Cannes 2024 : Les linceuls, à corps perdu

De son propre deuil, David Cronenberg revient sur la Croisette avec une œuvre on ne peut plus personnelle. La disparition de son épouse sept ans plus tôt semble encore le hanter et Les linceuls constitue pour lui une manière de lui rendre hommage, tout en laissant la porte ouverte au dialogue, même après la mort. Et malgré cet effort, le célèbre croque-mort du cinéma ne fait que brasser de l’air avec ses dialogues interminables, qui paralysent toute tentative d’immersion ou de communion avec son film.

Synopsis : Karsh, 50 ans, est un homme d’affaires renommé. Inconsolable depuis le décès de son épouse, il invente un système révolutionnaire et controversé, GraveTech, qui permet aux vivants de se connecter à leurs chers disparus dans leurs linceuls. Une nuit, plusieurs tombes, dont celle de sa femme, sont vandalisées. Karsh se met en quête des coupables.

Deux ans après Les crimes du futur, qui repoussait déjà les limites de l’anatomie humaine, le cinéaste canadien reste un invité d’exception dans la compétition cannoise. Bien connu pour des détournements remarquables du body-horror (La Mouche, Crash, eXistenZ), nous le retrouvons plus mélancolique que jamais dans ce portrait de l’âme humaine. Pour les spectateurs avides d’hémoglobine, il faudra se diriger vers la surprise de la sélection, The Substance, réalisé par la française Coralie Fargeat. Ici, il n’y a que des ombres et des morts, rien de spectaculaire en soi, si ce n’est cette quête obsessionnelle que vit un homme, perdu entre la vie et la mort.

Le profanateur des souvenirs

Karsh (Vincent Cassel) a mis en place un cimetière où il trompe la mort. Sa technologie GraveTech permet aux vivants de contempler les restes des défunts en décomposition. Embaumés dans des linceuls équipés de caméras donnant sur l’intérieur, il est désormais possible de se connecter aux êtres qui nous sont chers. « Je suis dans la tombe avec elle. […] C’est ce qui me rend heureux. » Karsh voit les choses ainsi, mais ne cesse de multiplier les signes qui le relient à sa bien-aimée, Becca. Dans son entourage, il existe encore sa sœur jumelle Terry (toujours vivante) et un avatar numérique nommé Hunny. Diane Kruger incarne tous ces personnages à la fois, dans le but d’alimenter les penchants morbides et sexuels d’un homme solitaire qui se cherche. Autant dire que la mort lui va si bien.

Peut-ton guérir d’un chagrin ? Peut-on vraiment renoncer à l’amour ? C’est par l’usage des technologies de pointe que le film répond à ces questions, sans oublier les interminables dialogues d’exposition qui manquent d’enterrer notre attention pour de bon. L’idée de trouver un sosie et de s’en satisfaire, même s’il n’est pas physiquement palpable, est captivante. Malheureusement, ce qui était prometteur sur le papier a bien du mal à trouver un sens et un rythme décent dans cet univers qui souhaiterait déjouer la fatalité. Seuls quelques traits d’humour noir maintiennent les spectateurs à flots, avant que l’on se jette hors de la salle pour des raisons beaucoup moins viscérales, visuellement parlant. La mise en scène reste à plat, en attendant que les protagonistes nous dévoilent leurs désirs cachés. Il est alors plus intéressant de se demander ce que ces corps dans les tombes peuvent bien nous léguer derrière eux.

Pour Cronenberg, son approche personnelle justifie la névrose de Karsh, un double du cinéaste, et son film est un peu à l’image de ses personnages, dans un état de décomposition regrettable sachant le sujet. Les différents corps nus qui défilent témoignent également de leur esprit confus et empoisonné par un manque d’affection. Les relations deviennent alors inutilement ambiguës, tandis que le récit espère bouleverser par des complots et trahisons. Malgré un hommage touchant et une réflexion stimulante sur l’identité, Les linceuls nous laisse cependant sur notre faim à la force de bavardages stériles et de rendre indigestes toutes ses théories poussiéreuses et peu cérébrales.

Les Linceuls est présenté en Compétition au Festival de Cannes 2024.

Bande-annonce

Fiche Technique

Titre original : The Shrouds
Réalisé par : David CRONENBERG
Année de production : 2024
Pays : France, Canada
Durée : 116 minutes
Date de sortie : 25 septembre 2024

Festival

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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