Woodstock 99 : voyage musical vers le chaos

WOODSTOCK. Plus qu’un festival, un mouvement qui a marqué des générations entières de jeunes dans les années 60 et 90. Une première édition qui a tellement transporté les foules qu’elle a voulu retenter sa chance une deuxième fois en 1999 : mais à quel prix ? Après la sortie du documentaire Woodstock 99: Peace, Love and Rage par HBO en 2021, la mini-série documentaire de Netflix donne la parole aux principaux intéressés pour raconter la descente aux enfers de l’édition 99 de Woodstock. Décryptage d’un festival raté, sauvagement bien raconté.

Synopsis : En 1969, Woodstock était un festival de musique et de paix. Comment l’édition 1999 a-t-elle pu sombrer aussi rapidement et aussi facilement dans le chaos et la violence ?

3 jours de festival, 3 épisodes

En choisissant de raconter ce fiasco en une mini-série de trois épisodes, Jamie Crawford a pris le parti de faire monter la tension crescendo, comme si le spectateur, lui aussi, vivait les trois jours de festival en passant par les différentes émotions qui les ont rythmés : excitation, tension et chaos.

Le témoignage sincère et face caméra des invités ainsi que la quantité impressionnante d’archives de l’édition 99 donnent du relief à ce souvenir. En ayant le témoignage d’anciens festivaliers, le spectateur entre directement dans le récit et dans la confidence. Une proximité se crée dès les premières minutes et une question nous trotte dans la tête tout au long du visionnage : pourquoi en est-on arrivé là ?

Face caméra, les anciens festivaliers racontent leurs souvenirs avec vivacité et passion comme si tout ceci s’était déroulé hier. Dans leur regard, plusieurs émotions défilent : excitation, incompréhension, rage, tension… c’était comme s’ils revivaient chaque concert, chaque rencontre, chaque contact avec le tarmac brûlant. Tout est mimé et revécu à la lettre près, 23 ans après. Les gestes accompagnent leurs paroles, la voix s’élève avec passion, comme si nous écoutions un vétéran de guerre nous raconter comment il a survécu et a combattu l’ennemi.

Une descente aux enfers 

Au départ pensé comme une deuxième édition porteuse des mêmes valeurs que la première édition que sont l’amour, la paix, la fraternité et l’entraide, il en est tout autre : Woodstock est une marque. Et ce qu’on veut d’une marque, c’est qu’elle rapporte…de l’argent. Beaucoup d’argent. Construit sur des bases de profit, Woodstock 99 partait d’une intention bancale, pour finalement mener à sa perte. Des bouteilles d’eau à des prix indécents et jetées par milliers sur scène, de la nourriture inabordable, une hygiène déplorable, un manque d’effectif et de staff, des prix qui ne cessent d’augmenter au fil de la demande et des jours… Woodstock est loin de reposer sur les mêmes valeurs que l’édition de 69 et semble être le berceau d’un capitalisme si peu chéri par le public qu’il accueille.

On y apprend au fil des épisodes la sombre réalité de ce festival. Une chaleur éprouvante et insoutenable, des toilettes qui débordent, une foule incontrôlable, des agressions sexuelles, une sécurité peu expérimentée et craintive, des autorités bridées, une organisation inexistante, une jeunesse qui n’a plus de limites et surtout, des organisateurs pris en flagrant délit de leur désillusion.

Face à cette mauvaise gestion du festival, la joie et l’excitation des premiers jours laissèrent place à la folie, l’anarchie et la violence sous toutes les formes. Pendant trois jours, c’était comme si tout paraissait autorisé, sans limite. En se rendant à Woodstock, c’est comme si la jeunesse voulait faire passer un message, vivre quelque chose de fort. En ignorant les besoins du public, les organisateurs de Woodstock ont créé une véritable bombe à retardement qui a explosé en 3 jours. Plus de 250 000 personnes laissées pour compte et  réunies au même endroit pendant 3 jours, des autorités au-dessus d’eux : serait-ce, quelque part, une métaphore politique de la société de l’époque ? 

Par ce documentaire, Netflix nous emmène dans les coulisses d’un événement incontrôlable, contrasté et apocalyptique, où notre cœur vacille entre euphorie des concerts et violence des festivaliers. La plateforme de streaming prouve encore une fois sa capacité à réaliser de bons documentaires et faire monter la tension, comme elle a pu le faire avec Fyre Festival.  

Plus qu’une organisation désastreuse, Woodstock 99 montre le pouvoir de la foule et la peer pressure pour mener à bien tous les actes qui ont été faits pendant ce festival. Chacun, à son échelle, a pu contribuer au chaos : artistes, festivaliers, organisateurs et politiques. Finalement, dépasser les bornes peut très vite arriver dans un festival et le documentaire montre que cela peut encore arriver aujourd’hui. Malgré tout, et aussi étonnant que cela puisse paraître, les anciens festivaliers affirment que malgré tout ce qui s’est passé, ils ne regrettent pas, car c’était une expérience inoubliable à vivre “once in a lifetime”.

Fiche technique : Woodstock ’99

Titre original : Trainweck: Woodstock ’99
Réalisation : Jamie Crawford
Distribution : Netflix
Pays d’origine : États-Unis
Genre : Documentaire
Durée : 45 minutes par épisode
Date de sortie : 3 août 2022

Note des lecteurs4 Notes

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