L’Étrange Festival 2025 : Lesbian Space Princess, les reines de la gaylaxie

Pour leur premier long métrage, Emma Hough Hobbs et Leela Varghese ont eu la brillante idée d’animer un space opera célébrant la vie sentimentale queer avec beaucoup d’humour. Dans un emballage qui lorgne du côté de Rick et Morty, Adventure Time et Scott Pilgrim, Lesbian Space Princess est une ode bienveillante à la sororité et à l’affirmation de soi. Une œuvre sincère, hilarante et colorée, qui détourne astucieusement les gimmicks masculinistes pour mieux s’en moquer.

Plus proche d’une romcom que d’une tragédie, le film saute sur chaque occasion pour faire rire. Dans un pêle-mêle introductif, on découvre Saira, une jeune introvertie qui a du mal à digérer l’héritage lesbien de ses parents, voire de tout Clitopolis, une planète utopique où l’homosexualité est normalisée et où la palette de couleurs vives inspirée des drapeaux LGBTQIA+ fait littéralement partie du décor. Elle exprime une vision du monde radicalement et positivement queer.

Le style, volontairement grossiers, s’incarne dans des personnages aux traits courbés, soulignant l’artisanat d’un projet à petit budget qui mérite qu’on s’y attarde – pour peu qu’on adhère à l’esthétique cartoonesque et à l’humour noir et satirique, dont le potentiel jubilatoire est indéniable.

Sur la route arc-en-ciel de Saira

Le duo de cinéastes nous embarque alors dans la quête initiatique de Saira, qui cherche à reconquérir son ex, Kiki, une femme badass qui l’a larguée à cause de sa dépendance affective. Premier émoi fragile, Saira fond en larmes chaque fois qu’elle culpabilise de son impuissance. Mais c’est justement le but de son aventure : sortir de son cocon pour trouver sa voie et sa volonté propre. Découvrir le monde tel qu’il est – ou tel qu’il l’a été – sans filtre. Et comme premier contact, quoi de mieux qu’un vieux tas de ferraille misogyne et homophobe en pleine quête de rédemption ?

Le film bascule alors dans le road-movie doublé d’un buddy movie, revisité avec beaucoup d’autodérision. C’est là toute la force de Lesbian Space Princess, il travaille sans cesse son rythme à travers des punchlines souvent bien senties. On prend aussi à cœur d’accompagner Saira dans son épopée, ponctuée de rencontres précieuses pour son développement personnel.

Empowerment cosmique

Parallèlement – car il ne faut pas oublier que l’on se trouve dans un univers fantastique riche et ambitieux – elle doit éveiller sa « Labrys », une sorte de hache symbolique surgie de ses parties génitales. L’allusion à sa force intérieure ne fait aucun doute, mais il s’agit aussi, pour l’héroïne, d’affirmer sa féminité avec courage. Une leçon qui traverse son voyage, semé d’embûches et de chansons, dans un style qui évoque parfois la narration de la série Hazbin Hotel. Cette approche s’accompagne d’une bienveillance où même les esprits les plus tordus ont droit à un traitement empathique. On pense immédiatement à ce trio d’aliens mâles blancs hétéros, en forme de tickets vierges, qui tentent tant bien que mal d’attirer des filles dans leur antre de geek pour les draguer. Leur maladresse les rend presque touchants et franchement hilarants, même si le récit est essentiellement aspiré par la trajectoire de Saira : une femme forte, libre et en quête d’elle-même.

Là où Love Lies Bleeding infusait sa consécration queer dans un polar musclé et parfois halluciné, Lesbian Space Princess préfère l’humour gras et les gags potaches pour inviter ses personnages à révéler la princesse en elles, à ne plus craindre la solitude et à devenir de véritables souveraines dans une galaxie trop étroite pour les idées machistes. Et même si cette quête identitaire suit des chemins parfois prévisibles, elle n’en reste pas moins rafraîchissante, inventive et politique – tout en nuançant les valeurs d’une communauté queer joyeuse. Une réussite, et un plaisir d’y retourner.

Bande-annonce – Lesbian Space Princess

Fiche technique – Lesbian Space Princess

Réalisation : Emma Hough Hobbs, Leela Varghese
Interprètes (voix) : Shabana Azeez, Bernie Van Tiel, Gemma Chua-Tran, Richard Roxburgh, Kween Kong
Scénario : Emma Hough Hobbs, Leela Varghese
Montage : Ben Fernandez
Musique : Michael Darren
Production : Tom Phillips
Sociétés de production : We Made A Thing Studios
Pays de production : Australie
Genre : Animation, Comédie, Science-fiction
Durée : 1h26

etrange-festival-2025-affiche
© Marc Bruckert

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Petite Casbah : les toits de la liberté

"Petite Casbah" suit quatre enfants sur les toits d'Alger en 1955. Khadidja, Lyes, Philippe et Ahmed enquêtent pour faire libérer Malek, injustement emprisonné. Une aventure animée et fraternelle, entre jeu de piste et conte, qui raconte la guerre d'Algérie à hauteur d'enfant.

The Social Reckoning : la data du jugement

Aaron Sorkin repasse derrière la caméra pour raconter les "Facebook Files", la lanceuse d'alerte Frances Haugen et un Mark Zuckerberg glaçant joué par Jeremy Strong. Un film-dossier dynamique et limpide, à la mise en scène sage, qui interroge notre rapport aux réseaux sociaux et à la vérité.

Digger : satire à balles réelles !

Dans un Hollywood asphyxié par l'absence de prise de risques et l'uniformisation, quel bonheur de pouvoir compter sur une oeuvre telle que "Digger", qui, si elle n'évite pas certains écueils, se révèle être de la trempe de ces films qui osent, qui bousculent, sans ménager le spectacle et le dépaysement attendu de ce genre de productions. Une œuvre qui va diviser, mais qui a le mérite d’exister. Rien que pour cela, l'effort mérite d'être salué.

Doraemon et le Château sous-marin : un cœur sous la carrosserie

"Doraemon et le Château sous-marin" plonge le chat-robot bleu et sa bande dans les abysses, entre camping aquatique, mythes de Mu et de l'Atlantide et peuple des profondeurs. Remake d'un classique de 1983, le film sonde l'âme des machines avec Buggy, véhicule au grand cœur. Une aventure tendre et sage.

Les Roches rouges : L’art de l’enfance

Dans Les Roches rouges, Bruno Dumont filme les jeux et les amours de l’enfance avec le sérieux qu’ils méritent, sans en atténuer le ridicule ni la violence. Sous le soleil de la Côte d’Azur, l’innocence a ses abîmes, et les gestes les plus simples viennent révéler ce que nos vies d’adultes s’emploient à recouvrir.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.