« Rocketeer » : variations autour d’un héros

Recueil d’histoires courtes confiées à plusieurs artistes, ce second volume proposé par les éditions Delcourt revisite la figure du Rocketeer sous des angles multiples : héroïsme en temps de guerre, doutes amoureux, fascination publique et héritage. 

L’album assume pleinement sa nature fragmentaire. Chaque histoire isole un moment, une situation, un conflit, met en scène Rocketeer, et l’ensemble compose un portrait en facettes du personnage. 

Alors que les nazis sèment le chaos, l’une des premières intrigues le montre échouant dans une ferme. Ce n’est pas la force qui le sauve, mais la parole d’un enfant, capable de rappeler aux adultes qu’on ne traite pas un homme juste comme un criminel. Le livrer à la police reviendrait à servir l’ennemi. Dans une autre histoire, alors qu’un jeune garçon lui tire dessus, c’est à nouveau un enfant qui intervient et le protège. Le motif se répète : le héros, pourtant figure de puissance, dépend parfois de l’innocence et du discernement des plus jeunes.

Betty occupe évidemment une place centrale dans plusieurs récits. Alors qu’elle tourne un film, Cliff, inquiet à l’idée qu’elle puisse tomber amoureuse d’un acteur séduisant, l’espionne. Il finit accidentellement capté par la caméra en voulant intervenir alors qu’un incendie s’est déclaré. L’héroïsme spectaculaire contraste ici avec la maladresse sentimentale, et Betty, découvrant qu’elle était surveillée, réagit avec indignation. Ailleurs, intervenant à mauvais escient pour l’aider face à des admirateurs insistants, il tente de se racheter et lui montre la maison dans laquelle ils pourraient construire un foyer : projection d’un avenir plus stable, d’un désir de famille.

Un autre récit le voit affronter un géant de fer après avoir secouru un jeune homme. Ailleurs, le Rocketeer devient sujet d’étude. On examine son courage, ses compétences de pilote, sa capacité à utiliser un propulseur qu’il n’a pas inventé mais qu’il a su maîtriser mieux que quiconque. Il apparaît alors comme une figure inspirante pour toute une nouvelle génération d’aviateurs. L’hommage passe également par la présence d’Amélia, aviatrice pionnière qui a nourri l’imaginaire du héros. Le lecteur passe sans mal d’une histoire à l’autre, la pluralité l’emportant ici sur la densité. 

Graphiquement, l’album se caractérise également par cette forte hétérogénéité. Chaque artiste impose son style, parfois très éloigné du précédent. Cette diversité sert le principe même du recueil : multiplier les regards pour mieux célébrer le mythe. Et au final, entre action, sentiments et clins d’œil, ces nouvelles aventures composent une fresque très vivante. Le Rocketeer y apparaît à la fois comme un héros spectaculaire et un homme terriblement humain.

Rocketeer (vol. 2), collectif
Delcourt, 12 février 2026, 160 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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