To The Moon de Greg Berlanti : Apollo 11 ou la fabrique du mensonge

Délicieuse romance glamour interprétée avec talent par Scarlett Johansson en sorcière bien-aimée de la publicité et Channing Tatum en Steve Trevor de la NASA, To The Moon transforme la mythique mission Apollo 11 en une astucieuse mise en abyme du cinéma comme outil propagandiste, vecteur de poudre aux yeux au service de l’American Dream. Un divertissement estival de qualité qui séduit sans même décrocher la lune.

Quatrième long-métrage de Greg Berlanti (Love, Simon), To The Moon s’amuse de l’une des plus fameuses théories du complot selon laquelle l’alunissage de juillet 1969 n’aurait été qu’un vulgaire montage truqué, commandé par le gouvernement américain pour gagner la course à l’espace contre l’Union soviétique, une gigantesque supercherie hollywoodienne pilotée par la NASA elle-même, impliquant les maîtres des superproductions à effets spéciaux de l’époque dont Stanley Kubrick et Walt Disney. C’est là le plus bel atout scénaristique de cette comédie romantique qui réinvente l’histoire pour mieux cultiver le mythe-canular de « l’Opération Lune » ; Berlanti joue avec audace sur le concept de fabrique du mensonge et les tactiques de manipulation par l’image, en transformant la célébrissime mission Apollo 11 en une ingénieuse mise en abyme de l’objet cinématographique —ici séquence publicitaire alternative top secrète, destinée à tromper la planète entière en cas d’incident technique lors de la retransmission télévisée des petits pas d’Armstrong et Aldrin—, navigant sans cesse entre artifices terrestres et fantasmes célestes, réalité historique de la Guerre froide et fiction falsifiée, injonctions impossibles de la Maison-Blanche et coulisses lunaires d’un plateau de tournage improvisé dans un vieux hangar poussiéreux de la NASA.

Toujours conscient du caractère grotesque de cette mascarade aux allures de making-of improbable, le spectateur sourit de ces astronautes-pantins articulés par de minables ficelles devant un rocher en carton-pâte, de l’hystérie burlesque du metteur en scène incompris et de son équipe technique de bons à rien perturbée par un chat noir farceur, et se laisse ainsi embarquer à bord de cette fusée parodique lancée à pleine vitesse sur le satellite des stéréotypes hollywoodiens. Si dans son exposition, le film semble d’abord hésiter entre les différentes trajectoires proprettes et stylisées qui s’offrent à lui (fresque de l’Amérique des sixties swinguant sur du Sam Cooke, rom-com sirupeuse, mise en scène réflexive de l’épopée spatiale, critique d’une NASA en pleine refonte qui doit tirer le bilan des échecs passés et satire de la naissance de la société de consommation), To The Moon parvient peu à peu à trouver son tempo comique grâce à l’agencement parallèle de ces différentes couches narratives qui s’entrelacent et fonctionnent en miroir. Sublimée par la photographie de Dariusz Wolski, la lumière éclatante et l’harmonie fiévreuse de l’American way of life, ses diners floridiens au parfum d’insouciance et parkings parfaitement symétriques transpirent dans chaque plan, tandis que le couple à la fois glamour et complémentaire, incarné par Scarlett Johansson et Channing Tatum –elle, charmante sorcière bien-aimée experte en escroqueries publicitaires, et lui ancien pilote et héros de la nation dont le sourire ravageur évoque celui du capitaine Steve Trevor–, donne sa dynamique sensuelle au film. Un ingénieux divertissement estival qui séduit sans même décrocher la lune.

Sévan Lesaffre

To The Moon – Bande-annonce

Synopsis : Chargée de redorer l’image de la NASA auprès du public, l’étincelante Kelly Jones, experte en marketing, va perturber la tâche déjà complexe du directeur de la mission, Cole Davis. Lorsque la Maison Blanche estime que le projet est trop important pour échouer, Kelly Jones se voit confier la réalisation d’un faux alunissage, en guise de plan B et le compte à rebours est alors vraiment lancé…

To The Moon – Fiche technique

Réalisation : Greg Berlanti
Scénario : Rose Gilroy, d’après une histoire de Bill Kirstein et Keenan Flynn
Avec : Scarlett Johansson, Channing Tatum, Nick Dillenburg, Jim Rash, Anna Garcia, Noah Robbins, Colin Wodell…
Production : Keenan Flynn, Scarlett Johansson, Jonathan Lia, Sarah Schechter, David Batchelor Wilson
Photographie : Dariusz Wolski
Musique : Daniel Pemberton
Distributeur : Sony Pictures France
Durée : 2h11
Genre : Comédie / Romance
Sortie : 10 juillet 2024

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Festival

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Sévan Lesaffre
Sévan Lesaffrehttps://www.lemagducine.fr/
Titulaire d’un Master 2 en Histoire, esthétique et théorie du cinéma, auteur d’un ouvrage qui concerne l’analyse du corps filmique de Judy Garland, jeune membre du jury du Festival International du Film d'Amiens 2017 présidé par Alexandra Stewart, critique et rédacteur pour CineChronicle.com pendant deux ans, je couvre le festival du film francophone d’Albi « Les Œillades » depuis 2018 et le FIFAM en 2022.

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