« Philiations » : les empreintes de la mémoire

Dans Philiations, Gwen de Bonneval orchestre une introspection remontant à son enfance et s’étendant à sa vie d’adulte, façonnée par un entrelacement complexe de souvenirs, d’expériences familiales et de préoccupations écologiques. Cet ouvrage, à la fois autobiographique et réflexif, s’articule autour de la quête personnelle de l’auteur pour comprendre les forces qui l’ont modelé, tout en s’interrogeant sur l’avenir de notre planète.

L’album de Gwen de Bonneval débute par une exploration des jeunes années de sa vie, formatrices et notamment marquées par des moqueries relatives à son prénom et par une relation complexe avec ses parents. Ces souvenirs restitués constituent les premiers jalons d’une quête identitaire qui va traverser tout l’ouvrage. La figure paternelle, ambivalente, distante puis écartée, peut être lue en miroir des propres interrogations de l’auteur quant à l’héritage familial et son propre rôle de père. 

Les souvenirs occupent une place centrale dans Philiations : on les questionne, les embrasse ou les rejette, mais ils finissent toujours par nous façonner. L’ouvrage met en lumière la manière dont la chute de Philémon, le fils de Gwen de Bonneval, agit comme un catalyseur, renvoyant l’auteur à ses propres expériences traumatisantes d’enfance, et repassant en boucle dans la tête de l’auteur. Il est aussi question de mémoire à travers le vécu du grand-père, proche du Général de Gaulle, taiseux quant à ses expériences passées. 

L’ouvrage ne se contente pas d’explorer les dynamiques familiales intimes ; il englobe des enjeux écologiques et sociétaux majeurs. En évoquant à plusieurs reprises les neuf limites planétaires, et en se demandant comment agirait son grand-père résistant à l’aune de la crise écologique, Gwen de Bonneval interpelle sur la responsabilité individuelle et collective face à un avenir de plus en plus compromis. Cette dimension du récit invite à une réflexion sur la capacité de l’individu à influencer le cours de l’histoire, que ce soit à l’échelle familiale ou globale.

Sur le plan graphique, Philiations se caractérise par l’utilisation du blanc et d’une couleur changeante au cours du récit. L’album épouse une structure non linéaire qui permet de mettre en parallèle souvenirs et réflexions, dans une fluidité savamment organisée. Le cas de Philémon mérite également d’être souligné : hypersensible, il vit tout à 200%, ce qui peut mener à des crises de colère, par exemple. Il était suivi par un thérapeute avant la pandémie de Covid-19, mais cette dernière a mis fin à leurs séances. Il est certes intelligent mais a toutefois du mal à se fondre dans la masse et à sociabiliser. 

Que cela soit à travers les souvenirs, les réflexions ou les caractères, Philiations fait valoir une profondeur et une sensibilité remarquables. À travers le prisme de sa propre expérience, Gwen de Bonneval offre une réflexion universelle sur ce qui nous constitue et nous unit, tout en soulignant l’urgence écologique actuelle. Ce récit autobiographique s’impose parfois comme un miroir, dans lequel chaque lecteur peut se reconnaître pour partie, et réfléchir à sa propre singularité.

Philiations, Gwen de Bonneval 
Dupuis, mars 2024, 224 pages

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Festival

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Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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