Peace in the Valley : à l’Ouest, rien de nouveau…

S’emparer d’un sujet d’actualité brulant – les tueries de masse – ainsi que ses conséquences, et l’enrober dans une patine infusée au deuil et à la résilience, ne suffit à priori pas pour faire un film fort. Las, Peace in the Valley a quand même essayé ; et dans son malheur, la seule chose qu’il récolte est un panégyrique suranné de l’« American Way of Life »…

À ce titre, impossible d’ailleurs de ne pas évoquer son titre : Peace in the Valley.

Puisque derrière ces 4 mots ressemblant à un mantra hippie se cache un emblématique tube (notamment chanté par Bob Dylan, Johnny Cash ou Elvis Presley) dont les thèmes (la résilience, l’espoir, la gestion d’un traumatisme ou encore la paix) sont un peu devenus des commandements de l’« American Way of Life ». D’un tel canevas – hyper balisé et donc peu sujet à la prise de risque –, Tyler Riggs va ainsi tenter l’hybridation avec l’actualité en usant des tueries de masse comme élément déclencheur de son intrigue.
Car au même titre que la figure du soldat sacrifié ou de l’inanité de la guerre (récolté comme par hasard à l’issue du conflit vietnamien), la question des tueries de masse semble être devenue un terreau fertile pour l’industrie du divertissement. Certaines œuvres peuvent faire le pari de dépeindre celui qui s’y adonne (on pensera au récent Nitram de Justin Kurzel) et donc transformer l’ensemble en étude de personnage vicié de l’intérieur par une société avilissante ; mais d’autres peuvent, comme c’est le cas ici, se pencher sur le cas des victimes et sur le poids psychologique que peut incarner un tel traumatisme. Un choix certes plus convenu en l’état mais qui n’empêche pas, à priori, de dupliquer l’essai à l’infini, vu qu’en théorie, chaque victime est différente et aura autant de séquelles distinctes à gérer par la suite. 

Dans le cas de Peace in the Valley, la gestion du traumatisme revient à Ashley, devenue fraichement veuve après que son mari a décidé de s’interposer face à un tireur solitaire dans un supermarché. Au bonheur d’être encore en vie va alors vite se substituer l’incompréhension, le regret mais surtout l’amertume de voir que la communauté dans laquelle elle évolue considère son mari comme un héros ; elle qui souhaiterait simplement que son « héros » revienne à la maison. Et ainsi s’engage le plus grand défaut du film : son refus de sortir des sentiers battus.

Car qui dit traumatisme dit forcément à un moment ou un autre, résilience.

Chaque personnage – tout du moins américain – ne peut en effet, au vu des valeurs établies plus haut, stagner psychologiquement parlant. Il ou elle doit incarner ces idéaux ayant fondé l’essence de l’Amérique et donc aspirer à la paix (d’où le titre). Mais comment l’obtenir ? Tel est l’idée sous-tendue par Peace in the Valley qui entend donner le portrait croisé d’une mère endeuillée et de son fils alors en perte de repères. L’une va écumer les groupes de parole à la recherche d’un sens au cauchemar qu’elle traverse quand sa progéniture va s’acoquiner avec le frère de son défunt père, curieusement joué par le même acteur, Michael Abott Jr. 

Un procédé ayant déjà fait ses preuves chez Kubrick (cf. Docteur Folamour et Lolita) mais dont Tyler Riggs, sans doute à cause de son inexpérience, élude le principal intérêt. Car recourir à un même acteur pour deux rôles distincts est autant l’occasion de pouvoir nuancer une interprétation que de distiller tout pleins de thèmes forts raccords avec l’histoire. Ici, l’occasion était d’ailleurs parfaite de voir le jeune fils endeuillé projeter l’image de son père sur son oncle et ainsi nouer une relation « malsaine » avec lui. Mais, quand l’oncle en question incarne le cliché du bon américain moyen (porté sur la boisson, épris de chasse et pas forcément malin) et que la seule morale à retenir de l’ensemble tient en un « le deuil, c’est pas facile… », on se doute que le réalisateur n’est pas vraiment prompt à marquer son médium. Un constat d’autant plus vérifiable quand on confronte ses intentions à sa mise en scène, atone et mécanique au possible, qui ne donne jamais la part belle à son casting, duquel émerge pourtant partiellement Brit Shaw.

Medley lénifiant de tous les poncifs du drama US (deuil, résilience, sacrifice et enfance perturbée) engoncé dans une réalisation dopée au Xanax, Peace in The Valley est un beau ratage à ranger dans la catégorie « ni fait ni à faire » tant ce panégyrique des USA est d’une lourdeur en plus d’être tristement prévisible.

Peace in the Valley : Bande-annonce :

Peace in the Valley : Fiche Technique

Réalisation & scénario : Tyler Riggs
Casting : Brit Shaw, Michael Abbott Jr, Dendrie Taylor, Jordan Cox, Nakia Dillard, Nicky Buggs
Photographie : Mack Fisher
Musique : Chris Dudley
Genre : Drame
Etats-Unis – 2022

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Antoine Delassus
Antoine Delassushttps://www.lemagducine.fr/
J'ai une profonde admiration pour les sushis, James Bond, Leonardo DiCaprio, Apocalypse Now, Zodiac, les bons films et le ski. Pas forcément dans cet ordre. Et à ceux pouvant critiquer un certain amateurisme, je leur répondrais simplement que l'Arche de Noé a été fabriqué par des amateurs et le Titanic par des professionnels.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.