Lads : un bad boy au pays des Jockeys

Un premier film ambitieux bien que souvent caricatural. Dans Lads, Julien Menanteau explore les tensions entre palefreniers et jockeys dans une écurie située dans les Hauts-de-France. Malgré une intrigue d’abord précipitée, le film gagne en profondeur avec une ambiance proche du thriller, centrée sur les relations humaines, l’amour des chevaux et les enjeux financiers du monde hippique.

Une course d’obstacles mal engagée

Au-delà de l’inévitable cliché, observer la vie des Lads dans un joli haras des Hauts-de-France, en confrontant les couches sociales de ces ouvriers du cheval à celle des propriétaires nantis, apparaît plutôt bien décrit. Mais le jeune réalisateur Julien Menanteau, dont c’est le premier long-métrage, donne l’impression de vouloir mettre en place trop vite une intrigue qui va heureusement s’épaissir au fil du film.

Ainsi, quand l’instructeur Hans proclame dès le début, de façon quasi militaire, que seul 1 Lad sur 100 deviendra jockey, et que beaucoup de ceux qui sont là ont attendu des années comme Lucas, pourquoi le jeune Ethan, ce délinquant avec son bracelet électronique qui n’a pas monté à cheval depuis plusieurs années, est-il repéré si vite par Suzanne, la patronne autoritaire de l’écurie, pour devenir jockey ? L’enlèvement du bracelet électronique par des policiers venus sur place est hélas simpliste et inutile ; il fait perdre du temps dans un film déjà court pour présenter les nombreux enjeux des courses de chevaux.

Trop blond (une teinte artificielle pour le distinguer des autres ?), trop beau, trop « bad boy », Ethan ? Ces questions, traitées « au galop » de manière simpliste et plaquées dans le scénario du début du film, vont prendre de l’intérêt grâce à un approfondissement progressif des relations humaines, un zoom, certes caricatural et risqué, sur les intérêts financiers et les tricheries sordides de ce monde hippique aux traditions surannées et à bout de souffle, de belles confrontations en steeple-chase, ces courses, les plus spectaculaires et rythmées, et surtout la relation homme-cheval traitée de manière intelligente. Le réalisateur parvient ainsi à installer progressivement une ambiance proche du thriller dans laquelle Ethan va devoir naviguer.

Une tension croissante qui s’appuie sur 3 acteurs impeccables

Pour cela, Julien Menanteau sait s’appuyer sur un casting principal de choix, pour un triangle de personnages sur lequel le film se révèle vraiment :

  • Ethan est incarné par Marco Luraschi, fils de Mario, ce célèbre dresseur de chevaux du cinéma français, qui l’a fait baigner dans cet univers depuis des années, enfant de la balle du milieu hippique. Il a joué dans Jappeloup, Tempête et Une Nuit, et fait des doublures dans de nombreux films comme cascadeur équestre depuis des années. Marco obtient ici son premier grand rôle, avec une aisance particulière en lad puis comme jockey. Il est très crédible dans le rôle du bad boy avec ses faux airs d’Alain Delon à ses débuts, un vrai atout pour le film. Ici pleinement dans son milieu, saura-t-il évoluer vers d’autres rôles ?
  • Suzanne est interprétée par Jeanne Balibar (Le Système Victoria ; Ma Mère, Dieu et Sylvie Vartan), cette grande actrice qu’on ne présente plus, dans le rôle de cette patronne d’écurie aux abois sous la férule de ses propriétaires qataris, autoritaire, charmeuse et secrète, une sorte de mère pour Ethan, mais qui veut manipuler le rebelle pour arriver à ses fins dans un milieu hippique concurrentiel et impitoyable.
  • Hans est joué par Marc Barbé (Ni Chaînes, ni maîtres, Les 3 Mousquetaires, De grandes espérances), cet acteur si particulier, volontiers taiseux et revêche, qui interprète ici avec habileté un ancien jockey désabusé, devenu instructeur exigeant et inflexible. Il coache Ethan pour le rendre moins naïf, l’aguerrir en focalisant son énergie de mauvais garçon dans les courses et l’oriente avec exigence vers son destin.

