Deux nouveaux Liu Cixin en BD aux éditions Delcourt

La collection « Les Futurs de Liu Cixin » des éditions Delcourt s’enrichit de deux nouveaux titres : « Les Trois Lois du monde », de Xiaoyu Zhang, et « Pour que respire le désert », de Valérie Mangin et Steven Dupré. Moins denses que « La Terre vagabonde », ces deux récits continuent à exploiter la science-fiction et de confronter l’humanité à ses astres morts. Ici : l’écologie et l’éducation.

« Pour que respire le désert » prend pour cadre une métropole condamnée à disparaître par manque d’eau. Dans un futur où les dérèglements climatiques ont eu raison de l’agriculture telle que nous la connaissons aujourd’hui, l’eau courante des villes modernes n’est plus disponible que par intermittence, à raison d’une heure ou deux tous les deux jours. La jeune Yuanyuan, dont le père regrette la « tournure d’esprit » (elle passe ses journées à s’amuser avec des bulles de savon), perd sa maman au début du récit. Cette dernière s’évertuait à faire pousser des arbrisseaux dans le désert en expédiant du matériel biologique depuis les airs. Le temps passant (les ellipses sont nombreuses), Yuanyuan embrasse une carrière scientifique, tandis que son père occupe la mairie d’une ville qu’il a contribué à bâtir et qu’il n’entend quitter sous aucun prétexte. Valérie Mangin et Steven Dupré nappent leurs vignettes de teintes jaunes et sépia faisant écho aux poussières et à l’aridité des lieux. Tandis que les déficits écologiques en ressortent accentués et que la communion semble totale entre la ville et son chef, Yuanyuan, devenue une riche entrepreneuse, voit son obsession pour les bulles de savon persister. Elle en étudie les variables, bat un record du monde et finit par enfermer la métropole dans l’une de ses savantes créations – laquelle résistera même aux feux nourris de l’armée. Mais ce qui ressemblait au départ à une étourderie ou à de la naïveté finit finalement par apporter une solution technique (le fameux solutionnisme technologique) aux problèmes de sécheresse : les applications concrètes des découvertes de Yuanyuan permettront de transporter la pluie et d’instituer un micro-climat en plein hiver en maintenant des conditions d’humidité et de température favorables aux cultures.

L’école est un temple. Cette assertion a rarement été aussi claire que dans « Les Trois Lois du monde ». Xiaoyu Zhang, scénariste et dessinateur, place Bao Zhu sous l’aile du professeur Li. Abandonné par une mère qui s’est enfouie avec leurs économies, battu par un père alcoolique et désargenté, le jeune garçon a trouvé en l’école un refuge abritant des élèves désireux d’apprendre et de s’extirper des problèmes qui minent leur quotidien. Cette première intrigue se fond dans une seconde qui se construit en surplomb : une guerre fait rage entre la Fédération galactique des civilisations carbonées et les envahisseurs de l’Empire de silicium, comme en témoigne notamment une double page digne de George Lucas. Tandis que sur Terre, on discute du prix de l’essence ou du marché des graines tout en déplorant la sécheresse, dans l’espace ont lieu des combats spectaculaires entrecoupés de bonds spatio-temporels. Il est d’ailleurs question, pour les belligérants, de créer une zone d’exclusion, quitte à sacrifier des civilisations ou des formes de vie primitives. Seules les civilisations dites de niveau 3C devront impérativement être épargnées, les autres seront anéanties pour préserver l’essentiel dans une guerre galactique qui les dépasse. Et c’est précisément là que Liu Cixin corrobore cette très poétique assertion : « Les enseignants sont des bougies qui se consument à petit feu pour éclairer les autres. » Car Maître Li continue d’enseigner avec grande peine malgré un piètre état de santé. Et ce sont ses leçons, prodiguées avec patience et bienveillance, qui permettront à ses jeunes lycéens de reclassifier l’humanité en catégorie 3C, grâce à la récitation des lois de Newton. Ainsi, à la lisière du space opera, du récit post-apocalyptique écologique et du témoignage social, « Les Trois Lois du monde » met en résonance les parcours de Li et Bao Zhu (à travers le symbole des lunettes notamment) et réaffirme la primauté de l’éducation sur toute autre considération.

Ensemble, « Les Trois Lois du monde » et « Pour que respire le désert » forment deux récits sensibles aux questions filiales et environnementales, au sein desquels les enjeux s’entremêlent et s’enrichissent mutuellement. Bien ficelés, joliment mis en vignettes, ils se distinguent par des personnages finement caractérisés, par une poésie souvent triste et par leur capacité à s’élever au-delà d’un niveau de lecture primaire. C’est ainsi, par exemple, que les élèves de Maître Li se reverse pour partie dans sa propre trajectoire ou que le père de Yuanyuan a partie liée, presque intimement, avec la ville qu’il dirige. Ces deux albums constituent aussi des odes à l’imagination et à l’éducation, érigées en remparts contre les maux qui affligent le monde.

Les Futurs de Liu Cixin : Les Trois Lois du monde, Xiaoyu Zhang
Delcourt, mai 2022, 106 pages

Les Futurs de Liu Cixin : Pour que respire le désert, Valérie Mangin et Steven Dupré
Delcourt, mai 2022, 66 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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