La Petite Mort s’en prend aux héros modernes

Tourbillon d’irrévérence et d’humour noir. Davy Mourier, dans son dernier album, La Petite Mort : les héros meurent aussi, paru aux éditions Delcourt, réinvente l’art de la satire à travers le prisme d’une faucheuse atypique, qui s’exerce sur tout ce que la culture populaire compte de héros. Autonome et efficace, ce petit opus se lit d’une traite, avec légèreté.

Pour nous amuser, Davy Mourier s’aventure dans les méandres de la culture populaire, convoquant des figures emblématiques allant de Bob l’Éponge à Super Mario, en passant par des références cinématographiques et vidéoludiques majeures telles que les franchises Avengers ou Star Wars. Le détournement de ces icônes, à travers des scènes comiques et souvent grotesques, relève souvent du jeu de massacre. Peppa Pig est transformée en jambon, les Tortues Ninja, renommées selon des figures italiennes controversées (Mussolini, Berlusconi, Siffredi et Armani), s’entretuent pour de la pizza, et ce ne sont là que de menus exemples de la manière dont l’auteur et dessinateur utilise l’humour – et la mort – pour tourner en dérision certains de nos héros d’enfance (et/ou actuels).

La Petite Mort : les héros meurent aussi va au-delà de la parodie. La figure de la faucheuse, souvent représentée comme une entité lointaine et impersonnelle, est ici humanisée, voire vulnérabilisée, confrontée aux dilemmes existentiels et aux trivialités de la vie moderne. On la voit par exemple hésiter entre une multitude d’activités possibles, très enthousiasmantes, et… la procrastination sur les réseaux sociaux. Écho à notre propre incapacité à gérer le temps et à donner un sens à notre existence, ce clin d’œil cohabite avec des fausses réclames gouvernementales et les parodies de sponsors, comme Mort VPN, soit autant de critiques, à peine voilées, du capitalisme et de la consommation de masse.

La chambre de Nonos, la jeune Faucheuse mise en scène, est décorée d’autocollants Batman, d’une figurine Pikachu ou encore d’affiches Hello Kitty, et comprend une Nintendo NES. Elle redouble les références à la culture populaire. Cette dernière permet à Davy Mourier d’appuyer sur de nombreux ressorts comiques : Tigrou et Winnie l’Ourson dévorent leur compagnon Jean-Christophe, on fait du petit bois de Popeye, Kenny devient le seul survivant d’une catastrophe dans South Park et une tête explose à la manière de Scanners de David Cronenberg. Que cela soit par renversement des codes ou par easter egg, ça ne manque jamais de faire mouche.

La Petite Mort : les héros meurent aussi est un miroir tendu à notre société, une réflexion sur notre rapport à la mort, à la mémoire et à la culture. Davy Mourier jongle avec les codes de la pop culture. Le rire se fait catharsis et le grotesque, révélateur de vérités inconfortables. Et même la philosophie la plus triviale se cache dans les recoins les plus obscurs. Ainsi, comme l’apprend Nonos : « C’est plus facile de laisser une trace dans son slip que dans l’histoire. »

La Petite mort : les héros meurent aussi, Davy Mourier
Delcourt, janvier 2024

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Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

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"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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