Cet été-là, à Awago Lake

L’été et ses vacances laissent toujours des traces bien particulières. La narration commence en laissant entendre que, pour Rose et sa famille, l’été se passait systématiquement à Awago Lake, depuis toujours.

L’été de ses 13 ans, la narratrice, Rose (blonde mince et élancée) réside en famille, dans une maison qui doit être une résidence secondaire. Une fois de plus, elle retrouve sa copine Windy (petite brune légèrement dodue de dix ans et demi, adoptée qui semble sur place à l’année). Cette fois, Rose sent la différence d’âge plus que d’habitude. En effet, elle n’a plus la motivation pour des « jeux de bébé ». De son côté, Windy va sentir rapidement qu’elle peut afficher son sujet de prédilection : aura-t-elle des gros seins (sous-entendu sexys) ?

La famille de Rose

Rapidement, on y sent un malaise. Sa mère semble en pleine déprime et surtout sur les nerfs. On n’en connaîtra la raison que tardivement et de toute façon, Rose l’ignore (pas mise au courant). De même, on ne saura pas exactement pourquoi le père de Rose les laisse plusieurs jours dans cette maison. La raison officielle est que du travail l’attend. Mais c’est peut-être pour fuir les tensions au sein du couple. Dans le couple, la question des enfants semble non résolue. La mère de Rose en voudrait au moins un autre, mais cela n’en prend pas le chemin. Visiblement, son moral n’est pas terrible et cela joue sur son comportement vis-à-vis de Rose. Heureusement, c’est l’été et Rose peut retrouver régulièrement Windy, soit dans la maison proche où sa famille s’est installée, soit même à l’extérieur.

À la recherche de sensations

Cosigné par les Canadiennes Jillian Tamaki (dessin) et sa cousine Mariko Tamaki (scénario), ce roman graphique ne doit pas rebuter par son épaisseur (318 pages), car il ne comporte pas tant de texte que cela et peut donc se lire assez rapidement. Le scénario se révèle bien élaboré, car il ménage des surprises régulièrement et il illustre astucieusement la cohabitation entre plusieurs groupes de personnes au sein d’une même communauté. En effet, Rose et Windy sont les adolescentes qui se cherchent et observent le monde des adultes. Dans ce monde des adultes, chaque famille constitue un microcosme particulier. D’autre part, Rose et Windy observent ce qui se passe autour de chez Brewster’s, qu’elles fréquentent en clientes assidues (pour louer des DVD). Elles cherchent à se créer des sensations et louent des films d’horreur. Parmi les titres qu’elles visionnent ainsi, on peut citer Massacre à la tronçonneuse, ainsi que Les Dents de la mer ou encore Les griffes de la nuit. Ce faisant, elles se font évidemment remarquer du personnel. Le personnel, c’est essentiellement Duncan (dit Dunc, voire Dud) qui a une histoire un peu mouvementée avec une jeune femme prénommée Sarah. Le souci, c’est que Sarah est enceinte, alors que Duncan a des doutes sur l’identité du père.

Les ados et les adultes

Sur la forme que prend l’histoire, le plus remarquable vient du fait que Rose (et parfois Windy avec elle) a l’occasion d’entendre les dialogues des adultes, qui lui apportent des bribes d’informations sur ce qui se passe entre eux. C’est vrai pour sa mère (en particulier lors d’une visite de la sœur de celle-ci), mais aussi pour Sarah, qu’elle a l’occasion d’observer dans une situation très gênante lors d’une visite culturelle proposée par la mère de Windy. L’idée que Rose se fait du monde des adultes n’est pas très enthousiasmante et elle pourrait appréhender son futur : comment y trouvera-t-elle sa place ? Heureusement, la fin nous apportera un élément positif qui montre qu’il ne faut jamais désespérer et Rose rentrera de vacances avec l’espoir que la situation va s’arranger dans sa famille.

Qualités et défauts

Si le scénario est intelligent, le dessin n’est pas en reste, avec un trait net et tout en souplesse qui permet de faire sentir l’atmosphère des lieux, l’état d’esprit de chaque personnage et des mouvements superbes comme ce moment où Rose se donne à fond sur une balançoire. Le noir et blanc, pourquoi pas ? Mais le résultat ici me laisse un peu dubitatif. La dessinatrice joue surtout sur quelques nuances de gris, alors que des couleurs dans des tons pastel auraient pu donner davantage de vie à l’ensemble. Le nombre important de pages se justifie-t-il ? Oui et non, car s’il permet de faire sentir le temps qui s’écoule avec ses moments d’ennui, il faut bien dire que les péripéties manquent un peu d’originalité. Bref, voilà un roman graphique plutôt réussi, mais qui risque de marquer davantage un public adolescent qui y retrouvera ses doutes et incertitudes, plutôt qu’un public adulte qui appréciera l’aspect artistique mais risque de trouver l’histoire elle-même un peu décevante.

Cet été-là, Jillian Tamaki et Mariko Tamaki

Rue de Sèvres, mai 2014

 
 
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3.5

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