Premier film de la saga à sortir dans les salles françaises, Doraemon et le Château sous-marin de Tetsuo Yajima remet à flot un classique de 1983. Un remake sage mais généreux, où l’aventure en eaux profondes sonde le cœur des machines.
Pour les néophytes, Doraemon est un chat-robot bleu venu du futur pour épauler Nobita, un écolier maladroit. Lui-même un brin raté, il incarne chez Fujiko F. Fujio une figure bienveillante qui accepte l’imperfection et aide les enfants à surmonter les tracas du quotidien. 43 ans après l’original, voici le 45e long-métrage de la saga, relecture fidèle de Nobita et le Diabolique Château sous-marin. Production formatée par nature, ce remake n’invente rien, mais il rafraîchit le trait. Plus fluide et plus dense que le dessin à la main d’antan, l’animation semble pensée en volume des décors aux mouvements, jusqu’à l’eau qui enveloppe les personnages. La surcharge esthétique se niche dans les détails. Tetsuo Yajima dit vouloir « monter la résolution » du quotidien, et la maison de Nobita devient un petit musée de l’été japonais, liseron à l’entrée, carillon qui tinte et ventilateur qui tourne à plein régime faute de climatisation.
Vingt mille gadgets sous les mers
Encore faut-il se jeter à l’eau. Le film prend son temps avant de lancer son camping aquatique, retardé par des repérages et des devoirs de vacances que la bande boucle collectivement. Il s’agit de la première leçon d’entraide. Puis les gadgets de Doraemon ouvrent une porte sur les abysses comme un rêve enchanté. On y respire comme un poisson, on s’y balade en buggy amphibie et on y croise une faune documentée auprès des océanographes japonais. Tel Vingt mille lieues sous les mers en son temps, le film nourrit l’imaginaire des enfants par la majesté des profondeurs. La chasse au trésor autour d’une épave, sur fond de triangle des Bermudes, glisse alors vers les mythes du continent de Mu, de l’île de l’Atlantide, et vers quelque chose de plus profond sur l’amitié et l’humanité.
Ce supplément d’âme porte un nom : Buggy. Le véhicule intelligent et bavard devient instantanément le sixième membre de la bande. Yajima raconte avoir eu le déclic en voyant ses enfants parler à Alexa ou à Siri comme à des personnes. Son Buggy tient également de l’ami assistant du quotidien, tout en cherchant à franchir le détachement émotionnel propre à ce type d’outils. Reste à savoir, question semée jadis par Fujiko F. Fujio, si une machine peut avoir un cœur. Le film y répond par un jeu d’oppositions presque ludique. D’un côté Buggy, dont le « bug » ressemble à s’y méprendre à un élan humain, contradictoire mais sincère, et qui apprend auprès des enfants que ce qui est juste n’est pas toujours la bonne réponse. De l’autre Poséidon incarne un programme aveugle qui obéit sans jamais comprendre.
Quant aux Thalassiens, peuple des océans, ils laissent apparaître leurs failles à force de verrouiller leurs secrets et leur existence. Leur défiance envers la surface, royaume de la pollution et de la violence, ouvre un versant écologique assumé frontalement, et l’on ne saurait reprocher au scénariste Isao Murayama d’y insister. Même vite éclipsé par l’aventure des enfants, le propos rappelle que les plaies des catastrophes humaines restent ouvertes, et que les ignorer reviendrait à les répéter.
L’âme des abysses
C’est pourtant dans la rupture de ton avec l’original que le remake manque de radicalité. En 1983, la menace nucléaire de la guerre froide offrait une allégorie limpide. Ici, elle se disperse entre pollution, méfiance de l’autre et intelligence artificielle aveugle. On gagne alors en actualité ce qu’elle perd en netteté. La menace Poséidon inquiète finalement peu, et le dénouement manque d’urgence comme d’impact émotionnel. Soucieux de préserver l’image que chaque fan se fait de Doraemon, Yajima n’ose pas toujours pousser plus loin sa réflexion sur l’IA. L’aura de peur se dilue dans la confiance et l’innocence de la bande. C’est un peu niais, parfois simpliste, mais c’est le choix d’un film pensé pour les familles, qui découvrent ensemble un monde magnifique où l’on apprend autant du peuple des profondeurs que des erreurs humaines.
Cette première incursion dans les salles françaises, signée Eurozoom avec une VF portée par Emmanuel Curtil et Brigitte Lecordier, a tout d’une bénédiction pour la saga. Comme Lydia et le vaisseau des tempêtes venu du Québec, voilà une animation singulière, loin de la machine hollywoodienne. Doraemon et sa fine équipe n’ont pas changé d’un poil depuis des décennies, mais c’est pour mieux relancer la quête initiatique, portée par la magie de l’animation et les mystères de civilisations hypothétiques qui font encore rêver quiconque accepte de se laisser dériver.
Doraemon et le Château sous-marin fait moins trembler qu’en 1983, mais on en remonte le cœur léger et avec l’envie de replonger.
Doraemon et le Château sous-marin – bande-annonce
Doraemon et le Château sous-marin – fiche technique
Titre original : Eiga Doraemon Shin Nobita no Kaiteiki Ganjô
Titre international : Doraemon: Nobita and the Castle of the Undersea Devil
Réalisation : Tetsuo Yajima
Scénario : Isao Murayama, d’après l’oeuvre de Fujiko F. Fujio
Interprètes (voix originales) : Nobuyo Ōyama, Noriko Ohara, Michiko Nomura, Kaneta Kimotsuki, Kazuya Tatekabe
Photographie : Takashi Suehiro
Musique : Takayuki Hattori
Montage : Toshihiko Kojima
Direction artistique : Eriko Nakamura
Conception des personnages : Yuki Togashi
Sociétés de production : Fujiko-Pro Co., Ltd., SHOGAKUKAN Inc., TV Asahi Corporation, Shin-Ei Animation Co., Ltd., ADK Emotions Inc., Shogakukan-Shueisha Productions Co., Ltd.
Pays de production : Japon
Société de distribution France : Eurozoom
Durée : 1h41
Genre : Animation, Aventure, Drame, Famille, Fantastique
Date de sortie : 7 octobre 2026