Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et si Michaël Youn était bien plus qu’un trublion télévisuel propulsé roi de la comédie lourdingue au cinéma ? Avec Héros, Bruno Merle enferme son acteur dans un huis clos aussi dérangeant qu’imprévisible, où le rire et le pouvoir de le provoquer deviennent une sacrée maladie. Une occasion en or pour dynamiter le film d’enfermement et le fameux Tchao Pantin tant convoité par les comiques qui interprètent un rôle dramatique. Pas d’attentes particulières au départ mais beaucoup de bonnes surprises à l’arrivée.

Or, il est des films qui font un bide cosmique au box-office, qui sont trop méconnus ou encore rejetés par la presse. Héros, premier long métrage par Bruno Merle, coche toutes les cases en totalisant 8 460 entrées, sans être passé à la postérité et en se faisant étriper par dix-sept articles de presse contre trois qui le défendent.

Pourtant, tout avait bien commencé avec un pitch alléchant qui nous présente Pierre Forêt, un chauffeur de salle lassé de faire rire les autres quand lui-même a surtout envie de pleurer. Alors, pour être pris au sérieux, il enlève Clovis Costa (Patrick Chesnais), son chanteur préféré et le séquestre dans l’appartement de son enfance. Derrière ce point de départ très simple, se dessine un portrait amer de la solitude et de la frustration. Ici, l’admiration vire à l’obsession et le besoin de reconnaissance prend des allures de prise d’otage.

Référence évidente à La valse des pantins (1983), le film va jusqu’à même employer, pour un morceau de la bande originale, un groupe de musique qui s’est baptisé Rupert Pupkin, le personnage central du chef-d’œuvre de Scorsese. De la performance de Robert de Niro, Youn en conserve l’énergie débordante et la met aussi au service d’un protagoniste fébrile, pathétique et parfois inquiétant, dont les accès de folie masquent mal une profonde détresse. Face à lui, Patrick Chesnais compose une idole désenchantée, entre lassitude et résistance, qui donne au huis clos une couleur inattendue. Le duo fonctionne justement parce que personne n’est tout à fait à sa place. L’un voudrait être aimé, l’autre voudrait qu’on le laisse tranquille parce qu’il n’est peut-être pas celui que l’on croit. Mais, le réalisateur choisit de jouer sur cette ambiguïté en ne donnant jamais de réponse claire à ce propos.

Les seconds rôles ne sont pas en reste non plus, solides dans leur écriture comme dans leur interprétation, qu’ils incarnent des figures bien réelles, des projections imaginaires du protagoniste ou des personnages qu’il ne veut voir ni entrer ni sortir de sa vie. Ce jeu sur les frontières entre réalité et imagination est d’ailleurs l’une des idées les plus malignes du film. Dans ce maelström d’inventivité, le metteur en scène débutant n’oublie pas d’accompagner son film d’une musique composée par Clément Tery, percutante, très réfléchie dans sa conception et marquante.

Pour autant, Bruno Merle cherche à se démarquer de La valse des pantins par un montage nerveux, des ruptures de ton, des jeux avec les codes du cinéma et des passages qui brouillent les frontières entre réalité et mise en scène. Cette liberté formelle donne au film une personnalité indéniable et épouse les tourments d’un protagoniste incapable de distinguer ses fantasmes du réel. Ainsi, Héros ne se laisse jamais enfermer dans une seule case, entre comédie noire, drame psychologique et satire des effets de la société du spectacle. En plus, le film s’accompagne d’une réflexion sur le poids du regard de l’autre, du rapport à la célébrité et des regrets en tout genre. Poussant le bouchon jusqu’à faire du public le témoin encore plus forcé, face au personnage de Pierre qui brise le quatrième mur en lui parlant indirectement à trois reprises, via le réalisateur derrière son combo, qui lui répond par deux fois.

Hélas, proche de la grande réussite, le cinéaste doit se contenter d’une petite pépite, confondant parfois audace et agitation. À force de multiplier les effets et certains tics auteurisants, il finit par surligner ce que ses acteur·ices impeccables et sa réalisation souvent précise avaient déjà su faire comprendre. Certains détours donnent l’impression que le film craint de perdre l’attention du public dès qu’il cesse de s’agiter. Le silence est très rarement de mise, remplacé par une peur du vide alors que les rares pauses sont parfaites parce qu’il sait faire parler le calme, par la seule force de sa grammaire cinématographique. Avec presque deux heures au compteur, Héros aurait gagné à lâcher un peu la bride à son envie de démonstration.

Malgré tout, loin d’être résumable à un simple contre-emploi, Héros reste une œuvre légèrement bancale par instants mais très réussie, sincère et alerte. Parce qu’elle a le mérite d’oser, de dépasser ses défauts et de nous embarquer dès la première scène, en laissant entrevoir une vraie tristesse, derrière la tension permanente et les rires forcés. Parfois, le plus difficile n’est pas de faire rire une salle mais de lui donner envie de se taire.

🎬 Héros : Bande-annonce

🎬 Héros : Fiche Technique

Réalisation : Bruno Merle
Scénario : Emmanuelle Destremau, Bruno Merle
Interprètes : Michaël Youn (Pierre Forêt dit « Pi »), Patrick Chesnais (Clovis Costa / Germain Gardon), Élodie Bouchez (Lisa), Raphaël Benayoun, Jackie Berroyer, Emmanuelle Destremau, Roland Chappé
Photographie : Georges Diane
Montage : Élise Fievet
Musique : Ruppert Pupkin, Clément Tery
Son : Eddy Laurent, Cyrille Richard, Cyril Holtz
Production : Cyriac Auriol
Production exécutive : Valentine Béraud
Sociétés de production : Les Films du Requin, Arte France Cinéma
Coproduction : Artistic Images
Avec le soutien de : Canal+, CinéCinémas
Pays de production : France
Langue originale : Français
Société de distribution France : Shellac
Durée : 1h56
Genre : Thriller, Drame psychologique
Date de sortie : 20 juin 2007

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3.5

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