« Le Comte de Monte-Cristo » : la vengeance en édition prestige

Dans l’océan des adaptations du chef-d’œuvre d’Alexandre Dumas, certaines œuvres prennent le large. Avec cette édition prestige réunissant deux volumes précédemment publiés, Patrick Mallet et Bruno Loth signent une traversée particulièrement convaincante du monument littéraire, portée par une narration limpide et un écrin éditorial à la hauteur de sa légende.

Depuis près de deux siècles, l’odyssée d’Edmond Dantès travaille l’imaginaire collectif. Alexandre Dumas semble avoir découvert la formule parfaite du récit populaire : un héros brisé, une injustice insupportable, un trésor fabuleux et une vengeance qui se déploie avec une précision d’horloger.

Mais comment condenser un monument de plus de mille pages sans en perdre le souffle ? Il s’agit de préserver l’essentiel : la trajectoire émotionnelle d’Edmond Dantès, sa lente métamorphose intérieure et la mécanique implacable qui transforme une victime en architecte de la déchéance.

Au départ, tout semble sourire au protagoniste. Jeune marin promis au commandement d’un navire et à l’amour de Mercédès, Dantès voit cependant son existence basculer sous les coups conjugués de la jalousie, de l’ambition et de la lâcheté. Enfermé au château d’If, arraché à sa jeunesse et à ses rêves, il va passer de longues années en prison. Heureusement, il trouve en la personne de l’abbé Faria, son voisin de cellule, un ami et un confident. À partir de là, l’histoire change de nature. Le récit se leste d’une volonté de vengeance. Le prisonnier disparaît pour laisser place à une figure polymorphe, capable d’œuvrer dans les salons du pouvoir comme un fantôme revenu réclamer son dû.

Patrick Mallet et Bruno Loth restituent avec talent les étapes de cette transformation, sans sacrifier la complexité morale du récit. Monte-Cristo est un homme qui s’est construit une identité nouvelle sur les ruines de l’ancienne, au point que sa quête de justice finit parfois par ressembler à une obsession dévorante. La force du roman de Dumas demeure intacte : derrière le feuilleton d’aventures se cache une réflexion sur le prix de la vengeance.

Face à cette matière romanesque, Bruno Loth déploie un trait semi-réaliste qui sait se faire oublier pour mieux servir le récit. Les décors jouent évidemment un rôle essentiel dans l’immersion : le bureau d’un banquier, la cellule d’une prison, les mondanités renvoient tous à un protagoniste caméléon qui se caractérise par les espaces qu’il traverse. 

 L’intérêt de cette édition prestige ne réside cependant pas uniquement dans son contenu. Les éditions Delcourt offrent à l’œuvre un habillage particulièrement élégant. Le dos toilé, la dorure de couverture et le grand format confèrent à l’ensemble un attrait immédiat, qui pousse à redécouvrir les écrits d’Alexandre Dumas.

Bien que parfois empesée par la multiplication des personnages, cette bande dessinée apparaît comme une porte d’entrée idéale : suffisamment fidèle pour respecter l’esprit du roman, suffisamment retravaillée pour séduire un public qui n’oserait peut-être pas encore se lancer dans l’intégralité du texte original. Quoi qu’il en soit, deux siècles après sa naissance, Edmond Dantès continue de hanter notre imaginaire avec la même force. Comme les grandes légendes, il ne vieillit pas. Il change simplement de visage.

Le Comte de Monte-Cristo, Patrick Mallet et Bruno Loth
Delcourt, 21 mai 2026

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FFCP 2026 : People and Meat, l’appétit des oubliés

"People and Meat" suit trois retraités de Séoul, deux ramasseurs de cartons et une marchande de légumes, qui s’attablent au barbecue pour mieux décamper sans payer. Une comédie tendre et douce-amère sur la vieillesse oubliée en Corée du Sud, portée par Park Geun-hyung, Jang Yong et Ye Soo-jung.

FFCP 2026 : The Journey to Gyeong-Ju, une famille à recoudre

"The Journey to Gyeong-ju", c’est une vengeance en famille, maladroite et douloureuse. Une mère et ses trois filles kidnappent le meurtrier de la cadette et filent vers Gyeongju. Kim Mi-jo mêle rires, larmes et suspense, avec un beau quatuor d’actrices, mais sans toujours trancher.

