« Hippie Surf Satori » : sur la vague

Les éditions Glénat publient Hippie Surf Satori, d’Alain Gardinier et Renaud Garreta. Roman graphique d’une grande richesse, il s’apparente à une invitation à plonger dans les tumultes d’une époque charnière et à suivre les aventures initiatiques d’un jeune surfeur français, symptomatiques des aspirations d’une génération en quête de sens et d’authenticité.

Dans l’imaginaire collectif, la fin des années 1960 évoque un mélange d’insouciance, de rébellion, de créativité et d’émancipation. La vague du flower power a balayé les rivages de la culture occidentale, transformant les mentalités et les aspirations d’une jeunesse en quête d’authenticité et de liberté. C’est dans ce contexte foisonnant que se situe le roman graphique Hippie Surf Satori, fruit de la collaboration entre le scénariste Alain Gardinier et le dessinateur Renaud Garreta.

Le récit s’articule autour de Pierre, un jeune surfeur français qui, animé par sa passion pour les vagues et les rencontres, quitte Biarritz pour la Californie, puis Hawaï. Le protagoniste est inspiré de deux figures emblématiques du surf et de la photographie, François Lartigau et Alain Dister. Fuyant la rigidité paternelle et un milieu à certains égards étouffant, Pierre embarque dans une aventure initiatique qui l’amènera à côtoyer les icônes de la scène psychédélique Janis Joplin ou les Grateful Dead.

Le roman graphique est traversé d’un souffle de liberté qui rappelle l’esprit de la Beat Generation, comme en témoigne la référence au roman de Jack Kerouac Sur la route. La narration, riche et inventive, dépeint avec subtilité l’éveil de Pierre à la culture américaine, ses émois amoureux, ses expérimentations psychotropes et ses pérégrinations musicales, où se mêlent les influences de Santana et de Jimi Hendrix, alors en pleine émergence.

En Californie, puis à Hawaï, le récit se fait parfois plus sombre, par exemple lorsque Pierre se retrouve contraint de fuir une accusation de meurtre infondée. Les péripéties se succèdent, entraînant notre héros sur les chemins tortueux de la survie, où il va troquer l’éprouvante cueillette d’ananas pour un travail de « cowboy » dans un élevage. Cependant, malgré les épreuves, l’horizon reste gorgé d’une infinie liberté et d’une soif insatiable d’expériences, très représentatives de l’époque.

Hippie Surf Satori possède une dimension éducative. Ainsi, il se clôt par un dossier pédagogique abordant divers aspects de la période et du mouvement hippie : l’invention du leash par Georges Hennebutte, la bande-son des seventies, les lieux mythiques tels que le Steak House de Biarritz, où les surfeurs se retrouvaient pour partager leur passion et écouter les derniers morceaux des Doors ou de Jefferson Airplane.

Les auteurs offrent une plongée immersive dans l’univers de la fin des années 1960, naviguant entre les courants culturels et les aspirations d’une jeunesse éprise de liberté. Alain Gardinier et Renaud Garreta réussissent à restituer avec brio l’ambiance électrique et enivrante de cette époque, portée par des illustrations expressives et un scénario mêlant habilement différentes thématiques. L’œuvre se révèle être un hommage vibrant à une période charnière de l’histoire contemporaine, où les mouvements culturels et sociaux ont façonné les générations futures.

On retiendra notamment la caractérisation de Pierre, particulièrement réussie. Son évolution se trouve au cœur du récit. De sa chambre française tapissée de posters des Doors, de Janis Joplin ou de Bob Dylan à sa quête de sens et d’émancipation sur les terres américaines, il incarne de manière évidente, par synecdoque, les aspirations d’une jeunesse en rupture avec les valeurs traditionnelles. L’épopée de Pierre est ainsi une métaphore de la quête identitaire d’une génération se cherchant des repères et de nouvelles expériences.

L’écriture d’Alain Gardinier est fluide et inventive, tandis que le trait de Renaud Garreta insuffle une énergie et une dynamique saisissantes aux planches, qui donnent à voir, avec générosité, une grande variété de tableaux aquatiques. Leur collaboration réussit à capter l’essence de l’époque tout en offrant une réflexion subtile sur les thèmes de la liberté, de l’émancipation et de l’initiation.

Hippie Surf Satori, Alain Gardinier et Renaud Garreta
Glénat, avril 2023, 128 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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