Old : la (méchante) rechute de M. Night Shyamalan

Récemment, on pensait qu’après des années d’errance, le metteur en scène du culte Sixième sens (1999) avait enfin renoué avec un cinéma de qualité. Las ! La série prometteuse prend fin et Shyamalan retombe aujourd’hui dans ses pires travers. Old est un nanar corsé. Tout y est foireux, et strictement rien ne fonctionne : scénario, mise en scène, photographie, décors, interprétation. Cerise sur le surströmming, on a beau se poser la question maintes fois en cours de projection, impossible de savoir s’il faut prendre ce film au sérieux ou s’il s’agit en réalité d’une expérimentation d’un apprenti cinéaste au lendemain d’une soirée très arrosée. Quoi qu’il en soit, les étoiles sont alignées pour une récolte fournie aux prochains Razzie Awards… 

Comme souvent avec le cinéaste d’origine indienne, à l’origine du projet on trouve une bonne idée. Tiré du roman graphique suisse Château de sable de Pierre Oscar Lévy (texte) et Frederik Peeters (dessins), Old se présente comme un huis clos à ciel ouvert. En l’occurrence, une plage déserte et paradisiaque, dans un pays exotique non identifié. Sur les « bons conseils » du directeur de leur resort, plusieurs vacanciers décident d’y passer une journée de farniente. Le rêve tourne au cauchemar lorsqu’ils se rendent compte que, non seulement ils ne parviennent pas à quitter les lieux, mais en plus ils y vieillissent à un rythme très rapide. Leur vie entière – pour les plus jeunes ! – se trouvant réduite à une seule journée, une course contre la montre s’engage…

M. Night Shyamalan s’était révélé comme nouveau prodige du cinéma surnaturel il y a plus de vingt ans, avec son troisième opus Sixième sens, que tout le monde ou presque a vu. Incassable (2000) et – déjà dans une moindre mesure – Signes (2002) avaient confirmé le style singulier du réalisateur, très doué pour développer des récits angoissants, exploitant davantage les atmosphères et le sentiment de peur que les effets spéciaux et l’hémoglobine. L’enthousiasme fut cependant de courte durée, Shyamalan traversant ensuite une longue période où il produisit navet sur navet. Symbole de cette descente aux enfers : alors que Sixième sens avait été nommé à d’innombrables prix (dont deux Oscars), trois de ses films ultérieurs figurèrent en bonne place aux Razzie Awards, ces récompenses parodiques attribuées aux pires films produits dans l’année écoulée… Le succès au box-office ne se démentant pas (ainsi, les très mauvais Le Dernier Maître de l’air et After Earth furent d’incompréhensibles succès commerciaux), on pensait devoir abandonner tout espoir de voir le cinéaste se remettre en question… The Visit (2015) amorça pourtant un (modeste) retour à une meilleure inspiration, confirmé par Split (2016) et Glass (2019), deux opus au budget modeste mais de vraies réussites tant commerciales que critiques.

Soufflant décidément le chaud et le froid, M. Night Shyamalan n’aura toutefois pas tardé à doucher notre enthousiasme. Old ressemble en effet à une chute libre sans parachute. Le film produit un vrai effet de sidération, car rien – rien de rien – n’y fonctionne. S’obstinant à écrire le scénario de ses propres films, Shyamalan a pondu un récit sans queue ni tête, où le mystère et l’angoisse cèdent presque immédiatement le pas aux twists incessants et de plus en plus ahurissants, avant de basculer dans le grand-guignolesque attendu. Pire, le récit bancal est complété par des dialogues tellement crétins qu’on se demande régulièrement s’il faut prendre ce film au sérieux ou non. Si Shyamalan n’a pas hésité à intégrer du second degré dans certaines situations, jamais le film ne bascule pour autant dans le loufoque ou la série Z, une option qui aurait pu, au moins, nous rassurer quant aux intentions. Comme si cela ne suffisait pas, le cinéaste a imprimé à Old une cadence infernale, qui voit se succéder des situations invraisemblables à un rythme effréné, jusqu’à produire un inévitable mais involontaire effet comique – là encore. Votre serviteur confesse d’ailleurs avoir vécu plusieurs moments entre rire nerveux et accablement face à certaines situations ou répliques… Dans de telles conditions, le casting (par ailleurs « plus politiquement correct, tu meurs », mais cela passe presque inaperçu) ne peut rien faire pour sauver les meubles. Que diable Gael García Bernal, Vicky Krieps (Phantom Thread) ou Rufus Sewell (Le Maître du Haut Château) ont-ils été faire dans cette galère ? Si on n’a jamais vu Krieps jouer aussi mal, c’est parce que, bonne âme, la comédienne luxembourgeoise a sans doute tenu à se mettre au niveau du reste de la distribution calamiteuse… Le décor, lui non plus, ne vient pas à la rescousse du film, Shyamalan étant parvenu à exploiter horriblement mal cette plage entourée de falaises qui est pourtant au cœur de l’intrigue. C’est simple, le cadre est relégué à un arrière-plan en carton-pâte… alors que le tournage a eu lieu en décor naturel, en République dominicaine ! Shyamalan ne faisant rien à moitié, il a ajouté une touche inédite via d’innombrables mouvements de caméra circulaires et des angles improbables, parfaitement inutiles et désagréables, et l’on passera sur les effets de vieillissement qui, apparemment, ont été appliqués à certaines personnages et pas à d’autres (ou pas au même rythme) ! A peine sauvera-t-on une poignée d’effets horrifiques peu à leur place dans un nanar pareil, mais surprenants et maîtrisés…

Une seule conclusion s’impose lorsque surgit le générique de fin : si les comédiens n’ont pas réellement perdu des années de leur vie, le spectateur, lui, a bel et bien gaspillé 108 minutes précieuses à contempler ce navet de compétition (OK elle était facile, mais on n’a pas pu s’empêcher de la faire).

Synopsis : En vacances dans les tropiques, plusieurs vacanciers souhaitent se délasser quelques heures sur une plage de rêve isolée. Ils découvrent avec effroi que leur vieillissement y est drastiquement accéléré et que leur vie entière va se retrouver réduite à cette ultime journée.

Old : Bande-annonce

Old : Fiche technique

Réalisateur : M. Night Shyamalan
Scénario : M. Night Shyamalan (d’après le roman graphique Château de sable de Pierre Oscar Lévy et Frederik Peeters)
Interprétation : Gael García Bernal (Guy Cappa), Vicky Krieps (Prisca Cappa), Rufus Sewell (Charles), Alex Wolff (Trent Cappa à 15 ans), Thomasin McKenzie (Maddox Cappa à 15 ans), Abbey Lee (Chrystal), Nikki Amuka-Bird (Patricia Carmichael), Ken Leung (Jarin Carmichael), Eliza Scanlen (Kara), Aaron Pierre (Mid-Sized Sedan/Brendan)
Photographie : Mike Gioulakis
Montage : Brett M. Reed
Musique : Trevor Gureckis
Producteurs : M. Night Shyamalan, Ashwin Rajan et Marc Bienstock
Société de production : Blinding Edge Pictures
Durée : 108 min.
Genre : Thriller
Date de sortie : 21 juillet 2021
États-Unis – 2021

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