Invincible : structure mélodique au lazer

Le dernier album de Michael Jackson est une réussite sur plusieurs plans, malgré des facilités évidentes. Évocation infantile, lyrisme, adrénaline, chocs puissants, électriques, etc. Voici une critique de l’œuvre, morceau par morceau.

Unbreakable

Attention, déflagration. Un effet de style dance/R&B/pop. Un titre plein d’adrénaline avec sa boucle entêtante, obsédante et hypnotique. Une véritable bombe qui aurait mérité un clip (si MJ n’était pas aussi ravagé physiquement). Le refrain est assez mélodique, et surtout redoutablement efficace. Le bridge est plein de suspense et la partie rap explose avec ses effets de détérioration sur le riff de piano acoustique.

Heartbreaker

Production hasardeuse avec un son étrange qui fait penser à une grenouille (sic). L’exercice fait un peu pschitt. Vocalement, MJ se donne avec beaucoup d’énergie. Ça fait plaisir, mais l’ensemble est un peu trop kitsch.

Invincible

Malgré des sons new jack swing froids et métalliques, le titre groove. Une bonne surprise. Le morceau pulse, et possède une certaine vitalité. Des éclats électroniques qui fonctionnent dans un exercice de style stimulant.

Break of Dawn

Un peu de chaleur avec des chœurs R&B sans doute trop formatés. Un titre qui reste malgré tout agréable et coulant. Trop conventionnel, mais la voix est douce et évanescente.

Heaven Can Wait

L’intro est belle, puis le refrain arrive trop rapidement et sans saveur particulière. Un morceau R&B comme on en faisait plein dans les 90’s. Les couplets ont le mérite de faire leur effet, mais les refrains font tomber l’auditeur dans un format éculé.

You Rock My World

Sans doute le titre le plus dansant de l’album, aux sonorités épurées, racées et sophistiquées. La production se déchaîne dans le final avec des pulsations sublimes qui stimulent l’auditeur et évoquent une véritable jubilation. Si le refrain manque de mélodie, il reste efficace grâce à l’interprétation de l’artiste, entre un groove évident et des ad-libs plutôt classiques, mais qui ont fait leurs preuves. Sa réputation est de plus en plus grande : le morceau a été classé 20e du Top 100 des plus grandes chansons R&B du XXIe siècle par Rolling Stone.

Butterflies

Une merveille. Les percussions ne manquent pas de style, même si c’est du déjà entendu. Vocalement, c’est du sucre pour les oreilles. La voix de l’artiste déploie une palette d’émotions rares : murmure retenu, souffle effleurant, falsetto au-delà des nuages. Ce qui frappe, c’est la modernité qui coule de source du morceau. Un plaisir raffiné pour fin gourmet.

Speechless

Michael aime cette chanson, et ça se ressent avec une performance vocale aux petits oignons. Selon le roi de la pop lui-même, il a composé ce morceau en un seul jet, « en une seule fois ». L’intro et l’outro emballent le titre dans un superbe papier-cadeau. Speechless, placé au cœur de l’album, brille comme un contrepoint caché où on aime se réfugier : un coin sensible entre deux éclats électroniques. Un bijou, même si tout se termine de manière un peu expéditive. Un titre idéal pour une comédie romantique.

2000 Watts

Influences drum’n’bass originales. Délire industriel électro-funk. Un titre non pas dansant, mais qui constitue une expérience excitante. On adhère totalement. La voix pitchée vers le bas agit comme un véritable instrument moderne qui colle à l’ensemble.

You Are My Life

Mièvre et peu inspiré. Les arrangements sonnent juste, mais l’ensemble est trop conventionnel.

Privacy

Michael Jackson veut régler ses comptes, mais en oublie la musicalité. Inaudible. Encore plus raté que Tabloid Junkie.

Don’t Walk Away

Très belle ballade. Joli mélange guitare/voix. Une mélodie vocale qu’on pourrait siffloter en marchant les mains dans les poches. La production, tout en sobriété, évoque une petite parenthèse. Les percussions sont chaudes. Le piano discret. Une merveille.

Cry

Un très bel hymne. Le beatbox est efficace et la mélodie émouvante. Un brin caricatural quand on connaît les autres titres du genre dans sa carrière, mais ça fonctionne très bien. On est facilement emporté.

The Lost Children

Quel joli morceau ! Un Michael comme on l’aime, désarmant de sincérité. Un titre qui fait rêver. Les chœurs d’enfants donnent des frissons. Michael est dans son élément. Il chante ce qui lui plaît. On aurait envie de vivre avec lui à Neverland.

Whatever Happens

Les sifflements et la guitare, dans un style bluesy, annoncent la couleur, avec un suspense frissonnant. Puis le choc, le retentissement vocal. Rythmique feutrée. Percussions chaudes. Michael lutte et souffre pour sortir les notes, mais ça accentue le côté  « dépassé par les événements ». Il rage. Sa voix est tour à tour caressante et implorante. On sent, derrière chaque inflexion, l’urgence de sauver quelque chose. Le tout est un mélange de douceur et d’adrénaline.

Threatened

Plutôt clubbin’. Mid tempo bien arrangé et plutôt efficace mais le refrain ne résiste pas aux répétitions.

Au final, un très bon album soul/R&B/pop dans l’absolu, mais qui manque d’implication (si la plupart des titres sont coécrits par le roi de la pop, seuls The Lost Children et Speechless sont purement de son fait). À réécouter toutefois avec plaisir. À découvrir. Invincible mêle efficacité technologique et émotion pure. L’artiste y questionne son époque tout en rappelant, de plusieurs souffles, que la pop reste un art du cœur. Un Michael Jackson, même décevant comparé à ses anciens disques cultes, reste toujours mieux que ce qu’on peut entendre dans la production FM actuelle. Un des derniers géants, avec Stevie Wonder.

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4

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Oka Liptus
Oka Liptushttps://www.lemagducine.fr
Le raffinement, la sophistication de la langue française sont ma plus grande histoire d'amour. J’essaie autant que je peux d’en faire part dans mes critiques. Spécialiste des films classiques, car je suis un vieux ringard, qui estime que c’était mieux avant. Le cinéma est une industrie, et parfois, un art. Je tente de mettre l’art en avant. Un grand réalisateur a dit un jour que le quotidien serait ennuyeux à filmer. C’est tout l’objectif du cinéma : magnifier, passer des messages forts et, parfois, nous restituer la logique flottante des rêves.

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