Obsession – L’amour (terriblement) ouf

Vendu comme la nouvelle sensation horrifique de 2026 (parmi d’autres probablement à venir), le premier long-métrage du jeune youtubeur Curry Barker est sans conteste étonnant, en plus de révéler un artiste à suivre. Obsession part d’un postulat simple (pour ne pas dire simpliste) qu’il va étirer jusqu’au malaise et vers une forme d’horreur psychologique et organique magistralement maîtrisée. Il saupoudre le tout d’un humour noir savamment dosé et d’un discours pertinent sur la toxicité des relations amoureuses. Néanmoins, devant ce film presque trop conscient de sa superbe, il y a pas mal d’écueils qui nous empêchent d’être pleinement convaincus. On passe un bon moment de trouille insidieuse, il y a une ou deux saillies de terreur impressionnantes et une mise en scène au cordeau, mais tout cela aurait pu être mieux. En revanche, rien à dire de la composition incroyable d’Inde Navarrette, preuve que le cinéma horrifique est de plus en plus un vivier de prestations dingues.

Synopsis: Et si vous pouviez réaliser votre rêve le plus fou ? Un jeune introverti met la main sur un objet magique capable d’exaucer n’importe quel souhait. Son crush de toujours tombe alors raide dingue de lui… jusqu’à l’obsession la plus totale. Faites attention à ce que vous souhaitez !

Quand on est fan de films de genre, on ne peut qu’être excité lorsque arrive sur nos écrans une nouvelle sensation horrifique. Ou, en tout cas, proclamée comme telle par le biais de passages en festivals spécialisés et d’une réputation flatteuse par ceux ayant eu la chance de l’avoir vue. Et c’est vrai que depuis l’avènement de l’elevated horror, ces films de genre plus intellectuels et pointus, on est comblé. Le fantastique, l’épouvante, le body horror ou encore le slasher nous gratifient de petites perles chaque année et on ne compte plus, récemment, les auteurs révélés et adoubés sur ce créneau. Tout cela a commencé il y a une dizaine d’années avec des auteurs comme Robert Eggers (The Witch), David Robert Mitchell (It follows) ou Ari Aster (Midsommar). Chaque saison, depuis, on a de nouveaux talents qui émergent pour notre plus grand plaisir. À tel point que même Cannes commence à reconnaître le genre à travers ses séances de minuit, voire même parfois en compétition (la Palme d’or Titane).

C’est donc fébrilement que l’on se rend à la projection de Obsession. Une bobine auto-proclamée petite bombe du genre par son distributeur qui l’a acheté à grand renfort de billets verts alors qu’il a coûté la bagatelle d’un million de dollars. Le film de Curry Barker sera-t-il vraiment une révélation et un petit must, dans le genre à l’instar des Barbare et surtout de l’immense Weapons de Zach Cregger, du When Evil Lurks de l’argentin Demian Rugna ou du Vermines de Sebastien Vanicek, pour être un peu chauvin ? Mais on pourrait aussi citer les plus prestigieux Sinners de Ryan Coogler, récompensé aux Oscars, ou le chef-d’œuvre The Substance de Coralie Fargeat, véritable claque et film culte instantané pour beaucoup. Ou alors sera-t-il plutôt du même acabit que La Main et Bring her back des frères Philippou ou de  Longlegs d’Osgood Perkins qui, sans être mauvais, avaient un peu déçu avec un côté quelque peu surestimé ?

Et bien malheureusement, Obsession se rangera plutôt dans la seconde catégorie. Si le film développe bien des qualités et impressionne sur plusieurs points, il souffre de trop nombreux écueils pour qu’on y adhère totalement. Avec son postulat un peu trop léger qui aurait tout aussi bien pu être celui d’une comédie romantique générique, ou d’une comédie conceptuelle, comme les Américains en raffolent tant, il démarre de manière un peu triviale et son script peine à se renouveler. On pressent assez vite les velléités du jeune cinéaste qui nous embarque sur les terres de la fable horrifique tordue. Sous ses airs de comédie sentimentale, on sent que quelque chose cloche et va mal tourner. Les choix visuels très marqués et stylisés du film, lui conférant un côté presque intemporel, appuient encore cette impression. Le malaise va se distiller par petites touches, crescendo, pour ne plus nous lâcher. Sur ce versant, c’est réussi.

