Ecocritiques – Penser l’image et son environnement

Depuis la fin des années 2010, la réflexion écocritique (initiée dès la fin des années 1970 et popularisée au début des années 1990 dans les pays anglo-saxons) a investi le champ des études cinématographiques francophones à travers la parution de différentes études et articles. Le présent ouvrage collectif dirigé par Gaspard Delon, Charlie Hewison et Aymeric Pantet, enseignants-chercheurs à l’Université Paris Cité, met en lumière la pluralité des approches et des sujets que convoque l’application de ces différentes théories aux images en mouvement.

C’est en effet d’abord l’éclectisme de ces différentes contributions qui frappe. L’étude des films à la lumière de l’écocritique brasse un large corpus de cinématographies différentes. Des vues des frères Lumière au cinéma japonais contemporain (entre prise de vue réelle et animation) en passant par le cinéma hongrois des années 1960 et les productions indépendantes ou les blockbusters nord-américains, les auteurs cherchent moins à appliquer sur leurs exemples des concepts préconçus qu’à comprendre comment les récits et les mises en scène mettent en relief certaines problématiques contemporaines. À la croisée du travail formel, de thématiques sociales et d’enjeux techniques particuliers, l’écocritique invite le cinéma à une autoréflexivité salutaire.

En se proposant de (re)définir « l’ontologie du cinéma à l’ère de la crise écologique », Teresa Castro ouvre ainsi la réflexion par un retour sur l’implication environnemental de la pellicule qui, au-delà de sa fonction d’imprimer le réel, pose une série d’interrogations écologiques qu’il s’agit de comprendre et de résoudre. Cette nécessité, Ysé Sorel Guérin la perçoit à l’œuvre au sein du Diable probablement (1977) de Robert Bresson et de Night Moves (2013) de Kelly Reichardt dont l’analyse révèle la présence d’une « écocritique de l’imagerie militante ».

Présent dans les thématiques, l’écocritique infuse également les modalités de réalisation des films et plus particulièrement les propriétés de l’espace cinématographique. Damien Marguet se propose ainsi de relire Les Sans-Espoir (Miklós Jancsó, 1965) et Damnation (Béla Tarr, 1985) à la lumière des concepts de la « dark ecology » développée par le philosophe Tomothy Morton. L’originalité des deux films trouve au sein de cette appréhension sensible des changements climatiques un moyen de s’enrichir de valeurs nouvelles qui insistent sur la nécessité de revoir les films du passé à la lumière d’un prisme différent.

À ces révisions du regard répond une volonté d’ouvrir la réflexion à des cinématographies et à des pratiques moins connues. Elio Della Noce se focalise ainsi sur certaines productions expérimentales et la façon dont celles-ci usent du végétal pour enrichir le médium filmique de nouvelles modalités de création. Cet intérêt pour le médium se prolonge à travers les mutations du dispositif cinématographique encouragées par l’écocritique. À travers un bel article, Patricia Limido développe la réflexion au champ de différents arts visuels qui, de l’image fixe à l’image en mouvement, bénéficient communément d’un renouvellement de l’expérience esthétique à travers l’exploitation artistique des notions d’immersion et du sensoriel. De critique, l’épistémologie écologique devient pleinement poétique comme le prouve Nathalie Mauffrey à travers l’exemple des Glaneurs et de la glaneuse (2000) d’Agnès Varda qui du grand écran aux installations muséales réévalue et reconsidère le geste porté vers la terre et les productions de cette dernière.

Entre pratiques concrètes et imaginaires, l’écocritique offre un vivier de pistes interprétatives et un réservoir de formes à même de comprendre autrement les arts de l’écran et ses interactions avec d’autres disciplines (la peinture, la musique). Si l’on regrette l’absence d’une bibliographie qui aurait permis de cartographier ce nouveau territoire théorique, la profusion de cet ouvrage collectif justifie pleinement l’enthousiasme suscité par l’introduction et l’épanouissement des problématiques de l’écocritique dans le domaine des représentations audio-visuelles.

Ecocritiques. Cinéma, audiovisuel, arts, Gaspard Delon, Charlie Hewison, Aymeric Pantet
Hermann, mai 2023, 228 pages.

 

 

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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