Wild Search, de Ringo Lam, en édition Blu-ray chez Spectrum Films

Retour sur Wild Search (1989), le Witness de Ringo Lam post-trilogie “On Fire”, à (re)découvrir en Blu-ray chez Spectrum Films.

Synopsis : Des trafiquants sont surpris en plein deal de drogues par des policiers. L’inspecteur Lau (Chow Yun-fat) est chargé de protéger le seul témoin de ce massacre du meurtrier sadique qui veut sa mort, quel qu’en soit le prix.

Amour, paysans et gros flingues

Comme le rappelle Arnaud Lanuque dans son excellente présentation du film, les cinémas Hollywoodien et Hongkongais se sont empruntés des concepts narratifs, des motifs esthétiques ainsi que des acteurs.

Réalisé après sa trilogie « on fire », qui comprend – chronologiquement – City on Fire (février 1987), Prison on Fire (novembre 1987) et School on Fire (1988), et inspiré par le succès critique et public du Witness de Peter Weir sorti en 1985, Wild Search se démarque dès les premières minutes de son homologue américain par son expérience urbaine. Néons reflétant sur le pare-brise, une foule omniprésente, de la fumée sortant d’extracteurs de restaurants, une musique de night-club qui nous embrasse alors que notre héros, l’inspecteur Lau (subtilement incarné par Chow Yun-fat), dépose un indicateur. Avec Ringo Lam, la caméra capte l’essence des espaces pour mieux immerger le spectateur. Hong Kong brille la nuit, trempe ou étouffe de jour, avec une violence sourde à en devenir absurde. En témoigne, comme le souligne Rafik Djoumi dans le complément signé Capture Mag, cette scène de gunfight au restaurant où l’inspecteur affronte un tueur à deux mètres de distance en tournant autour d’une poutre porteuse. À l’inverse du film de Weir qui lorgne vers une représentation plus classique du crime organisé, la violence peut ici atteindre des sommets d’intensité : on pense à cette scène où le tueur met le feu à notre inspecteur caché derrière un tas de paille, avec un Chow Yun-fat prêt à tout. On peut aussi se remémorer le passage à tabac de notre héros flic par le chef de la bande organisée, dont le règne est marqué par le canon comme dans l’économie hongkongaise.

Face à la ville insomniaque, Lam présente la campagne non pas par la lumière et le son, mais par le geste des paysans, qui transportent leur charge de bois, travaillent au champ. Weir installait rapidement une Philadelphia bondée, suractive, sale, qu’Harrison Ford quittait pour rejoindre la campagne des Amish et par la même occasion, lancer véritablement le récit du film. Par le prisme de Ford, le spectateur découvrait cette communauté étrange, entourée de légendes et d’autres récits de bar. Surtout, il commençait à prendre corps dans cet espace qu’il ne dominait pas – mais qui, à l’inverse de la ville, ne l’étouffait pas –, et ceci, par le geste. Même si, à l’inverse de Witness, le travail du geste participe plus à l’immersion spectatorielle chez Lam qu’à l’intronisation de son personnage dans la communauté paysanne, les deux films partagent un trait de caractère narratif.

En effet, Witness et Wild Search sont deux récits initiatiques. Dans le premier, le policier joué par Ford va se reconnecter à la terre, aux gestes collectifs qui constituent la fabrication et la construction, ainsi qu’aux sentiments romantiques. Il s’agit donc pour lui de quitter la ville – espace de vie collective urbaine – où règnent toutefois la mort, la trahison et l’individualisme forcené pour retrouver une forme d’humanité avec les Amish dans les grandes étendues verdurées du comté de Lancaster. Ringo Lam va cependant amener Chow Yun-fat sur une autre voie initiatique. L’inspecteur Lau ne va pas se reconnecter à la nature qui est un espace dominé par d’autres formes d’autorité et de violence, mais va apprendre à (re)créer du lien. Face à la violence sourde et explosive propre à son style, Lam convoque le romantisme hongkongais, jamais niais, parfois bleuté et surtout romanesque. On peut aussi penser au grand père de l’enfant-témoin, ici une gamine, qui refusera de gérer celle-ci, et qui trouvera finalement la paix lorsqu’il acceptera de créer un lien avec elle.

Contre le chaos de la vie, Witness convoque à travers la figure des Amish une forme de retour à un état social primitif (sous divers aspects) mais paisible et fonctionnel, alors que Wild Search trouve l’espoir dans la création du lien humain. Ainsi, pour citer le Youtuber Infant Terrible responsable des vidéos Why I Like This Movie, Wild Search n’est définitivement pas un remake, et encore moins un film vulgairement inspiré par son modèle. Le film de Ringo Lam réussit à digérer ses inspirations pour proposer un récit singulier avec un double ton hongkongais aux glissements d’ambiance plus abrupts qu’à l’accoutumée, et ce, au service d’une vision du monde toute en nuances de gris belles et bien marquées par le cinéaste.

