Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Un vrai bonbon rétro-futuriste à l’amertume néo-noir… C’est grâce à une jolie collaboration entre Lumière et Annecy que l’un des films les plus attendus par les aficionados de l’animation (et son réalisateur lui-même) a fait escale à Lyon quelques jours seulement après sa première mondiale au BFI London Film Festival.

Sur scène, Brad Bird, l’auteur-réalisateur à qui l’on doit Le Géant de fer, Les Indestructibles, Ratatouille ou encore MI-4, avait des allures d’enchanteur, ému de voir enfin son Ray Gunn, grand huit animé dont il rêvait depuis une trentaine d’années, prendre vie sur grand écran. Plus encore au Hangar du Premier-Film, là où le cinématographe est né. Notre avis sans spoilers !

Synopsis : Metropia est une ville tentaculaire qui déploie un futur alternatif vu depuis l’année 1939. C’est alors que le détective privé Raymond Gunn (Sam Rockwell) est entraîné dans une affaire impliquant des aliens, des meurtriers et la star des médias Venus Nova (Scarlett Johansson).

©️ Skydance Animation / Netflix
©️ Skydance Animation / Netflix

Ray Miracle

Dès les premières minutes, Ray Gunn décolle, porté par une effervescence et une authenticité presque désarmantes. Ce sens du rythme, cette belle mélodie d’un cinéma d’antan qu’on peine à fabriquer aujourd’hui, le film le doit à l’éclosion d’un univers à la bizarrerie vraisemblable. Autour d’un héros suranné et désabusé gravitent des vauriens extraterrestres, hilarants, résolument pulp et attendrissants. Or, toute cette alchimie singulière doit beaucoup à sa genèse.

À la fin de la projection, Brad Bird a rappelé que son scénario, coécrit avec Matthew Robbins, était resté plus de vingt ans dans les tiroirs de Warner Bros. Animation après le rachat du groupe Turner en 1996. Jugé trop adulte, tant par son écriture que par son univers, ce projet maudit, l’un des plus connus d’Hollywood, avait été écarté au profit du sous-estimé Géant de fer, malheureux échec commercial à sa sortie. Devenu l’un des grands noms de Pixar, Bird a raconté que la Warner était même revenue vers lui sans savoir qu’elle avait Ray Gunn dans ses archives.

Si le film voit le jour aujourd’hui, le mérite en revient non pas à Warner ou à Disney-Pixar, mais bien à Skydance. Sous la houlette de l’ex-idole John Lasseter, poussé vers la sortie de la firme aux grandes oreilles après des accusations de harcèlement sexuel en 2018, le studio a su fédérer une sacrée équipe de talents venus des quatre coins de l’industrie. Lasseter a notamment convaincu son ami Bird de poser ses valises à Metropia. Après la rupture avec Apple, Netflix a finalement pris le relais en 2023, offrant à ce projet au budget colossal une issue inespérée.

Ray Gunn 1939

En vérité, Ray Gunn n’a rien d’un film de 2026. Son monde rétro-futuriste au réalisme anachronique, ses personnages bariolés et sa richesse thématique ont eu trente ans pour mûrir. Cette longue gestation a nourri la vision de Bird pour mieux façonner un film dense. Héritier du Faucon maltais et de Chinatown, le détective Raymond Gunn est l’un des derniers représentants humains de sa profession. Sa veine noire passionne par son archaïsme et notre héros romantique, qui ne voit jamais rien arriver avant le spectateur lui-même, garde une honnêteté obsolète dans une société corrompue et cynique. Cet héritage est d’autant plus réjouissant que son partenaire alien Eyera (Tom Waits), génial cyclope à l’œil obturateur, lui conseille de lâcher prise et d’abandonner ces valeurs d’un autre temps. Une belle façon de contrebalancer cette nostalgie néo-noire et les lieux communs de ce genre d’intrigue policière.

Par ailleurs, Ray Gunn déploie une architecture sociale subtile où le racisme envers les aliens est partout. Si le rétro-futurisme, qui rappelle par instants la naïveté d’À la poursuite de demain, est réconfortant et ne joue pas dans la dystopie, la corruption et la pauvreté s’invitent dans le quotidien, le détective peinant à conserver les locaux de son cabinet et se faisant régulièrement saisir ses biens. De plus, tandis que Venus Nova souhaite la bienvenue dans le futur à coups de spots brutaux, Metropia est loin de tenir sa promesse. Cette artificialité qui tapisse la ville rappelle Blade Runner 2049, que Bird cite lui-même parmi ses inspirations visuelles pour ses néons brumeux et ses contre-jours sur les silhouettes. De la patine mate du film noir à l’éclat chromé du rétro-futurisme, en passant par l’architecture Art déco vertigineuse, Metropia témoigne de la virtuosité des équipes de Skydance Animation.

Supernova

Puis, l’action s’emballe de nouveau dans Ray Gunn, où la verticalité de la ville décuple les possibilités de mise en scène. Une course-poursuite dans le trafic, un saut dans le vide et l’on croit voir Anakin Skywalker aux trousses de Zam Wesell dans L’Attaque des clones. La virtuosité du découpage fait de ces séquences spectaculaires de grands moments de narration. Enfin, à plus d’un titre, la partition de Michael Giacchino accompagne ces variations entre enquête, action et comédie, avec des envolées qui rappellent le souffle orchestral des Indestructibles. Avant le lancement du film, Brad Bird nous avait justement prévenus. S’il y a matière à intellectualiser, Ray Gunn se vit avant tout en grand divertissement (ce qu’il est indéniablement).

Au fond, toute l’intention de Ray Gunn s’incarne dans cette grande star qui surplombe la ville. Venus Nova (portée par le superbe travail de Scarlett Johansson, y compris en chanson) n’est pas l’enjeu de l’enquête : elle est le manifeste de Ray Gunn, une force volcanique et indomptable dont le chaos contradictoire fait voler en éclats la perfection d’apparat de Metropia.

Ray Gunn – Bande-annonce

Ray Gunn – Fiche Technique

Réalisation : Brad Bird
Scénario : Brad Bird & Matthew Robbins
Interprètes : Sam Rockwell, Scarlett Johansson, Tom Waits, Bobby Cannavale, Alan Tudyk, Matt Berry, Michelle Rodriguez, Kether Donohue, Michael Chernus & Kathryn Hunter
Photographie : Erik Smitt
Montage : Darren T. Holmes
Musique : Michael Giacchino
Costumes : Neysa Bove
Producteurs : Brad Bird, David Ellison & Dana Goldberg
Production exécutif : John Lasseter
Producteurs délégués: Hannah Minghella & Alex Schwartz
Sociétés de production : Skydance Animation & Netflix
Pays de production : États-Unis
Société de distribution France : Netflix
Durée : 2h
Genre : Animation, Néo-noir, Science-fiction, Action
Date de sortie en France : 18 décembre 2026 (sur Netflix)

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Festival

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