Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot : L’enfer de Simone Signoret

Les Diaboliques de Henri-Georges Clouzot, dont la réputation ombrageuse n’est plus à faire, aura été une souffrance pour Simone Signoret qui a dû subir la médiocrité de Véra Clouzot, sa partenaire et amie à qui elle n’adresse plus la parole, et ses conséquences sur le tournage. Et pourtant, son interprétation n’en souffre pas, et elle contribue grandement au succès du film, un très bon thriller psychologique.

 

Synopsis :  Dans une institution destinée à l’éducation des jeunes garçons, Christina et Nicole, respectivement épouse et maîtresse du directeur Michel Delasalle, s’associent afin d’assassiner l’homme qu’elles ont fini par haïr. Mais quelques jours après leur méfait, le corps de Michel disparaît…

 

The Devil inside

On ne peut pas dire que Simone Signoret se soit épanouie avec Les Diaboliques iconiques de Henri-Georges Clouzot. Un tournage tumultueux, des retards faramineux qui ont fait qu’elle a dû travailler sur deux projets à la fois, des relations plus que glaciales avec Vera Clouzot. Et c’est là que l’on distingue une très grande actrice des autres. Le film a été un succès à la fois immédiat et au long cours.

Tourné en 1954, Les Diaboliques est adapté de Boileau & Narcejac dont Clouzot a acheté les droits de Celle qui n’était plus, à la barbe du grand Hitchcock. C’est un grand film français à suspense avec un twist final extrêmement efficace, qui a entraîné le cinéaste à mettre un carton à la fin du film pour demander aux spectateurs de tenir leur langue par rapport à ce qu’ils viennent de voir, pour ne pas gâcher le plaisir de ceux qui allaient suivre. Nous respecterons les consignes de Clouzot, mais nous pouvons au moins dévoiler que Signoret y joue un rôle central. Plus tard, Hitchcock fera Psychose, en réponse immédiate à Henri-Georges Clouzot.

Michel Delasalle (Paul Meurisse, toujours aussi impeccable), est le directeur d’une institution pour jeunes garçons, reçue semble-t-il en « dot » de sa femme Christina (Véra Clouzot, source des fortes tensions sur le plateau, sur lesquelles on reviendra plus tard). Il est odieux avec ses collègues, odieux avec ses élèves, odieux avec sa femme qu’il traite de « petite ruine », et odieux avec sa maîtresse, Nicole (Simone Signoret), une des collègues. Ces deux dernières fomentent alors le projet de se débarrasser de lui en l’attirant dans un guet-apens. Tout marche sur les roulettes pour les deux jeunes femmes, jusqu’au jour où le corps disparaît…

Toujours fidèle à sa méticulosité, Clouzot livre un film qui ne laisse rien au hasard. Les scènes avec les jeunes pensionnaires sont par exemple directement inspirées de ses propres expériences de pensionnat. Tout est à l’avenant, et au-delà du côté thriller des Diaboliques, c’est à une véritable et minutieuse étude de caractères que l’on assiste. On a là des groupes bien définis de personnages, les élèves, le corps enseignant, Michel, et ses deux femmes. Des caractères bien peu enviables dans l’ensemble, les protagonistes en tête : veulerie, obséquiosité, trahison, cruauté, jalousie et on en passe, tel est le menu des Diaboliques. Le casting est excellent, de Charles Vanel qui joue admirablement les Columbo avant l’heure, très certainement un modèle pour ce dernier, à un jeune Michel Serrault dont c’était la première apparition au cinéma, et qui apporte une légère touche de comique dans son interprétation dans un film qui est tout sauf drôle.

Quant à Simone Signoret, elle se détache nettement du lot. Instigatrice du projet meurtrier, elle est magistrale, puissante, féminine et masculine à la fois. Face à une Véra Clouzot qui aura éprouvé tout le plateau, une « femme de » qui n’a pas vraiment l’étoffe d’une actrice, et qu’elle prendra très vite en grippe jusqu’à la fin du tournage, la grande Simone assure. Elle regrette d’avoir été recrutée comme faire-valoir de luxe pour Véra Clouzot, ne recevant évidemment aucun soutien de la part de son réalisateur face à la médiocrité de sa partenaire. Paul Meurisse dans ses écrits rapporte entre autres la quantité de moments gaspillés à faire et refaire la lumière pour masquer l’absence totale d’expressivité de Véra Clouzot, une « actrice » qui n’a tourné que dans trois films, ceux de son amoureux transi de mari…

En 1954, Simone Signoret avait déjà tourné avec Jacques Tourneur (Casque d’Or, 1951) et Marcel Carné (notamment pour Thérèse Raquin, 1953), des films et surtout des rôles marquants, pour ne citer qu’eux. Il n’est alors pas étonnant qu’avec son talent, elle ait sensiblement contribué à amener Les Diaboliques vers l’immense succès qu’il a eu auprès du public. Cette actrice géniale, qui aura tourné pratiquement jusqu’au bout de sa vie, a été sévèrement critiquée par Clouzot pour Casque d’Or, un « non-film » selon ce dernier. Elle aura pourtant été son atout majeur pour son propre film.

Les Diaboliques – Bande annonce :

Les Diaboliques – Fiche technique :

Réalisateur : Henri-Georges Clouzot
Scénario : Henri-Georges Clouzot et Jérôme Geronimi, d’après le livre de Boileau & Narcejac
Interprétation : Simone Signoret (Nicole Horner), Véra Clouzot (Christina Delassalle), Paul Meurisse (Michel Delassalle), Charles Vanel (Alfred Fichet, le commissaire), Michel Serrault (M. Raymond, le surveillant), Noël Roquevert (M. Herboux), Pierre Larquey (M.Drain, professeur)
Photographie : Armand Thirard
Montage : Madeleine Gug
Musique : Georges van Parys
Producteur: Henri-Georges Clouzot
Maisons de production : Filmsonor, Vera Films
Distribution (France) : Cinedis, puis Arte
Récompenses :  Prix Louis Delluc pour H.-G. Clouzot, et quelques récompenses américaines pour le meilleur film étranger
Durée : 117 min.
Genre : Thriller, Horreur, Drame
Date de sortie :  29 Janvier 1955
France – 1955

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Beatrice Delesalle
Beatrice Delesallehttps://www.lemagducine.fr/
Le ciné, ma passion. L’écriture, mon Graal. Je tente de combiner les 2 sous la forme d’un avis, d’un éloge, d’un commentaire, d’une critique en somme. Ce n’est pas mon métier et ne le sera jamais, mais c’est ce que je fais de plus plaisant et de plus personnel par les temps qui courent. Ces derniers mois, j’ai craqué pour : Carlos Reygadas, Roni Elkabetz, Hiam Abbass, Steve McQueen, Lynne Ramsay, James Franco, David Gordon Green, Jia ZangKhe, Wang Bing, Kim Ki Duk, Hirokazu Kore Eda, Kiyoshi Kurosawa, Pablo Berger, Lars von Trier, Panos H. Koutras, Félix van Groeningen, Miguel Gomes, Çağla Zencirci, Nuri Bilge Ceylan, Emir Baigazin, François Ozon, Philippe Garrel, Alain Guiraudie, Thomas Cailley, Abdellatif Kéchiche. Pour leur film en fait, plutôt.

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