L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

À partir du parcours d’Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, Leonardo Di Costanzo signe un film qui dépasse le simple récit criminel. En confrontant la détenue à un criminologue déterminé à percer ses motivations, l’œuvre ouvre un débat brûlant : faut‑il chercher à réparer, à expliquer, pour empêcher la récidive, ou simplement accepter l’irréparable dans une société de plus en plus heurtée par la violence ?

Inspiré de l’histoire vraie de Stefania Albertini, condamnée en 2009 pour meurtre, ce film helvético-italien de Leonardo Di Costanzo, tourné en langue française, est construit comme un quasi-huis-clos dans l’ambiance austère et glaciale d’un centre de rétention pénitentiaire situé au nord de l’Italie.

Elisa Zanetti y purge une peine de 20 ans pour le meurtre de sa sœur aînée, dans des circonstances dont elle a toujours nié se souvenir. Dans cette prison aux méthodes avancées et ouvertes de détention, le criminologue Alaoui présente ses recherches, qui décortiquent les raisons de meurtres divers, à un public varié d’universitaires, de détenus et de parents de victimes.

En accord avec le directeur du centre, Elisa entame une série d’entretiens avec Alaoui, frisant la psychothérapie, qui peu à peu la mettent face à ses actes de l’époque, alors qu’elle est détenue depuis 10 ans. N’ayant jamais été vraiment amnésique sur les faits, elle se raconte par bribes et avec désarroi. On découvre un profil psychologique complexe, fragile et sous influence, dans un contexte familial particulièrement tendu à l’époque, où les jalousies au sein de la fratrie et la relation équivoque avec le père se dévoilent peu à peu. C’est pourtant ce dernier qui est le seul de la famille à venir voir sa fille très régulièrement.

Par un scénario entrecoupé de flashbacks plutôt bien rythmés, permettant d’échapper au pur huis clos, le réalisateur nous fait découvrir par séquences successives l’horreur des faits et leurs rebondissements. La prise de conscience d’Elisa ne manque pas de la déstabiliser profondément.

La mise en scène très pesante du film est heureusement contrebalancée par le jeu impeccable des deux acteurs principaux : Roschdy Zem dans le rôle du criminologue, qui conduit les entretiens avec précision et une grande vraisemblance ; et Barbara Ronchi, actrice italienne de renom, dans le rôle de la meurtrière, qui s’est approprié son rôle de manière impressionnante, ce qui contribue à rendre l’ambiguïté d’Elisa constamment troublante.

Ce film nous laisse avec pas mal de questions quant à l’utilité d’aider une meurtrière à mettre des mots et un sens sur son crime. Qu’est-ce qui justifie ce travail de profilage pour le criminologue, puisque la culpabilité d’Elisa n’est pas à remettre en doute, si ce n’est pour alimenter ses recherches scientifiques ? On peut y voir une part d’analogie avec l’excellent Je verrai toujours vos visages de Jeanne Herry sur le thème de la justice restaurative, mais à quoi bon lorsque la victime n’est plus de ce monde et que la famille semble peu concernée ? Est-il utile de l’aider à se reconstruire en vue de sa libération future, et est-ce une garantie d’éviter toute récidive ?

Le réalisateur met cette réflexion en perspective par un échange entre le criminologue et une femme qui assiste à ses présentations et qui refuse en bloc une telle démarche, son fils ayant été tué par une bande de jeunes dont elle n’a aucune envie de connaître les motivations.

À chacun d’y réfléchir, pour tout type d’agression et de meurtre, devenus hélas des faits de société fréquents, de plus en plus lourds à comprendre et à supporter pour la collectivité !

L’affaire Zanetti – bande-annonce

L’affaire Zanetti – fiche technique

Titre original : Elisa
Réalisation : Leonardo Di Costanzo
Scénario : Leonardo Di Costanzo, Valia Santella, Bruno Olivero (librement inspiré de l’essai
Io Volevo Ucciderla, rédigé par les criminologues Adolfo Ceretti et Lorenzo Natali)
Interprètes : Roschdy Zem, Barbara Ronchi, Hippolyte Girardot, Diego Ribon, Roberta Da Soller, Valeria Golino, Giorgio Montanini
Photographie : Luca Bigazzi
Montage : Carlotta Cristiani
Décors : Luca Servino
Costumes : Bettina Pontiggia
Musique : Giorgio Matteo Aki Oliviero
Maquillage et coiffure : Jean Cotter
Producteurs : Carlo Cresto-Dina, Manuela Melissano
Co-producteurs : Michela Pini, Amel Soudani
Sociétés de production : Tempesta, Rai Cinema, Amka Films Productions, RSI Radiotelevisione svizzera
Pays de production : Italie, Suisse
Société de distribution France : Nour Films
Durée : 1h45
Genre : Drame
Date de sortie : 3 juin 2026

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Bruno Arbaudhttps://www.lemagducine.fr/
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