El Chuncho fait sa révolution en Blu-ray chez Carlotta Films

Retour sur El Chuncho (Quien sabe ?), formidable western européen réalisé par l’un maître du polar mafieux italien, Damiano Damiani, à (re)découvrir dans une version Blu-ray signée Carlotta Films.

Synopsis : Mexique, années 1910. Alors que la révolution bat son plein, El Chuncho, moitié bandit moitié guérillero, s’est spécialisé dans les attaques de train. Il vole des armes et les revend à un révolutionnaire, le général Elias, contre de fortes sommes d’argent. Au cours d’un de ces assauts, Chuncho trouve une aide inattendue de la part d’un jeune dandy américain qui se trouvait à bord du train. « El Nino » rejoint la troupe des guérilleros et gagne rapidement la confiance de leur chef. Mais les motivations du yankee restent troubles…

Héroïsme, truandage et capitalisme

Apogée du « Western Zapata », sous-genre du western européen, El Chuncho tient du modèle narratif pour beaucoup de ses futurs congénères : un bourru truand mais au bon fond –révolutionnaire – travaille avec un spécialiste occidental à la position ambivalente. Ce dernier est-il là pour la cause ou pour l’argent, pour les deux ou ni l’un ni l’autre ?

Avant l’explosif Mercenaire de Corbucci et le brinquebalant Il était une fois la Révolution de Leone, El Chuncho s’amuse avec une ironie politique et nos attentes d’héroïsme. Le cinéaste et son scénariste Franco Solinas, qu’on retrouve aussi derrière Le Mercenaire, travaillent au corps l’ambiguïté de ses personnages. En effet, Gian Maria Volonté, qui incarne ici Chuncho, a dans un premier temps tout du truand bourru et crado, pour ensuite se transcender dans un même plan en un révolutionnaire convaincu et convaincant. Quelques minutes plus tard (voire secondes), le guérillero se mue à nouveau en un vaurien sympathique. Même ouvrage du côté de Lou Castel, « el niño », qui joue un américain habillé comme un gangster loin des rues de Chicago, froid, mais pourtant parfois très touchant dans sa misanthropie, se conduisant par la suite de façon amicale avec certaines rencontres.

Ce qui se joue avec ces corps comme avec les cosmos qu’ils traversent, c’est la lutte simple à concevoir comme spectateur, moins à appréhender en tant que sujet, du capitalisme contre l’éthique. Le profit peut-il être au service d’une justice universelle tout en étant fait aux dépens des plus faibles qui sont dans la plus totale impossibilité de se défendre, encore moins d’en tirer un quelconque bénéfice ?

La réponse sera plus qu’évidente pour Chuncho après avoir constaté un énième outrage – celui de trop -envers le peuple mexicain. Alors qu’un sentiment sincère d’amitié pour le premier naissait chez l’américain, notre truand devenu riche par le sang grâce à son « niño », obéira non pas à une logique éthique, mais à une pure intuition de justice. Chez Damiani et Solinas, l’anarchie, soit l’ordre sans état et système d’exploitation/domination, est d’abord un trait d’instinct avant d’être un état d’esprit. Ainsi, en un instinctif coup de revolver formidablement poudré d’ironie, Chuncho agit par nécessité héroïque. Sans être devenu soit un truand, soit un révolutionnaire, il s’accomplit en truandant  de manière révolutionnaire.

Ci-dessous, un extrait de la bande-son toute en ambiguïté de Luis Bacalov, en partie supervisée par Ennio Morricone.

Blu-ray pour El Chuncho

El Chuncho constitue le deuxième film de l’événement consacré au western européen par Carlotta Films. Si l’édition ne manque pas d’intérêt, il y a toutefois, à l’inverse de celle formidable consacrée à Django, un peu à redire.

En effet, le master présenté par l’éditeur est clairement daté : même si l’image est douce de nature, elle manque dans l’ensemble de détails. En effet, des filtres DNR (Digital Noise Reducer) ont été utilisés. La colorimétrie plutôt équilibrée, une bonne stabilité et quelques plans dignes du format sont à saluer mais l’expérience HD, certes correcte, est loin d’obéir aux standards actuels. Carlotta Films semble nous avoir présenté ici un master édité en 2012 aux États-Unis et déjà discutable à l’époque.

Du côté du son, la piste originale italienne est la plus efficace, même si on note un léger manque de graves. La piste anglaise est à l’inverse trop écrasée par les basses, rondement datée. La VF est équilibrée mais comme pour beaucoup de films doublés de l’époque, des effets sonores manquent à l’appel. Pas de quoi mettre à mal l’expérience du film, même si cela pourra en perturber plus d’un.

Trois bonus vidéo viennent compléter l’expérience du film. On trouve la bande-annonce internationale du film en HD, une présentation du film par Alex Cox de la même manière que l’édition Django. Précisément, une partie de cette présentation, qui revient de manière générale sur le genre et l’approche qu’a eu Cox vis-à-vis de celui-ci, est identique à celle de Django. Enfin, l’éditeur a repris le complément présent sur l’édition DVD signée Wild Side, soit un entretien avec Lou Castel revenant sur sa collaboration avec le cinéaste et sa vision de ce personnage avec lequel il n’a idéologiquement rien à partager.

L’édition de Chuncho en fera parler quelques-uns. Toutefois, elle reste une solide mise à jour pour toutes les vidéothèques prêtes à redécouvrir ce western grandiose.

Bande-annonce – Django / El Chuncho (Quien Sabe ?)

CARACTÉRISTIQUES TECHNIQUES

BD 50 – Master Haute Définition – 1080/23.98p – Encodage AVC – Version Italienne / Version Anglaise / Version Française DTS-HD MA 1.0 – Sous-titres français – Format 2.35 respecté – Couleurs – Durée du Film : 118 mn

COMPLÉMENTS

Alex Cox à propos de « El Chuncho » (11 mn – HD)

« El Chuncho », le western révolutionnaire (18 mn)

Bande-annonce internationale (HD)

Sortie le 3 novembre 2021 – prix public indicatif : 20,00 €

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