Une relation père-fils éclairée par les paris hippiques

Au-delà des relations d’Ethan avec Zoé (Ethelle Gonzales Lardued, pétillante et sous le charme de ce nouvel arrivant), qui illustre les difficultés d’être une femme dans ce milieu et d’accéder au statut de jockey, et celle avec Lucas (Phénix Brossard, dont le jeu manque ici de relief), le grand concurrent malheureux d’Ethan, c’est bien la relation intime et complexe avec son père Christophe (Léon Vital, dont la performance dégage une belle sensibilité), ce garagiste seul et couvert de dettes, qui est la plus intéressante. Elle révèle les origines compliquées du jeune Ethan, mais aussi les risques pris par ces parieurs pour tenter d’effacer leurs revers de fortune.

Et si, dans une première grande course, Ethan fait gagner son père, il s’aperçoit vite des trucages illicites et inavouables qui peuvent impacter aléatoirement les résultats, et comprend qu’il est le jouet d’un système dont il ne maîtrise rien… Le réalisateur aborde aussi les dopages, humain et animal, ainsi que leurs conséquences, montrés de manière dramatique et violente. Tous ces travers ne manqueront pas de faire s’interroger (voire de choquer) les professionnels et les parieurs dans un monde où les paris sportifs en ligne supplantent progressivement les courses hippiques.

Ethan et Pepito : l’alchimie homme-cheval qui transcende le film

Pepito est le jeune pur-sang qu’Ethan aide à venir au monde au début du film, montrant son amour pour les chevaux, dont il s’occupe et s’inquiète tout au long du film. Cette relation en est sans doute la beauté essentielle, une relation qu’on aime observer, par contraste avec les basses manipulations humaines envers les jockeys et les chevaux.

Ethan et Pepito vivent ainsi ensemble des combats contre tous dans ces belles courses d’obstacles, ces fameux steeple-chase les plus dangereux, comme le montre le réalisateur lors d’un terrible accident.

L’ambiance de ces courses, très bien filmées dans de grands hippodromes en écran large et sans doublures, les entraînements dans des paysages verdoyants magnifiques et colorés, ainsi que les scènes tournées dans les écuries caméra à l’épaule, relèvent d’une mise en scène soignée mettant en valeur le monde hippique. Le tout est porté par une bande-originale magnifique qui accentue la dramaturgie de ces compétitions redoutables, dans le contexte de corruption que Julien Menanteau ose montrer, même si c’est assez peu développé et caricatural dans un film qui aurait mérité de prendre plus son temps.

Enfin, la fin ouverte et interrogative, marquée par ce regard lourd de sens entre Ethan et Suzanne lors d’une ultime course truquée, nous laisse entrevoir leurs destins respectifs, que chacun peut librement imaginer.

Bande annonce : Lads

Fiche technique : Lads

  • Réalisation : Julien Menanteau
  • Scénario : Julien Menanteau et Nour Ben Salem
  • Musique : Jack Bartman
  • Décors : Laure Satgé
  • Costumes : Marta Rossi
  • Photographie : Julien Ramirez Hernan
  • Son : Romain Cadilhac, Renaud Guillaumin et Philippe Charbonnel
  • Montage : Manon Falise
  • Production : Laurent Lavolé
  • Sociétés de production : Beside Productions, Gloria Films et Pictanovo
  • Société de distribution : ARP Sélection
  • Pays de production : France et Belgique
  • Langue originale : Français
  • Genre : Comédie dramatique
  • Durée : 91 minutes
  • Dates de sortie : 2 avril 2025 (France)

Acteurs principaux :

  • Marco Luraschi : Ethan
  • Jeanne Balibar : Suzanne
  • Marc Barbé : Hans
  • Phénix Brossard : Lucas
  • Léon Vital : Le Père
  • Ethelle Gonzalez Lardued : Zoé
Note des lecteurs1 Note
3

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Bruno Arbaudhttps://www.lemagducine.fr/
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