FFCP 2024 : Delivery, le temps de lâcher prise

Comment préparer la naissance d’un nouvel être ? Comment devenir une famille ? Conte moderne, plein d’ironie et de candeur, Delivery raconte les déboires d’une parentalité boiteuse à travers l’opposition et la complémentarité de deux couples. Malgré un défaut de rythme, le premier long-métrage de Jang Min‑joon parvient néanmoins à nourrir une réflexion autour des responsabilités de chaque individu avec un humour assez corrosif pour faire passer le tout.

Synopsis : Me-ja et Dal-su vont être parents mais n’ont pas les moyens financiers d’élever leur futur bébé. Gui-nam et Woo-hee veulent un enfant et doivent en avoir un pour hériter de la fortune du patriarche, mais leur couple est stérile. Tous les quatre, ils vont trouver un accord…

Après un éclairage d’une grande tendresse sur les boîtes à bébé (Les Bonnes Étoiles) et la tragédie des adoptions (Retour à Séoul), les scénarios se multiplient pour les parents de sang ou de substitution. La quête identitaire ne s’arrête pas à soi et Jang Min-joon le prouve dans une comédie acide sur la parentalité, ses craintes et ses responsabilités. L’équation est simple : un couple ne pouvant pas avoir d’enfants et un autre sur le point d’en avoir un qui n’en désire pas. Comment pourraient-ils soulager leur peine ? Un échange de bons procédés sonne comme une évidence dans ce contexte surprenant et pourtant loin d’être anecdotique.

Mon enfant, tu seras

Forcé de constater son impuissance et sa stérilité, un comble pour l’obstétricien Gui-nam (Young-Min Kim), ce dernier fait tomber le premier domino du déni sur son épouse Woo-hee (Kwon So-hyun). Ne manquant pas d’assurance sur les réseaux sociaux, un peu comme si sa vie en dépendait, la vilaine étiquette de la stérilité lui tombe alors dessus. Ce couple est pourtant pressenti pour hériter d’une fortune familiale à condition de perpétuer la lignée d’un père très conservateur. Bien heureusement, un autre couple moins aisé financièrement se présente à eux avec des signaux positifs afin que le don d’un nouveau-né non désiré fasse le bonheur de chacun. Sans les ressources financières et sans l’instinct parental pour assurer l’éducation de leur enfant en approche, Me-ja et Dal-su (Kang Taeu) profitent alors de la situation pour modifier le contrat de « livraison » à leur avantage. Ils sont jeunes et n’ont rien à perdre… ou presque.

Si le premier long-métrage de Jang Min-joon tombe dans les travers du classicisme, voire de l’académisme en termes de narration, quelques séquences oniriques se démarquent, comprenant notamment trois tigres assez rancuniers. Ces tentatives de décalages se révèlent toutefois trop fonctionnelles pour espérer nous atteindre, car le cœur de l’intrigue réside dans le bras de fer social qui se joue entre les deux couples et à l’intérieur de ceux-ci. Bien que l’on salue la légèreté dans les échanges cocasses, où la lâcheté des hommes et la cupidité des femmes sont pointées du doigt, tous les personnages finissent par converger vers le même point, celui du déni. Point de départ idéal pour y faire étinceler de fortes tensions psychologiques, le cinéaste préfère se raccrocher à l’humour et à la tendresse de ses personnages pour achever son discours doux-amer sur une génération qui préfère évaluer l’épaisseur du portefeuille au lieu de miser sur la vie qui se développe dans le ventre d’une mère.

Le titre fait autant référence à la delivery room des hôpitaux (salle d’accouchement en français) qu’à la livraison programmée du bébé qui suit son cours. Mais est-ce pour autant une bénédiction pour un nouvel être qui n’a pas d’autre fonction qu’une simple caution en vue d’une vie meilleure ? Le film nous donne matière à méditer, même si les arguments s’alignent maladroitement. Delivery va terriblement manquer de rythme et de liant dans ses transitions pour réussir à exploiter tout son discours ironique et déployer tout son potentiel comique. La nuance se joue à peu de choses, mais on reste sur notre faim concernant ce récit sur la gestation par procuration. On relève cependant chez Jang Min-joon un charme particulier pour le second degré, qui mériterait un peu plus d’audace et de prise de risque pour ses futurs projets.

Ce film est présenté à la section paysage de la 19e édition du Festival du Film Coréen à Paris.

Delivery : bande-annonce

Delivery : fiche technique

Réalisation et Scénario : Jang Min-joon
Directeur de la photographie : Kim Su-bin
Montage : Jang Min-joon
Producteur : JOH Gun-shik
Production : Korean Academy of Film Arts (KAFA)
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : Finecut Co., Ltd.
Durée : 1h42
Genre : Comédie dramatique

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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