« Xi Jinping » : l’ascension d’un leader incontesté

Actuel président de la République populaire de Chine, qu’il dirige d’une main de fer, Xi Jinping est une figure singulière, forgée par un parcours semé d’embûches, de controverses et de réinventions. Son ascension politique est à l’image de la Chine moderne : mêlée d’une histoire pleine de soubresauts, empreinte d’idéaux révolutionnaires et caractérisée par une ambition implacable. Éric Meyer et Gianluca Costantini en font état aux éditions Delcourt.

Xi Jinping naît en 1953 dans une famille révolutionnaire, bénéficiant d’un statut social privilégié. Son père, Xi Zhongxun, est l’un des pionniers de la révolution communiste chinoise et un proche de Mao Zedong. De lui, Xi reçoit non seulement une éducation dans les valeurs du Parti, mais aussi des récits exaltants de luttes révolutionnaires. Ces histoires, souvent tirées des expériences directes de son père, construisent chez le jeune Jinping une vision idéalisée de l’engagement politique. Cependant, cette admiration idéologique s’effrite lorsque son père est accusé de déviance contre-révolutionnaire. Les Xi subissent alors une véritable descente aux enfers : la déchéance familiale, des interrogatoires humiliants… Xi Jinping, adolescent, voit son environnement et le regard des autres changer du jour au lendemain. La brutalité des purges maoïstes est à l’œuvre.

À 15 ans, il est envoyé en rééducation dans le village reculé de Liangjiahe. Fumer jusqu’à deux paquets de cigarettes par jour devient pour lui une échappatoire aux corvées harassantes. En dépit de cette vie difficile, il nourrit l’ambition de réhabiliter l’honneur de son père et rêve de rejoindre la Ligue de la Jeunesse communiste. Ses premiers efforts pour gravir les échelons sont cependant laborieux. S’il semble parfois tirer au flanc, il se rend bientôt compte que la seule voie pour réussir est de se plier à la discipline stricte du Parti. Éric Meyer et Gianluca Costantini narrent ainsi, par le menu, comment s’initie la patiente ascension sociale de Xi Jinping.

Ce dernier réintègre finalement le Parti communiste chinois (PCC) après plusieurs tentatives infructueuses. Sa persévérance, malgré les nombreux refus, témoigne d’une ambition claire. Il s’inscrit ensuite dans une filière de physique-chimie à l’université, mais son intérêt réside évidemment avant tout dans le Parti. Il épouse une carrière militaire, s’efforce de gravir les échelons dans les postes qu’on lui confie, et met fin à un premier mariage, sacrifié sur l’autel de sa carrière politique. La mort de Mao, qui redistribue les cartes au sein du Parti, lui est bénéfique : son père est réhabilité et retrouve un certain pouvoir. Xi Jinping, de son côté, se forge une réputation de leader intransigeant et ambitieux, d’abord à l’échelle locale, puis nationale. 

Les auteurs montrent comment Xi Jinping, qui se voit confier des postes-clés dans diverses provinces chinoises, applique une gouvernance stricte, visant à produire des résultats tangibles et à asseoir son image de futur dirigeant. Dans certaines villes, il mène une politique brutale, allant jusqu’à ordonner des exécutions sommaires d’opposants politiques. Il applique par exemple la pratique consistant à faire payer aux familles des condamnés le prix de la balle utilisée pour l’exécution.

L’un de ses projets marquants est la construction d’un aéroport local, qui engloutit des milliards et peut être vu comme clientéliste. Dans le Fujian, province qu’il dirige, la corruption prospère entre les triades locales et les cadres du PCC. Au Zhejiang, le développement économique sera mené tambour battant, bien que cette croissance rapide engendre des nuisances environnementales majeures, les usines chimiques payant des pots-de-vin pour échapper aux réglementations. Les auteurs égrènent ainsi les exemples.

Les années 2010 voient une montée des tensions sociales, principalement alimentée par la corruption galopante. Conscient de l’urgence d’agir, Xi participe à la chasse aux sorcières et il prend également un rôle actif dans la diplomatie chinoise, se comportant comme un chef d’État avant l’heure. Il multiplie les visites à l’étranger, dont un voyage aux États-Unis au cours duquel il rencontre Barack Obama. Lors de cette rencontre, il affiche son désir de renforcer les liens entre les deux nations, et propose de collaborer sur des sujets comme la Corée du Nord et l’Iran.

Lorsqu’il prend finalement la tête de la Chine, Xi Jinping incarne une figure charismatique, mais il divise. Il initie une campagne anti-corruption sans précédent, ciblant de nombreux cadres du Parti et rassemblant un soutien populaire important. Son mandat se caractérise également par une lutte contre la pauvreté, marquée par des programmes de développement rural ambitieux. Néanmoins, cette politique s’accompagne d’un renforcement drastique de l’autoritarisme, Xi resserrant l’étau autour de la société civile, de la liberté de la presse et des droits des citoyens.

À l’international, sa gestion des crises diplomatiques se durcit, notamment avec les Philippines dans le cadre des revendications territoriales en mer de Chine méridionale. La répression des manifestations pour la démocratie à Hong Kong devient un symbole du rejet par Xi Jinping des revendications de liberté. La gestion de la crise du Covid-19 exacerbe encore les tensions internationales. Accusée d’avoir minimisé l’ampleur de la pandémie dans ses premières phases, la Chine fait face à une vague de critiques. Xi Jinping, toutefois, saisit l’occasion pour renforcer le contrôle étatique et consolider sa position en tant que leader.

Dans une biographie illustrée en noir et blanc, les auteurs reviennent sur tous ces faits, et bien d’autres encore. Très documenté, l’album énonce les traits constitutifs de l’actuel président chinois, mais aussi les événements marquants de son parcours. On trouvera par exemple l’affaire Bo Xilai, le coup de pouce donné à Alibaba et les nombreuses et controversées décisions prises en qualité de gouverneur. Xi Jinping, L’Empereur du silence permet de mieux comprendre comment s’est forgé cet homme autoritaire, aujourd’hui à la tête de plus de 1,3 milliard de personnes.

Xi Jinping, L’Empereur du silence, Éric Meyer et Gianluca Costantini  
Delcourt, octobre 2024, 240 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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