Les Futurs de Liu Cixin aux éditions Delcourt avec « La Terre vagabonde »

La collection « Les Futurs de Liu Cixin » s’ouvre avec La Terre vagabonde, conçu par Christophe Bec et Stefano Raffaele.

C’est l’un des auteurs de science-fiction les plus populaires de Chine. Liu Cixin voit son œuvre déclinée en bandes dessinées par les éditions Delcourt, dans une collection lui étant spécifiquement dédiée. La Terre vagabonde et ses tableaux splendides, inscrivant l’humanité au seuil d’une possible disparition, forment le premier des quinze tomes qui composeront les « Futurs de Liu Cixin ».

Dans ce récit, les astronomes ont découvert que l’humanité se trouve sous la menace d’un soleil au bord de l’implosion. Après avoir institué une gouvernance mondiale pour prévenir cette catastrophe, les hommes ont décidé de freiner la Terre et la faire dévier de sa trajectoire naturelle pour la projeter hors du système solaire, vers Proxima du Centaure, et ce à l’aide de gigantesques réacteurs dispersés aux quatre coins du monde.

Partant, cette adaptation, découpée en quatre parties, va s’appuyer sur un personnage central et raconter des siècles d’histoire humaine à travers ses yeux – et son ressenti. On découvre des « chalumeaux de Dieu » plus hauts que l’Everest, une planète soumise à une nouvelle ère glacière, une humanité repliée dans des villes souterraines, une procréation méthodiquement administrée, une rébellion organisée sur fond de théories complotistes, une romance battue en brèche par les dissensions politiques… Le tout se fond dans des tableaux souvent superbes, parfois inscrits en double page augmentée de surface(s) dépliante(s).

Ce que Christophe Bec et Stefano Raffaele réussissent sur le plan graphique, ils peinent parfois à le reproduire sur le plan narratif. Toute la première partie de La Terre vagabonde apparaît ainsi un peu trop scolaire – et c’est symptomatique que l’essentiel des informations nous soit éventé à travers… une institutrice. La disparition progressive des religions, la déprogrammation des cours de philosophie ou d’art, l’obsession survivaliste : tout est raconté plutôt que montré. Si la structure du roman originel explique pour partie ces partis pris narratifs, cela nuit malheureusement à l’expérience de lecture.

On serait cependant mal avisé de balayer d’un revers de main La Terre vagabonde. Solide sur ses appuis SF, critique envers certains comportements humains, pertinent dans ses considérations cognitives (« Cette hyper focalisation sur une seule et unique préoccupation a modifié en profondeur la psychologie et la spiritualité humaines »), l’album narre avec brio une odyssée au long cours, accordant finalement plus de soin à cette dernière qu’au narrateur qui en conte les tenants et aboutissants.

Il y a là une volonté assumée : effacer la structure au profit de l’hyper-structure, relativiser la trajectoire individuelle quand cette dernière est phagocytée à travers les millénaires et les étendues spatiales incommensurables. Christophe Bec et Stefano Raffaele empruntent ainsi à Liu Cixin le déficit d’identification consenti au profit d’immensités temporelles et cosmiques. C’est la Terre qui vagabonde plus que l’homme qui l’habite.

Les Futurs de Liu Cixin : La Terre vagabonde, Christophe Bec et Stefano Raffaele
Delcourt, mars 2022, 132 pages

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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