FFCP 2023 : Legend of the Waterflowers, les sirènes de Jeju

La mer n’a cessé d’être un coffre des merveilles pour les habitants de la surface. Nombreux sont ceux qui s’y aventurent et encore afin de témoigner des richesses naturelles qui s’y trouvent. Koh Hee-young nous propose ainsi une virée ludique et mélancolique auprès des plongeuses haenyeo, une communauté exclusivement composée de femmes de l’île de Jeju. Entre quête spirituelle et récit intime sur la transmission, Legend of the Waterflowers nous maintient en apnée à chaque excursion.

Synopsis : Soon-jik, Ji-ae et les autres sont des haenyeo, ainsi que l’on appelle les plongeuses en apnée de l’île de Jeju. Gagnant leur vie en pêchant quotidiennement mollusques et coquillages à la main dans les fonds marins, ces femmes racontent leurs parcours et leur histoire commune. Elles perpétuent ainsi leurs traditions et transmettent leur savoir‑faire de génération en génération.

Tout un tas de fictions sont attendues par cinéphiles, convaincus d’une véritable ascension du cinéma coréen au-delà de leurs frontières. C’est effectivement le cas depuis plusieurs années, mais au milieu d’une sélection d’une diversité remarquable flotte une œuvre testamentaire, pleine de tendresse et générosité. Le documentaire de Koh Hee-young fait sensation en ce début de Festival du Film Coréen à Paris, grâce à la légèreté insoupçonnée d’une activité trop peu connue du grand public.

La vie aquatique

On enfile les tenues et les masques de plonger, on rassemble les filets de pêche et on s’arme d’un bitchang ou d’autres outils spécifiques. Des connaissances rudimentaires, essentielles, techniques, pratiques et les poumons bien remplis d’air, les haenyeo sont désormais prêtes à plonger. Elles vivent de leur pêche aux abords de l’île et restent en apnée jusqu’à sept heures par jour. Presque dix mètres les séparent de leur collecte quotidienne : conques, ormeaux, concombres de mer et autres mollusques. Et les images remontées à la surface n’ont rien à envier au royaume enchanté d’Avatar : La Voie de l’Eau. Cette nature-là est autonome et bien palpable.

La caméra de la cinéaste coréenne se fait discrète, laissant ainsi le temps nécessaire aux spectateurs le prendre le pouls de cette communauté de toutes les générations, de même que celui de la vie aquatique. Les bancs de poissons colorés effleurent les rochers et traversent tout un écosystème mis en péril par les rejets de matières graisseuses des usines environnantes. Ce paradis bleu est donc menacé par une pollution qui s’accroît d’une année à l’autre. En l’espace de quatre ans, le paysage du littoral n’est plus le même qu’autrefois, bouleversant par la même occasion la longévité des haenyeo.

La plupart de ces plongeuses sont très âgées et la tradition se perd rapidement. C’est en tout cas ce qu’on peut lire dans les yeux mélancoliques d’une nonagénaire, pourtant très énergétique, Hyun Soon-jik, la matriarche du groupe de plongeuses et la détentrice de tous les secrets que regorgent la baie de Jeju. Elle perpétue les croyances autour de la Reine Dragon, qui protège les plongeuses lorsque leurs chants de motivation ne suffisent plus. C’est comme si elle faisait partie de la mer et qu’elle n’était finalement jamais remontée à la surface après ses 87 ans d’activité. Elle constitue ainsi le dernier bastion de ce métier périlleux et ce qu’elle a à transmettre à la génération suivante permettrait à la légende des waterflawers de vivre éternellement. Et on comprend évidemment pourquoi lorsque l’on a l’occasion de poser les yeux sur ces vestiges de la mer.

Il a fallu six ans pour que la cinéaste Koh Hee-young rassemble ces images, afin de rendre hommage aux courageuses plongeuses haenyeo, qui arrivent peut-être au bout de leur voyage. En 2016, elle a célébré le courage de ces femmes dans son premier long-métrage Breathing Undewater. Aujourd’hui, elle est revenue avec Legend of the Waterflowers en compilant les témoignages d’une vie pas si lointaine. Et à défaut de la vivre une dernière fois, la cinéaste souhaite qu’on ne l’oublie pas.

Bande-annonce : Legend of the Waterflowers

Fiche technique : Legend of the Waterflowers

Réalisation : Koh Hee-young
Production : Jinjin Pictures
Pays de production : Corée du Sud
Durée : 1h32
Genre : Documentaire
Date de sortie : Prochainement

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.