« Marx et Engels » à travers les yeux de Che Guevara

Dans l’ouvrage Marx et Engels, écrit par Che Guevara et publié aux éditions Au Diable Vauvert, on peut observer une fusion entre la biographie, la théorie révolutionnaire et l’introspection philosophique. 

Médecin de formation, Ernesto Che Guevara entame sa plongée dans le marxisme au Guatemala, influencé par Hilda Gadea, une économiste péruvienne proche du gouvernement de Jacobo Arbenz Guzman. C’est là qu’il découvre les écrits de Marx et Engels, ainsi que ceux de José Carlos Mariategui, une figure influente du socialisme en Amérique latine. Cette période marque le début de sa transformation de médecin voyageur en fervent révolutionnaire, bientôt recruté par Fidel Castro pour lutter contre la dictature de Batista à Cuba.

Dans son ouvrage, sobrement intitulé Marx et Engels, Che Guevara rédige une courte biographie commentée de Karl Marx et Friedrich Engels. Il détaille la vie du premier entre Berlin, Paris, Bruxelles et Londres, sa précarité financière, la perte douloureuse de son fils Edgar et ses contributions au New York Herald Tribune. Parallèlement, il évoque les soutiens financiers d’Engels à Marx, soulignant, en sus de leur amitié et leur collaboration intellectuelle, l’aide précieuse apportée par le natif de Barmen à son ami, qui a tout sacrifié à ses travaux théoriques.

Che Guevara explore brièvement, mais avec intérêt, les travaux de Marx et Engels, notamment sur l’économie et la philosophie, révélant la complexité de leurs théories sur la valeur, la force de travail et le concept de plus-value. Il décrit les années consacrées à l’écriture de l’ouvrage Le Capital et à la Première Internationale, ainsi que les dernières années difficiles de Marx, marquées par le deuil de sa femme Jenny, qui a tout cédé pour lui, et de leur fille homonyme.

Une comparaison tout sauf anodine apparaît dans Marx et Engels. Elle se porte sur Karl Marx et Charles Darwin, suggérant que l’un a découvert les lois régissant l’histoire humaine quand l’autre a plutôt démystifié celles de l’évolution. Bien que schématique, l’analogie est pleine d’à-propos. Passionnant, incluant des photographies, une chronologie et des extraits de documents, cet opuscule intègre par ailleurs dans son appendice une liste de lectures ayant influencé Che Guevara ainsi qu’un article additionnel très pertinent. 

Ce dernier, datant de 1960, et intitulé « Notes pour l’étude de l’idéologie de la Révolution cubaine », affirme : « Le mérite de Marx est de produire soudain un changement qualitatif dans l’histoire de la pensée sociale ; il interprète l’histoire, il comprend sa dynamique, il prévoit l’avenir mais, en plus de le prévoir, là où devrait s’achever son obligation scientifique, il exprime un concept révolutionnaire : on ne doit pas seulement interpréter la nature, il faut la transformer. »

Marx et Engels est une fenêtre sur l’horizon intellectuel de Guevara, un aperçu de la pensée de trois figures historiques majeures, entrelacées dans une quête commune de changement social et de justice. Ce petit livre est également un point de référence pour comprendre les dynamiques révolutionnaires du XXe siècle.

Marx et Engels, Che Guevara
Au Diable Vauvert, novembre 2023, 144 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Systèmes de protection sociale face aux crises » : regards croisés

À travers une série de contributions consacrées à la pandémie, au climat ou encore au vieillissement démographique, l’ouvrage paru aux PUR observe avec acuité l'état et la lente métamorphose des systèmes sociaux. France, Japon : partout, la crise agit comme révélateur, accélérateur, et parfois même en tant que mise en demeure.

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.