« L’Homme en noir » : terreur enfantine

Dans L’Homme en noir, Giovanni Di Gregorio et Grégory Panaccione déploient une trame douloureuse, qui explore les profondeurs de la peur et du traumatisme à travers les yeux d’un enfant. L’ouvrage, paru aux éditions Delcourt, traite avec sensibilité des violences sexuelles subies par les enfants, un sujet délicat abordé avec pudeur et justesse.

Mattéo est un petit garçon comme les autres, à ceci près qu’une ombre plane sur son quotidien. Cette dernière se manifeste par des cauchemars récurrents où un homme en noir le poursuit obstinément. Comment l’expliquer ? Mattéo est confronté au harcèlement scolaire et à une forme d’isolement social. Son refuge dans un monde de super-héros volants pourrait symboliser une tentative d’échapper à la dure réalité des dynamiques sociales à l’œuvre dans les écoles. C’est en tout cas ce que postule un thérapeute…

Chaque nuit, le cauchemar de Mattéo prend vie et le plonge dans une terreur indicible, au point de provoquer des accidents nocturnes. Un homme en noir, figure de l’agresseur, apparaît, sans qu’il ait aucune prise sur lui. Le traumatisme semble profond et la peur constante de dormir, ainsi que son besoin de proximité physique avec ses parents, constituent autant de manifestations de son état de détresse. 

Pour les parents de Mattéo, l’affaire n’est pas simple à gérer. Souvent, leur enfant semble absent, plongé dans un monde intérieur foisonnant. Il est distrait en classe, peu loquace à la maison. Ses difficultés sont les symptômes évidents d’un traumatisme non exprimé. Giovanni Di Gregorio et Grégory Panaccione donnent à voir les signaux souvent discrets qui se font jour chez les enfants traumatisés.

(SPOILERS)

La révélation que l’homme en noir est en fait son oncle, un prédateur qui a abusé de lui, est un tournant dans l’histoire. La présence d’un ami imaginaire qui aide Mattéo à se confesser et à confronter son agresseur vient alors souligner la capacité de résilience chez l’enfant. La victime a trouvé la force de se libérer de son silence et de commencer à « guérir ».

L’Homme en noir met en lumière, avec beaucoup d’à-propos, les violences sexuelles contre les enfants, dans une approche à la fois délicate et puissante. Les auteurs montrent parfaitement comment les actes d’un proche, forcément considéré comme bienveillant, peuvent troubler un enfant, qui dès lors cherche des mécanismes compensateurs de défense : un ami imaginaire à qui se confesser, par exemple. Cet album est en tout cas un outil précieux pour la compréhension et la discussion autour des traumas infantiles.

L’Homme en noir, Giovanni Di Gregorio et Grégory Panaccione 
Delcourt, mai 2024, 128 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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