Lydia et le vaisseau des tempêtes : les constellations embrumées

Dans Lydia et le vaisseau des tempêtes, un navire s’élève au-dessus des nuages, entre astromagie et mystère. 10e Ave Productions y esquisse, sous des airs de conte, un récit de deuil et d’apprentissage. De quoi donner envie aux familles d’embarquer, le temps d’une jolie escapade.

En 2013, 10e Avenue signait le tout premier film d’animation 3D entièrement canadien, La légende de Sarila. Une quête initiatique chez les Inuits, réalisée par Nancy Florence Savard, qui posait déjà les fondations d’un studio bien décidé à trouver son indépendance face à l’écrasante domination hollywoodienne sur le marché de l’animation au cinéma. Dix ans plus tard, Katak, le brave béluga est venu confirmer, plus modestement mais sûrement, que le studio pouvait trouver sa place dans ces récits familiaux qui accompagnent le jeune public à travers des thèmes universels, sans jamais sacrifier l’émerveillement ni le ludisme propre à l’aventure. Lydia et le vaisseau des tempêtes s’inscrit tout naturellement dans ce mouvement — libre adaptation de deux romans jeunesse d’Yves Meynard, Le vaisseau des tempêtes et Le prince des glaces, parus en 1996 — mais pour aller encore plus loin, du côté du deuil et de la transmission parentale.

La fille du vent

Et cela se sent dès l’ouverture. Le film commence par une volonté de transmission, celle d’une mère vers sa fille Lydia. Mais la disparition soudaine de celle-ci dans la Mer de Brume laisse la jeune fille orpheline du soutien maternel dont elle aurait eu besoin pour maîtriser l’astromagie, un art qui la fascine à double titre, à la fois pour se rapprocher des souvenirs de sa mère et pour s’émanciper d’un village de bergers aux perspectives limitées. L’appel de l’aventure ne fait alors aucun doute pour Lydia, rapidement recueillie par l’équipage du Dauphin, un galion qui n’est pas sans rappeler le mythique Hollandais volant, dont tous les marins sont animés par le même objectif : retrouver les enfants que l’Envoûteur a enlevés. Pour Lydia, il s’agit de son grand frère Thaddeus. Mais c’est aussi une quête bien plus personnelle qu’elle devra achever, autant dans son esprit que dans son cœur.

Visuellement, le studio a fait de sa contrainte une force. Renoncer à une mer d’eau au profit d’une mer de nuages n’était pas qu’un choix budgétaire, c’est devenu une véritable proposition de mise en scène, qui doit désormais composer avec le vide du ciel pour créer sa propre densité. Impossible, au milieu de cette brume, de ne pas songer au Château dans le ciel de Hayao Miyazaki, ou à La Planète au trésor de Disney, de nobles cousins pour un navire qui vole avec panache. L’habillage musical n’est pas en reste non plus. Le compositeur Jean-François Racine trouve la tonalité juste en lorgnant du côté des sonorités irlandaises, et les chants de marins qui rythment la traversée rappellent, avec justesse, que la magie de ce film passe aussi par l’oreille. Le casting vocal, porté par Sophie Nélisse, Anthony Kavanagh, Eveline Gélinas et Alexandre Bacon, donne quant à lui chair et sensibilité à cet équipage haut en couleur.

Ce voyage, aussi coloré soit-il, ne prend cependant jamais beaucoup de risques sur le plan narratif. Tout y est assez prévisible, jusqu’au twist final, et la progression suit une ligne bien rectiligne. Cela n’empêche pas de profiter du voyage, mais cela invite à regarder d’un peu plus près ce qui se joue vraiment sous la coque du Dauphin.

Garder le cap

Car la vraie réserve n’est pas là où on l’attend. Elle se niche plutôt dans cette étrange pudeur qui retombe, comme un soufflet, chaque fois que le film s’approche de l’intimité de ses personnages, et notamment de celle d’Ambrosia, lors d’une scène d’entraînement dans la Voûte. Elle envoie continuellement des lanternes dans l’océan, un peu comme des bouées de sauvetage, pour guider vers elle les âmes égarées, dont celle de son propre fils. Il y a une grande vulnérabilité et une part de culpabilité qui la ronge sans qu’on atteigne tout à fait sa douleur.

Le film laisse en réalité assez peu de place à la magie des constellations en tant que telle, et c’est peut-être plus logique qu’il n’y paraît. L’astromagie, dans son essence, est moins un art spectaculaire qu’un duel de volonté, où chaque sort exige de convoquer souvenirs et émotions avec un discernement précis pour espérer les maîtriser. Pour Lydia, cet enjeu est décuplé, car elle a tout à apprendre pour acquérir la sagesse nécessaire à ne pas reproduire les erreurs de sa nouvelle tutrice, ni celles de l’Envoûteur. Il est ainsi beaucoup question de choix dans ce film, un message fort et limpide, qui place Lydia à la frontière du monde de l’enfance et de celui des adultes. Mais ce message-là, forcément, se trouve survolé dans un film aussi court, mais qui, paradoxalement, prend trop de temps à planter son décor et ses enjeux, au détriment de péripéties plus signifiantes.

Reste que Lydia et le vaisseau des tempêtes divertit sincèrement et gentiment les familles, sans jamais dépasser les 90 minutes, un format qui sait retenir l’attention des plus jeunes sans les essouffler. L’adaptation condense beaucoup d’enjeux sans forcément tous les refermer, mais laisse volontiers les portes du Dauphin entrouvertes pour un futur voyage. Une chose est sûre, sous ses reflets de brume et d’étoiles, le film a suffisamment de courage dans ses voiles pour qu’on ait envie d’y remonter à bord. Ce riche univers n’a pas encore dévoilé tous ses secrets et ses merveilles. On en redemande forcément un peu plus.

Lydia et le vaisseau des tempêtes– bande-annonce

 

Lydia et le vaisseau des tempêtes – fiche technique

Réalisation : Emilie Rosas, Philippe Arseneau Bussières, Nancy Florence Savard
Scénario : Emilie Rosas (d’après les livres Le vaisseau des tempêtes et Prince des glaces d’Yves Meynard, publiés aux Éditions Mediaspaul)
Interprètes (voix) : Sophie Nélisse, Anthony Kavanagh, Eveline Gélinas, Guy Nadon, Gildor Roy, Dorothée Berryman, Alexandre Bacon, Lyndz Dantiste, Kevin Houle, Philomène Bilodeau
Directeur artistique : Philippe Arseneau Bussières
Illustrateur : Philippe Arseneau Bussières
Montage : René Caron
Concepteur sonore : Jérôme Boiteau
Musique : Jean-François Racine
Productrice : Nancy Florence Savard
Société de production : 10e Ave Productions
Studios d’animation : 10e Ave Animation, Unstandard Studio
Pays de production : Québec (Canada)
Société de distribution France : Eurozoom
Durée : 1h25
Genre : Animation, Aventure, Fantastique – à partir de 8 ans
Date de sortie Québec : 20 février 2026
Date de sortie France : 12 août 2026

3.5

Festival

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Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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