Les personnages de séries préférés de la rédaction, entre Histoire et fiction

De nombreuses séries (historiques, politiques ou sociales) s’inspirent de personnages ayant réellement existé (des Tudors aux séries d’anthologie de Ryan Murphy, en passant par Narcos). Voici une plongée (subjective) dans l’univers de ces séries qui partent de la réalité pour en faire de la fiction.

Bérénice Thevenet : J’ai pour ma part beaucoup aimé la série The Assassination of Gianni Versace de Ryan Murphy. Darren Criss interprète avec maestria Andrew Cunanan, le tueur du célèbre couturier italien. L’acteur qu’on a eu l’habitude de voir dans Glee – c’est-à-dire dans un registre beaucoup plus léger et musical – casse son image de gendre idéal. Il apporte, selon moi, juste ce qu’il faut d’ambiguïté à son personnage pour le rendre terrifiant de froideur. En huit épisodes, Ryan Murphy croque l’Amérique de la fin des années 90, coincée entre libération sexuelle et homophobie persistante. La trajectoire d’Andrew Cunanan peut se lire comme une métaphore – à peine voilée – d’un Oncle Sam ankylosé dans ses préjugés racistes. Plus que de brosser le portrait d’un psychopathe en mal d’attention, le créateur de Glee met en lumière l’hypocrisie d’une nation et dévoile, avec ironie et méticulosité, les mécanismes qui mènent à la haine de l’autre.

Ewen Linet : Pour ma part, une mini-série se détache très nettement ces dernières années dans son rapport aux personnages historiques. Il s’agit de Chernobyl de Craig Mazin. En prenant le parti de l’immersion et du réalisme auprès de personnages ordinaires, l’adaptation de La Supplication laisse une trace profonde. Il est certain que la série prend des libertés politiques et simplifie l’Histoire mais ce serait omettre l’ingéniosité et l’apport thématique que de tels choix permettent. Chernobyl a une intensité, une sensibilité angoissante et une dimension intimiste surprenante. Un personnage se détache comme symbole de toutes ces intentions, la scientifique Ulana Khomiouk. Personnage fictif entouré de personnages réels, elle représente les dizaines de scientifiques ayant apporté leur aide durant la catastrophe. Elle est aussi l’avatar d’une mini-série souhaitant traiter plus largement un système politique qu’une simple catastrophe et ses répercussions.

Sylvain Page : Un véritable Walter White a précédé le personnage de Breaking Bad. Dans les années 90, il produisait la meilleure métamphétamine d’Alabama le soir et était un homme normal le jour, entre son métier de charpentier et sa vie de famille. Puis, comme son double de fiction, il glissa de plus en plus dans la vie criminelle avant d’être démasqué. Une sorte de Janus moderne, scindé entre deux pôles antagonistes dont l’un finit par prendre le dessus. Le hasard voulut que Vince Gilligan le porte à l’écran en 2008 sans même le connaître, et porte l’accent tout au long de Breaking Bad sur la transformation de son Walter en Heisenberg. Revoir la série est ainsi une expérience toujours nouvelle pour le spectateur, qui guette dans l’anti-héros les prémices de ses basculements successifs dans sa persona de criminel. L’écriture incroyablement précise de Breaking Bad participe de cette expérience, car plus elle caractérise Walter et enrichit son parcours, plus le personnage semble donner le change et échapper à l’étude de notre regard.

Hala Habache : Même s’il ne s’agit pas d’une série biographique autour de la figure réelle de Gustavo Dudamel, la série Mozart in the Jungle se serait inspirée du chef d’orchestre vénézuélien pour créer le personnage fantasque de Rodrigo De Souza, interprété par le génialissime Gael García Bernal. La série elle-même adapte les mémoires de Blair Tindall, une hautboïste américaine, devenue Hailey Rutledge (Lola Kirke) sur le petit écran. Je trouve cette série particulièrement réussie parce qu’elle nous entraîne, par le monde de la fiction, dans un univers réel que nous ne connaissons pas forcément : celui des coulisses d’un orchestre symphonique, tout en rendant hommage à des figures authentiques du monde de la musique classique. C’est pourquoi, les deux personnages principaux, Hailey et Rodrigo, s’ils ne cherchent pas à représenter la réalité des trajectoires et des vies de leurs inspirations, participent toutefois à la création d’un univers fictif qui donne envie de découvrir tout ce qui a lieu en dehors du cadre de la série, dans le hors champ d’une réalité à laquelle nous n’avons pas accès.

Sarah Anthony : J’ai beaucoup aimé la série The Crown. Elle a contribué à me faire mieux connaître la monarchie anglaise, mais aussi la politique générale du pays, et l’histoire récente de l’Angleterre. Je n’ai jamais été pro-monarchie, régime politique que je trouve inutile, désuet et anti-égalitaire, mais étonnamment, j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre The Crown, un programme que je qualifierais comme plein de rebondissements. La série m’a aussi permis de réaliser que la vie de la reine d’Angleterre n’était pas si tranquille et privilégiée que ça. Rien que le fait de monter sur le trône si jeune signifie perdre son père très tôt dans sa vie… Cela sera suivi par les difficultés à gérer son couple quand son mari est son sujet… Les défiances politiques, etc.
Les premières saisons sont les plus touchantes, les plus curieuses également, car situées dans une période plus lointaine. La prestation de Claire Foy, à mes yeux, est pour beaucoup dans le succès de cette série. Son interprétation de la jeune reine Elisabeth éclaire la monarque – qu’on connaît aujourd’hui comme une dame éternellement âgée et mystérieuse – d’un jour nouveau et plus humain. Ma seule déception ? Si nous avons bien eu droit à la visite de Kennedy, j’aurais vraiment voulu voir à l’écran la rencontre entre la reine Elisabeth II et Marilyn Monroe !

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

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Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

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Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.

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Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

L’Affaire Laura Stern : le cri du silence

Plus qu'une fiction sur la vengeance, "L'Affaire Laura Stern" est une immersion sensorielle dans le "cri du silence" des victimes de violences et d'emprise. Une œuvre nécessaire qui déconstruit les mécanismes de la violence faite aux femmes pour en faire un combat collectif et politique. La série est diffusée sur France 2 en mars 2026 et disponible en streaming sur France Télévision.

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"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.