Une « Déclaration des Droits des Femmes Illustrée » aux éditions EPA

Les éditions EPA ajoutent un opuscule ingénieusement conçu au débat sur l’égalité de genre, avec la publication de Déclaration des Droits des Femmes illustrée. Prenant appui sur des figures historiques et contemporaines, restituant et commentant les articles des Nations-Unies et la Déclaration des Droits de la Femme et de la Citoyenne d’Olympe de Gouges, Anne Bouillon propose une réflexion approfondie et contextualisée sur l’évolution et les enjeux actuels de l’égalité des sexes. 

La préface de Shaparak Saleh insiste d’emblée sur la persistance des problématiques soulevées dans cet opuscule, en mettant en lumière l’exemple emblématique de l’Iran, où les femmes sont quotidiennement empêchées dans leur liberté d’action en vertu de considérations conservatrices et religieuses. Ce qui relève d’une actualité cohabite évidemment avec l’Histoire, traduite notamment via la réminiscence d’Olympe de Gouges. Guillotinée pour ses idées révolutionnaires en novembre 1793, cette femme de lettres française a payé le tribut d’un courage remarquable, dirigé vers la lutte contre l’injustice. Ses idéaux, rapportés dans l’ouvrage, ont pris corps à travers la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, en 1979. C’est le témoignage d’une évolution progressive, bien que lente et imparfaite, des mentalités et des systèmes juridiques.

Cette Déclaration des Droits des Femmes illustrée n’est pas qu’un simple renvoi aux textes qu’elle présente. Au fil des pages, Anne Bouillon entrelace les articles de la déclaration des Nations-Unies avec des citations marquantes d’activistes, intellectuels, politiciens et écrivains, tels que Simone de Beauvoir, Angela Davis, George Sand, Judith Butler ou Victor Hugo. Cette mosaïque de voix souligne le combat intergénérationnel et multiforme pour l’égalité des sexes. Elle révèle aussi le chemin parcouru et les obstacles inexpiables, notamment dans des cas où les discriminations restent ancrées dans la législation et les pratiques culturelles. Il est intéressant de mesurer à quel point les protestations et les commentaires progressistes ont été nombreux à travers le temps : une fois assemblés, ils constituent un testament politique édifiant, qui aide à problématiser et contextualiser une question dont l’urgence n’a jamais été démentie. 

Anne Bouillon ne se contente toutefois pas de retracer l’histoire et de rapporter ce que les intellectuels et artistes d’hier ont affirmé ; elle examine avec acuité la situation actuelle des droits des femmes, créant des liens évidents entre les articles présentés dans l’ouvrage et la situation contemporaine des femmes, surtout en France. Ainsi, en dépit des avancées législatives, de nombreuses inégalités subsistent, comme en témoigne par exemple la persistance des écarts de salaires entre hommes et femmes. L’auteure met en exergue l’importance de combattre les structures patriarcales sous-jacentes qui perpétuent ces inégalités. Et en abordant des thèmes tels que la traite des êtres humains, l’autonomie financière des femmes, la production législative ou la violence conjugale, l’auteure invite à une réflexion transversale, portant aussi sur les moyens de consolider les acquis et de poursuivre le combat pour l’égalité. L’importance du travail, de l’éducation et de la participation politique des femmes sont appréhendés comme des leviers essentiels de l’émancipation.

Cette Déclaration des Droits des Femmes illustrée est une œuvre salutaire, car elle permet de mieux comprendre la complexité et la diversité des luttes pour l’égalité des sexes. En reliant le passé au présent et en offrant des perspectives claires, Anne Bouillon contribue au dialogue, à jamais nécessaire, sur l’égalité des sexes. L’ouvrage, riche en enseignements historiques et contemporains, est un appel à la réflexion et à l’action pour tous ceux et celles engagés dans la quête d’un monde plus juste.

Déclaration des Droits des femmes illustrée, Anne Bouillon
EPA, février 2024, 144 pages

Note des lecteurs0 Note
4

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Systèmes de protection sociale face aux crises » : regards croisés

À travers une série de contributions consacrées à la pandémie, au climat ou encore au vieillissement démographique, l’ouvrage paru aux PUR observe avec acuité l'état et la lente métamorphose des systèmes sociaux. France, Japon : partout, la crise agit comme révélateur, accélérateur, et parfois même en tant que mise en demeure.

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.