La Famille Asada : Les photos, c’est sacré

Inspirée de l’histoire vraie du photographe Masashi Asada, La Famille Asada est une très jolie comédie dramatique remplie de bienveillance. A la fois drôle et touchant, ce feel-good movie nous rappelle l’importance de la famille et des souvenirs, à travers un travail mémoriel effectué grâce à un simple appareil photo.

Une famille pas comme les autres

Dès sa première séquence, le long-métrage nous embarque dans son univers décalé. On y voit un enchaînement de chutes quelque peu burlesques, filmées au ralenti, de chacun des personnages masculins. C’est donc une famille atypique que nous présente le réalisateur Ryôta Nakano. Une famille qui sort des normes y compris au sein de la société japonaise. En effet, le père de la famille s’occupe du foyer et ne travaille pas, tandis que la mère, elle, travaille de nuit à l’hôpital. Un simple détail, certes, mais qui est tout de même signifiant. La position d’homme au foyer du père est appuyée à plusieurs reprises lors du film, notamment par une enfant.

Le cadet de la famille, Masashi, est lui aussi un enfant pas comme les autres. Contrairement à son frère Yukihiro, qui se dirige vers une carrière dans les normes, lui se prend de passion pour la photographie. Malgré tout, son manque de confiance en lui empêche d’embrasser son rêve. Mais un jour, il entreprend de réaliser les rêves inachevés des membres de sa famille, grâce à la photographie. Vont alors s’enchaîner diverses séances photos, toutes plus absurdes les unes que les autres. Le père se rêve en Pompier, la mère femme de Yakuza et le grand frère pilote de Formule 1.

C’est ici que réside la plus grande force du long-métrage. Ryôta Nakano arrive à rendre cette famille terriblement attachante. Caractérisé avec soin, chacun des personnages a sa propre voix. Et le travail de mise en scène du cinéaste pour accentuer la dimension burlesque du film est à souligner. Il utilise des effets de style en concordance avec l’univers recréé par la photographie. La séquence de Yakuza sera donc filmée au ralenti, avec une musique intense. Pour autant, le film n’oublie jamais d’être plus pudique lorsqu’il doit l’être. Les moments d’émotion en famille sont filmés avec justesse eux aussi. La Famille Asada est un film en constant équilibre, en harmonie parfaite entre les rires et les pleurs.

La photographie face aux douleurs de la vie

On peut toutefois distinguer deux grandes parties au sein du long-métrage. Une fois toutes les péripéties de la famille achevées, le film se concentre davantage à aborder la réalité de son pays. Masashi est désormais installé à Tokyo et récompensé pour son travail. Son histoire va croiser celle du Japon, à travers le traumatisme du tsunami de 2011. Le film prend alors une tournure bien moins enjouée et plus dramatique. Masashi avait commencé à prendre en photo d’autres familles. Malheureusement, l’une d’elles fût touchée par le tsunami. Dans une volonté de la retrouver et par un heureux hasard, il rencontre un jeune homme qui s’est lancé dans la noble tâche de retrouver toutes les photos laissées à l’abandon dans les décombres.

Au premier abord déconnectée de la première partie du film, sa seconde moitié est pourtant pleinement dans sa continuité sur le plan thématique. Dans la première partie comme dans la seconde, c’est grâce à la photographie et aux souvenirs qu’on surmonte la réalité. Avec sa famille, Masashi essayait avec bonne humeur de panser des plaies. Des plaies créées à cause d’un rêve inachevé ou inaccompli. En restaurant et en collectant ces photos perdues, Masashi essaie également de panser des plaies. Différemment cette fois, en essayant de leur redonner espoir, à travers ces photos, souvenirs encrés d’un temps meilleurs.

Quand bien même elle ne bénéficie pas de la même fraîcheur et vivacité, cette seconde partie vise juste. Nakano y épure sa mise en scène avec finesse. Il s’inscrit pleinement dans la veine des chroniques sociales japonaises, notamment celle d’Hirokazu Kore-eda. Cette filiation avec le maître Japonais s’illustre également dans sa galerie de personnages. Au fil du film, Masashi croise différentes personnes. Leurs vécus à tous sont différents, et chacun va apporter au protagoniste une nouvelle vision de la vie. Même une enfant, endeuillée par la mort de son père, permet au photographe de comprendre quelque chose de la vie.

Ainsi, pendant ces deux heures, on se plaît à côtoyer cette famille Asada. Ryôko Nakano nous invite pleinement dans l’atmosphère de son récit. La proximité avec ces personnages est telle que l’on pourrait croire être invité au sein de cette famille. A la fois drôle et touchant, chronique d’une famille et d’un pays, le film est avant tout un rappel que face à la parfois trop douloureuse réalité, on peut s’en remettre à la photographie et aux souvenirs qu’ils transmettent.

La Famille Asada : bande annonce

La Famille Asada : fiche technique

Réalisation : Ryôto Nakano
Scénario : Ryôto Nakano et Tomoe Kanno
Interprétation : Kazunari Ninomiya (Masashi Asada), Satoshi Tsumabuki (Yukihiro Asada), Jun Fubuki (Junko Asada), Mitsuru Hirata (Akira Asada)
Photographie : Hironori Watanabe
Musique : Takashi Watanabe
Montage : Soichi ueno
Genre : Comédie dramatique
Société de distribution : Art House Films (France)
Date de sortie : 25 Janvier 2023
Durée : 2h07
Pays : Japon

La Famille Asada : Les photos, c’est sacré
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4

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Pierre-Louis Goblet
Pierre-Louis Goblethttps://www.lemagducine.fr/
Ma passion pour le cinéma est née suite à mon visionnage de Blade Runner. Dès lors, j'ai su que je voulais faire du cinéma mon métier, et j'ai entamé mes études dans ce but. Je suis notamment passionné du Cinéma Asiatique en général, notamment du cinéma Hong-Kongais de la grande époque, mais mon éventail cinématographique est très vaste, allant de Wong Kar-Wai à Kieslowski, en passant par Richard Fleischer, Pedro Almodovar ou encore Satoshi Kon.

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