« Eurêka » : plongée dans la science antique

Dans Épistémè : Eurêka, Pascal Marchand et JB Meybeck nous convient à un voyage singulier à travers l’histoire de la science antique. Entre les anecdotes étonnantes et les découvertes révolutionnaires, leur bande dessinée, didactique, se dévoile comme un ouvrage ludo-éducatif, au croisement des arts et des sciences.

Au premier abord, l’ouvrage Eurêka se distingue par sa densité imposante : quelque 200 pages richement dialoguées, où les deux auteurs se mettent en scène pour initier un échange fructueux avec les grands esprits de l’Antiquité. Pendant que le dessinateur JB Meybeck se glisse dans la peau de l’incrédule pour qui tout est encore à apprendre, Pascal Marchand se range plus volontiers aux côtés de ces primo-scientifiques dont le rôle est, on le verra, proprement séminal.

Parmi eux, nous retrouvons Thalès, qui introduisit en Grèce les enseignements mathématiques des Mésopotamiens et des Babyloniens. Il est à la fois un père de la géométrie, avec la notion d’angle, et l’explorateur de phénomènes naturels comme l’électricité statique et l’aimantation. Grâce à lui, la connaissance prend une dimension théorique, offrant une généralisation des phénomènes observés. De son côté, Anaximandre installe le cosmos au cœur de ses préoccupations. Il délaisse la divinité pour se focaliser sur des causes naturelles et promeut une vision gnomonique du monde.

L’évocation de la figure de Pythagore s’accompagne de sa disciple et future femme Théano, astronome, médecin et première mathématicienne reconnue. Brisant les stéréotypes de l’époque, elle prendra la tête de l’école pythagoricienne. Mais face à une société encore patriarcale, son héritage se trouve menacé. Socrate, figure incontournable s’il en est, s’inscrit dans une démarche d’introspection. Son histoire personnelle en résonance avec l’oracle, sa maïeutique et son procès controversé pour corruption de la jeunesse et athéisme se voient amplement évoqués dans Eurêka.

Pascal Marchand et JB Meybeck font état de cette science encore balbutiante avec une grande générosité. Leur ouvrage est riche, didactique, mais il aurait néanmoins gagné en lisibilité en étant moins empesé et plus aéré. Cela n’empêchera pas le lecteur de se familiariser avec certains grands penseurs, ou de redécouvrir leur parcours et leurs recherches : avec Hippocrate, on touche à la naissance de la médecine et on revient sur le « scamnum », un outil destiné à traiter fractures et luxations ; avec Épicure, on découvre une école axée sur l’absence de troubles, caractérisée par un régime végétalien, une grande ouverture d’esprit et un accueil des esclaves et des femmes parmi les élèves ; avec Platon, Démocrite, Archimède, Euclide et Aristote, parmi tant d’autres, on perce à jour les progrès significatifs entrepris dans l’Antiquité.

Associé à une palette chromatique réduite au noir, blanc et bleu, l’album Eurêka s’adresse en première intention aux passionnés d’histoire et de science, plus qu’aux amateurs de bandes dessinées. La tâche n’était pas mince pour les auteurs : rendre une science encore en germe à la fois accessible et ludique. Pascal Marchand et JB Meybeck viennent à bout de l’exercice, même si la matière, un peu trop dense, peut intimider et invite sans doute davantage à une lecture sporadique que continue.

Épistémè : Eurêka, Pascal Marchand et JB Meybeck
La Boîte à bulles, août 2023, 208 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet. 

« Mudlarks » : l’enfance de Dickens

En imaginant la rencontre du jeune Charles Dickens avec Oliver, enfant des rues et alouette de la Tamise, Philippe Charlot et Manu Cassier font de Mudlarks le récit d’une double initiation : celle d’un garçon brutalement confronté à la misère londonienne et celle d’un futur écrivain découvrant, au contact des oubliés, la matière humaine de son œuvre.