FIFAM 2025 : Still recording de Saaed Al Batal et Ghiath Ayoub

Le 45e festival international du film d’Amiens (Fifam) a ouvert ses portes vendredi 14 novembre avec la diffusion du film Snowpiercer : le transperceneige.  Pour cette première journée du festival, la sélection « filmer collectif », qui répond au « filmer seul.e » de la précédente édition du Fifam, dévoile sa programmation avec Still recording de Saaed Al Batal et Ghiath Ayoub, documentaire au cœur de la guerre en Syrie, du côté de la jeunesse en plein siège de la ville de Douma.

Plus de 400 heures de rushs sont compilées dans les deux heures que durent Still recording. Les caméras ne s’arrêtent jamais, même face à la mort. Il y a des victoires et de la joie, des couleurs aussi qui s’étalent sur les murs en ruine, mais la mort est omniprésente. Quand le film se repose un peu, dans un quotidien moins guerrier, un nouveau corps tombe. L’impuissance du spectateur est grande face à la réalité et à la puissance de ce qu’il voit. Les images ont plus de dix ans pour certaines et avaient déjà valeur de témoignage avant même d’être montées, travaillées et assemblées. D’ailleurs, pendant toute la durée du documentaire, les protagonistes n’ont de cesse de publier leurs images « en temps réel » sur YouTube. Sill recording laisse peu de temps morts car au silence des morts répondent systématiquement les bruits de la guerre. Le film est aussi parfois un dialogue entre ceux qui se combattent, qui ne parviendront pas à se convaincre, mais dont les voix se mêlent par l’intermédiaire d’une radio qui nous laisse dans le silence. Est-ce que l’interlocuteur est resté sans voix ou est-ce qu’il n’a simplement plus de batterie ? Il n’est pas rare aussi que ceux-ci perdent tout simplement la vie.

La richesse du propos, bien au-delà de la qualité d’image, est la multiplicité des regards qui captent les images de Still recording. Ils filment collectif, environ huit caméramen (dont l’un a été tué en filmant) ont enregistré les images qui se succèdent. On les voit dès les premières minutes se former à l’image devant un film à gros budget et ne cesser de se poser des questions techniques pendant qu’ils filment. Ils se forment dans l’action cependant en comprenant qu’ici la nécessité est de filmer, de combattre avec la caméra. Il filment à travers des trous percés par les effondrements ou qu’ils taillent dans les murs pour capturer les chars à moins de trente mètres d’eux et égrener la liste de tous les bâtiments ou check-point repris à l’ennemi étatique. La force de Still recording c’est sa manière de capturer le temps, de ne pas laisser oublier les morts, les massacres, le bruit, les espoirs et même l’odeur de la mort, qui arrivent jusqu’à nous. Témoigner, dire, tenter d’entrer en dialogue, en résonnance, ou simplement filmer ce qui se passe et qui dépasse la notion même de fiction, Still recording propose tout cela. Que regardons nous, si ce n’est la guerre sans héros scénarisé, sans la moulinette hollywoodienne ? On se souvient du très fort Diaries from Lebanon présenté l’année dernière au Fifam et dont les explosions résonnent avec les bombardement syriens. Au milieu du chaos pourtant, le temps résiste, et les humains aussi.

Fiche technique : Still Recording (Lissa Ammetsajjel)

Genre : Documentaire
Réalisation : Saeed Al Batal et Ghiath Ayoub
Pays de Production : Syrie, France, Allemagne (2018)
Durée : 128 minutes (2h08)
Date de Sortie (France) : 27 mars 2019
Synopsis : Pendant plus de quatre ans, au cœur du conflit et du siège de Douma (Ghouta orientale, Syrie), deux jeunes artistes, Saeed et Milad, et leurs amis filment leur quotidien.

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.