Wild Search (Ringo Lam, 1989) – Extrait

Wild Search en Blu-ray

Wild Search est à (re)découvrir dans une solide édition Blu-ray signée Spectrum Films. Dans le même temps que l’éditeur anglais Eureka, Spectrum Films s’est lancé sur Wild Search avec un master HD tout à fait convaincant. Quelques imperfections (notamment des tremblements) sont au rendez-vous, mais rien de bien dérangeant, si ce n’est une certaine douceur générale de l’image qui ne manque cependant pas de piqué. Pour cause, il s’agirait probablement du fait, comme le note testsbluray.com, qu’un interpositif a été scanné et non pas le négatif comme l’appuie regard-critique.fr. Il y a peu à dire sur la colorimétrie tant celle-ci semble justement équilibrée. Aussi peut-on saluer l’absence de surtraitement de l’image avec une présence et une gestion du grain tout bonnement naturelle. Petite précision : l’image est ici présentée au format 1.78 et non 1.85 comme chez Eureka qui a ajouté de fines bandes noires sur celle-ci.

Du côté du son, on privilégiera la piste 2.0 à 5.1. A l’inverse de la deuxième, la première ne manque pas de dynamisme et de clarté. Aussi l’expérience d’effets « surround » sur la piste 5.1 est véritablement décevante.

L’expérience du film est complétée par quelques formidables compléments. Si les divers bonus se croisent rapidement sur la question du remake, chacun d’entre eux va prendre des directions différentes. L’habitué des compléments sur les éditions Spectrum Film, Arnaud Lanuque, revient sur les emprunts entre Hollywood et Hong-Kong, ainsi que sur la place du film dans la carrière de Ringo Lam. L’équipe de Capture Mag, ici incarnée par Rafik Djoumi et Stéphane Moïssakis, évoque à travers un podcast Steroïds le caractère singulier du long métrage, avec des étrangetés dans l’action, une interprétation tout en finesse du casting ou encore la violence brute de la mise en scène par Lam qui n’hésite pas à plonger dans la romance quelque peu « fleur bleue ». Comme souvent avec les podcasts Steroïds, on peut noter des raccourcis maladroits et quelques souvenirs imprécis. Ensuite, Le Youtuber Infant Terrible balaie rapidement le statut de remake du film pour revenir sur les éléments qui lui plaisent tels que le fait que la violence n’y est pas inconséquente, que le récit progresse au gré des actions des personnages et non malgré eux, ou encore sur l’immersion permise par le traitement visuel « presque documentaire » des décors réels. On trouve enfin, en plus de la bande-annonce, une ancienne interview de l’acteur Roy Cheung, qui revient sur sa carrière et notamment sur ses performances dans le cinéma de Ringo Lam et ses rapports avec le cinéaste.

Bande-annonce – Wild Search (Ringo Lam, 1989)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

BD-50 – Mpeg-4 AVC-HD 1080p HD – 1.78 – 16/9e – Langues : DTS-HD Master Audio Cantonais 2.0 & 5.1 – Sous-titres français – Hong-Kong – 1989 – Policier – Durée : 1h38

COMPLÉMENTS

Présentation du film par Arnaud Lanuque

Interview de Roy Cheung

Podcast sur le film par l’équipe du Capture Mag

Why I Like This Movie, video par le Youtuber Infant Terrible

Bande-annonce du film

Sortie le 30/06/2021 – Prix de vente conseillé : 25€

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Deauville 2026 : Club Kid, père jusqu’au bout de la nuit

Avec "Club Kid", son premier long-métrage, Jordan Firstman signe une comédie touchante et pétillante, ancrée dans l'effervescence des nuits gays new-yorkaises. Il y campe un père dévasté qui doit apprendre à se reconstruire lorsqu'un fils dont il ignorait l'existence débarque soudainement dans sa vie. Un film lumineux et généreux, qui célèbre avec tendresse le sens des liens humains et la capacité de chacun à se réinventer.

Deauville 2026 : Test, la force fragile

Au contraire des films Hollywoodiens qui nous ont habitués à un bodybuilding viril souvent très macho, "Test" offre une plongée sensible au cœur du culturisme et ose briser les tabous. En s'inspirant de sa propre expérience, Brock Yurich incarne un athlète mal dans sa peau en quête d'affirmation. Un récit à fleur de muscles prodigieusement mis en scène.

Newsletter

À ne pas manquer

Rose de Markus Schleinzer : dans le pantalon, la liberté

Avec Rose, Markus Schleinzer plonge dans l’Allemagne rurale du XVIIe siècle, au lendemain de la guerre de Trente Ans. Dans un noir et blanc austère, presque minéral, Sandra Hüller incarne une femme qui a choisi de vivre sous l’identité d’un homme. Un film d’une grande modernité, dont le minimalisme apparent finit par tout envahir.

Salvation, un petit cru d’Emin Alper

En Turquie, la tension monte entre deux villages. Paranoïa et manipulations religieuses attisent la violence. Adoptant les codes des films de genre, Emin Alper ne parvient guère à convaincre, malgré une photographie de qualité, une interprétation impeccable et un final malin.

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.

Fureur apache (1972), de Robert Aldrich : le cimetière des mythes

Des personnages nuancés, un Burt Lancaster extraordinaire et des paysages majestueux sont mis au service d’un récit évoquant la lutte à mort que se livrent deux cultures qui jamais ne pourront se comprendre. Le manichéisme n’a pas sa place ici : les adversaires sont renvoyés dos à dos alors qu’en arrière-plan le rêve américain se fracasse dans le sang et les cendres…