« Souviens-toi que tu vas mourir » : union par défaut(s)

Le scénariste Dobbs et le dessinateur Nicola Genzianella publient Souviens-toi que tu vas mourir aux éditions Glénat. Alors que la guerre de Sécession touche à sa fin, un sergent nordiste noir et un combattant sudiste se voient contraints de faire équipe face aux épreuves, malgré le passif qui les oppose.

« On a affaire à des bouchers de la pire espèce. » C’est en ces termes que les soldats nordistes décrivent Quantrill et ses hommes, des admirateurs du général Lee retranchés dans leur repère à la fin de la guerre de Sécession. « Nous sommes recherchés et traqués dans plusieurs États, et nos familles nous manquent », se désole-t-on pourtant dans ces rangs sudistes, divisés, où l’anxiété et l’éloignement produisent leurs effets. Nous sommes en mai 1865, dans la région du Kentucky. La nation américaine apparaît fracturée. La guerre civile a accouché de deux aires géographiques et idéologiques antagonistes.

Blackwood et Meadows personnifient ces dissensions plus encore qu’ils ne le voudraient. Le premier a participé au massacre de Lawrence, qui a coûté la vie à la femme du second. Il a prêté main-forte à des troupes sudistes harnachées au racisme et aux conservatismes. Après en être venus aux mains, ils se retrouvent tous deux prisonniers. « J’ai pas échappé au Nord toutes ces années pour finir esclave de deux bouseux consanguins », assène Blackwood, tandis que des orpailleurs de seconde zone les tiennent en respect. Ils ont beau s’extirper de ce guêpier, d’autres épreuves, pas plus avenantes, les attendent : des Indiens hostiles voyant leur arrivée comme un signe du destin, puis un ours particulièrement vorace se mettront en travers de leur route. C’est la loi de Murphy sur fond de western crépusculaire.

Pourtant, Dobbs et Nicola Genzianella vont ingénieusement lier les deux hommes, qui ne se contentent pas de partager un sort commun et contraint. Unis par le deuil, moins différents qu’il n’y paraît, les deux hommes, qui s’affrontaient auparavant sur le terrain militaire, s’ouvrent l’un à l’autre, sans pathos, à travers une considération mutuelle. Après la cruauté guerrière et l’animosité personnelle, Souviens-toi que tu vas mourir prend des airs d’ode au dialogue. Une logique poussée à son paroxysme au cours d’une séquence finale très réussie, investie d’affects universels. Entretemps, Blackwood aura fait montre d’altruisme et d’humanité. Il aura exposé ses motivations et ses regrets. Et démontré qu’en sus de séquences spectaculaires dans les contrées sauvages du Kentucky, l’album vaut aussi pour les reliefs psychologiques dont il se fait le porte-voix.

Souviens-toi que tu vas mourir, Dobbs et Nicola Genzianella
Glénat, janvier 2023, 56 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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