FFCP 2026 : Ideal and Weird Family, l’art de se séparer ensemble

Deux mères au bord du divorce, deux adolescentes sommées de choisir, un mariage en ligne de mire. Avec "Ideal and Weird Family", Kim Ji-hyun signe un premier film queer tendre et drôle sur une famille que la Corée refuse de reconnaître. Un road movie attachant, inégal, tourné avec les moyens du bord.

Programme de la 30ème édition du Festival du film francophone « Les Œillades » d’Albi

Du 17 au 22 novembre, le Festival du film francophone « Les Œillades » d'Albi soufflera ses trente bougies, en présence de trois invités d’honneur : le réalisateur marseillais Robert Guédiguian, le cinéaste franco-grec Costa-Gavras et l'actrice belge Natacha Régnier. Au programme de cet anniversaire marquant : 30 avant-premières prestigieuses réparties dans les trois salles albigeoises Arcé, Lapérouse et Cordeliers, dont 10 longs-métrages en compétition pour le Prix du Public, 10 séances « Reprises » pour redécouvrir les films coups de cœur de l'année, mais aussi la traditionnelle compétition de courts-métrages, une soirée consacrée à Jacques Tati, génie du burlesque moderne, une "petite nuit du cinéma" reconduite et un ciné-concert de clôture. Aperçu des festivités d'une 30ème édition qui s'annonce d'ores et déjà comme le rendez-vous incontournable de l'automne cinématographique tarnais.

Newsletter

À ne pas manquer

Classe libre : Dernières lueurs d’enfance

Créée en 1978, la Classe libre du Cours Florent forme gratuitement des talents recrutés sur concours. Dans un documentaire sensible, Ambroise Sabbagh filme la promotion 43 comme un micro-pacte social : seize comédiens entre rêves, peurs et dernières lueurs d’enfance.

Gojira, l’enfant des cendres #03 – Fabriquer Godzilla

Godzilla (1954) ou comment la Tōhō a fabriqué le roi des monstres en trois mois. Costume de latex, Tokyo miniature, rugissement d’Akira Ifukube, puis lecture du film comme miroir d’Hiroshima, réception et naissance du kaijū eiga avec Ishirō Honda, Eiji Tsuburaya et Tomoyuki Tanaka.

Gojira, l’enfant des cendres #02 – Le Projet G

En avril 1954, la Tōhō perd un film et en gagne un autre. D’une idée griffonnée par Tomoyuki Tanaka dans un avion naît le « Projet G », classé secret. Entre Ishirō Honda, Eiji Tsuburaya et Shigeru Kayama, découvrez comment Godzilla prend forme en six mois, de l’auberge de Shibuya au premier clap.

Gojira, l’enfant des cendres #01 – Le soleil couchant de l’empire

Né en 1954 des bombes et de la peur atomique, Godzilla est aussi l’histoire d’un pays. Des navires noirs de Perry en 1853 à l’essai de Bikini, en passant par l'ère Meiji, la guerre du Pacifique, Hiroshima et l’Occupation américaine, retrouvez le contexte qui a donné naissance au roi des monstres.

Moulin : l’étoffe d’un héros

Avec Moulin, László Nemes s'écarte des règles du biopic pour livrer une réflexion sur le statut du héros et sur le combat que se livrent l'obscurité et la lumière. Un geste de mise en scène qui n'égale certes pas celui du remarqué Le Fils de Saul mais donne un film plastiquement somptueux, servi par l'interprétation très juste de Gilles Lellouche et Lars Eidinger.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Sur les traces de Billy the Kid » : la légende passée au crible

Avec "Sur les traces de Billy the Kid", Philippe Aymond ajoute au catalogue des éditions Glénat une enquête dessinée de 264 pages. Un auteur de strips des années 1930 y confronte la biographie de Pat Garrett au terrain et aux témoins. Le mythe en sort sérieusement écorné.

« Ruridragon » (T5) : l’amitié à l’épreuve du dragon

Dans ce nouveau tome de "Ruridragon", Aoki sent toujours plus sa nature changer et veut comprendre ce qu’elle tient de son père. Mais le mystère demeure : pas de rencontre avec le papa dragon, seulement des révélations transmises par sa mère. Mais aussi une conversation de classe où chacun mesure ce que cette métamorphose pourrait signifier pour leur amitié.

Pensionnaires : un sacré Gaillard !

« - Tu connais pas le Morrison ? - Non. - Mec, c’est le meilleur endroit du monde. - Vous y allez souvent ? - Cette année c’est chaud. - Mais avant, oui. - L’année dernière, t’as tout le monde qui fumait des bangs. - Même en plein jour. - C’était le bon temps, mon gars, t’es pas arrivé au bon moment… »