Thoreau mis à l’honneur aux éditions Le Pommier

Les éditions Le Pommier publient un ouvrage rassemblant Walden et La Désobéissance civile, deux textes du penseur et naturaliste américain Henry David Thoreau, introduits par Sandra Laugier.

Avec Walden, Henry David Thoreau ne se contente pas de restituer une expérience personnelle. Il rédige surtout un manifeste en faveur d’une vie simple et libérée, en harmonie avec la nature. Tandis qu’il retrace avec poésie ses deux années de retraite au bord de l’étang de Walden (Massachusetts), il s’appuie sur ses observations quotidiennes, ses réflexions et ses lectures pour offrir un regard critique et introspectif sur le mode de vie de son époque. Société, économie, environnement : le naturaliste américain en appelle à une existence authentique en rupture avec le matérialisme et le capitalisme qui caractérisent la civilisation industrielle. Thoreau argue que l’accumulation de biens matériels et la poursuite obsessionnelle de réussite sociale tendent à aliéner l’individu et à falsifier son rapport à la nature. L’auteur prône de ce fait la frugalité et l’autosuffisance comme moyens d’atteindre une vie plus satisfaisante, en accord avec les principes transcendentalistes auxquels il adhère.

Thoreau décrit avec minutie la faune, la flore et les saisons, faisant de l’environnement un personnage à part entière. Rangé dans l’écologie littéraire, ou le nature writing, Walden invite le lecteur à considérer les écosystèmes comme une source inépuisable de sagesse et d’épanouissement. Adepte de la contemplation, l’auteur prend appui sur ce qu’il voit pour soulever des questionnements éthiques et écologiques qui résonnent, aujourd’hui encore, avec les préoccupations environnementales contemporaines. En s’affranchissant des contraintes et des conventions sociales pour mener une vie mue par ses propres aspirations et valeurs, il encourage le lecteur à remettre en question les normes établies et à cultiver une pensée critique face aux enjeux environnementaux et économiques.

Comme l’explique très bien Sandra Laugier dans son introduction, la désobéissance civile consiste à faire un pas de côté et à se désolidariser de toute politique ou de toute règle avec laquelle on s’inscrirait en désaccord, notamment éthique ou moral. Cela peut conduire à ne pas s’acquitter d’une taxe, à braver un interdit ou à contrevenir à un règlement. Walden pourrait être vu comme un premier signe de désobéissance civile, en ce sens qu’il vient signifier une fracture avec la société industrielle telle qu’elle était en voie de codification à l’époque. Cette œuvre intemporelle, à mi-chemin entre l’essai et le témoignage, a marqué plusieurs générations d’écrivains et de penseurs, dont ceux de la Beat Generation. Les enseignements de Thoreau sur la simplicité, la nature et la liberté individuelle sont toujours pertinents dans notre société actuelle, caractérisée par le consumérisme et la dégradation de l’environnement. Il se trouve que La Désobéissance civile, qui le complète utilement, partage avec lui cette même actualité.

Henry David Thoreau livre un texte emblématique sur la résistance individuelle face à l’autorité gouvernementale et aux lois injustes. Il expose sa vision du rôle de l’individu face à un gouvernement qui agit de manière injuste ou immorale. En partie inspiré par l’opposition de Thoreau à la guerre américano-mexicaine et à l’esclavage, ainsi que par son expérience personnelle de l’emprisonnement (pour avoir refusé de payer un impôt destiné à financer la guerre), La Désobéissance civile avance que l’individu a non seulement le droit, mais aussi le devoir moral, de résister à un gouvernement ou à des lois injustes. Il défend l’idée que la conscience personnelle et la responsabilité individuelle doivent primer l’obéissance aveugle à l’autorité.

L’auteur soutient que le gouvernement est au service du peuple et non l’inverse, et que la légitimité de ce dernier repose sur le consentement éclairé et volontaire de ses citoyens. Il considère que le refus de coopérer avec un système injuste et l’opposition pacifique aux lois immorales sont des formes de protestation légitimes et efficaces. Des idées qui ont pu inspirer des figures historiques telles que Gandhi, contre le colonialisme britannique en Inde, ou Martin Luther King Jr., dans le mouvement des droits civiques aux États-Unis. Plus récemment, c’est à l’occasion des printemps arabes que l’on a pu renouer avec les écrits du naturaliste américain.

La Désobéissance civile est un texte important. Il offre une perspective éclairée sur l’équilibre délicat entre l’obéissance à l’autorité et la défense des principes éthiques et moraux. Thoreau y rappelle que la démocratie ne se limite pas à l’exercice du droit de vote, mais implique également la participation active des citoyens à la vie politique et à la défense des valeurs fondamentales de justice, d’égalité et de liberté. Dans le contexte actuel, marqué par la montée des populismes, la polarisation politique et les défis globaux tels que la crise climatique et les inégalités sociales, La Désobéissance civile fait profondément sens et invite à la réflexion.

Walden suivi de La Désobéissance civile, Henry David Thoreau et Sandra Laugier
Le Pommier, avril 2023, 462 pages

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.

« Soudain », un chemin patient vers l’intime

L'amitié entre une directrice française d'EHPAD et une metteuse en scène japonaise. De cet argument simple, Ryusuke Hamaguchi tire un film épuré et pourtant foisonnant, aussi sensible que politique, sans jamais forcer le trait si ce n'est dans quelques redondances. Analyse.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Les Systèmes de protection sociale face aux crises » : regards croisés

À travers une série de contributions consacrées à la pandémie, au climat ou encore au vieillissement démographique, l’ouvrage paru aux PUR observe avec acuité l'état et la lente métamorphose des systèmes sociaux. France, Japon : partout, la crise agit comme révélateur, accélérateur, et parfois même en tant que mise en demeure.

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.