Obsession va donc capitaliser à fond sur son concept un peu idiot de vœu qui va se retourner contre son instigateur. Problème : l’argument déjà mince ne va pas beaucoup plus loin et s’étire sur près de deux heures. Et c’est beaucoup trop. Le long-métrage rame un tantinet à l’allumage et n’évite pas la redite. Un format plus resserré aurait indubitablement joué en sa faveur et décuplé ses effets. Ensuite, il y a des séquences qui ne fonctionnent pas : le vœu avec les billets qui tombent du ciel, par exemple, semble tout droit sorti d’une pure comédie). Cependant, si l’on doit retirer un point crucial qui bloque notre adhésion totale à cet objet de frayeur original, c’est bien l’attitude du personnage principal. Pendant deux heures, ce jeune homme va tolérer bien trop de choses plus intenses les unes que les autres sans réagir. Voire même adopter des comportements sans queue ni tête. Si au début on adhère à cette proposition, l’apathie du personnage devient presque agaçante et nous sort de l’intrigue, malgré la maîtrise formelle et narrative de l’ensemble.

À l’inverse, le personnage de cette jeune femme devenue complètement amoureuse sans aucune restriction est vraiment impressionnant. Et l’actrice inconnue Inde Navarrette nous procure le genre de prestation incroyable qui reste en mémoire longtemps, signe que les films de genre sont de plus en plus vecteurs de ce type de performances. Que ce soit Demi Moore dans The Substance ou Naomie Harris dans l’excellente suite Smile 2, ce type de rôle radical (et qui pourrait vite tourner au ridicule) demande du courage. Et la comédienne s’en acquitte avec un aplomb indéniable passant d’une émotion à l’autre comme on change de chaussures. Elle est terrifiante. La mise en scène en clair-obscur de Barker et la manière dont il la fait se mouvoir ajoutent au sentiment de peur insidieuse procurée par le long-métrage.

Car, on ne peut le nier, Obsession nous gratifie tout de même de deux ou trois séquences chocs qui marqueront les mémoires. Il y a un sursaut dont on se souviendra longtemps, d’ailleurs, et dont on taira la teneur. L’humour noir est bien dosé et contrebalance la relative bêtise du concept, mais c’est surtout cette ambiance malaisante (la séquence de la fête) qui nous prend le plus aux tripes. Dans cette analyse des rapports amoureux toxiques où les curseurs sont poussés à leur paroxysme, il y a une part de vérité sur le comportement des hommes, leur déconstruction accélérée depuis le mouvement MeToo, mais aussi leur part de lâcheté envers la gent féminine. Il y a donc vraiment quelque chose, une mise en scène au cordeau et un vrai sentiment de terreur et de malaise singuliers, ici renforcés par une fin nihiliste mais facile. C’est pourquoi on pourra trouver que cette proposition souffre d’imperfections qui l’empêchent d’être le film d’horreur magistral que sa réputation en a fait jusqu’ici.

Obsession – bande-annonce

Obsession – fiche technique

Réalisateur : Curry Barker
Scénariste : Curry Barker
Production : Blumhouse Productions
Distribution : Le Pacte
Interprétation : Michael Johnston, Inde Navarette, Cooper Tomlinson, Megan Lawless, Andy Richter, …
Genres : Suspense – Épouvante – Romantisme.
Date de sortie : 15 mai 2026
Durée : 1h49
Pays : États-Unis

Note des lecteurs20 Notes
3

Festival

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