peu multitâche pour déplacer les éléments de décor. Le fameux mur, c’est mon chef opérateur qui l’a préparé par exemple. Avec des professionnels en déco, on aurait pu prendre le temps de faire quelques prises de plus, mais là c’était un cercle d’amis, les deux acteurs aussi, donc ce n’est pas eux qui m’ont couté cher et ils se sont même donné à fond pour mener à bien le projet, et je les en remercie parce que le fait qu’on ait dû chercher des astuces, ça nous a apporté à tous.

CineSeriesMag : Et, après Cannes, à quoi ressembleront vos prochains projets ?

Nuwan Gams : Dès je rentre à Paris, j’essaierai d’achever la préparation d’un petit court-métrage de tension horrifique. Ça s’appellerait Gouttes –c’était « LA goutte » à l’origine, mais ça évoquait la maladie, donc on l’a mis au pluriel.  Il est déjà bien entamé avec un bon dossier artistique autour du scénario, et on vient de profiter d’avoir pris du recul pour s’interroger sur le nombre de caméras à placer et l’ajout d’une séquence qui ajouterait en cohérence. C’est un court-métrage auquel je tiens puisqu’il ouvrirait vers un univers que j’ai développé où, pour faire simple, sont mêlé vivants et non-vivants dans un ensemble à la fois fantastique et réel. Ce sont les gars de Moody Productions qui me suivent qui m’ont poussé à faire, comme ça, une sorte de teasing en me disant que ça marcherait très bien en unitaire. Après, je ne peux pas encore trop en dire sur ce vers quoi ça a vocation à aboutir si ça marche. Et puis, il y a d’autres projets plus lointains que j’espère voir produits…

EndFinity : Trailer

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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