« Théorème de la couche-culotte » : radiographie de la parentalité

Publié aux éditions Anamosa, Théorème de la couche-culotte, de Nicolas Santolaria, est un recueil de chroniques parues dans les pages L’Époque du journal Le Monde. L’auteur y dépeint une parentalité soumise à de nombreux écueils, avec un regard tendre et amusé.

Tous les parents le savent : éduquer un enfant est un exercice d’équilibriste, où l’autorité le dispute à l’empathie, où le temps est géré en flux tendu, où la communication et l’affection passent au tamis des impératifs professionnels et sociaux. Ce que Nicolas Santolaria nous rappelle avec beaucoup d’à-propos, c’est que cette vision autocentrée des adultes n’a à peu près aucune prise sur la réalité telle que vécue par les enfants. La parentalité est en effet une équation à deux inconnues où les plus jeunes, par nature infériorisés, forment pourtant une variable autonome et essentielle. Il ne faut toutefois pas se méprendre : l’auteur, journaliste au Monde, ne cherche en aucun cas à culpabiliser des parents qu’il sait souvent surmenés. Il préfère user d’un humour caustique, d’une lucidité rare, pour dépeindre toutes les dissonances qui tendent à frapper le foyer lambda.

À la lecture de ce Théorème de la couche-culotte, la parentalité apparaît comme une aventure à la fois périlleuse et émotionnellement riche, épuisante mais revigorante. C’est un peu comme si son caractère oxymorique se révélait de page en page, objectivé par la plume fluide et inspirée de Nicolas Santolaria. En livrant des expériences personnelles – sur le choix du prénom, sur l’organisation des anniversaires, sur le confinement, sur la charge mentale, sur les aires de jeux, sur YouTube, sur les expressions à la mode dans les cours de récréation… –, le journaliste verbalise la réalité la mieux partagée au monde : celle des parents, avec tous ses schèmes, préoccupations et réjouissances universels. Chaque chronique nous envoie un pan de parentalité en pleine face. On s’identifie aux situations portraiturées, on s’amuse de tomber dans les travers décrits, on réfléchit – aussi – à la manière dont on pourrait s’amender afin de mieux répondre aux besoins de nos enfants.

Théorème de la couche-culotte est aussi une affaire de chiffres. Nicolas Santolaria apporte en effet des données statistiques à l’appui de ses démonstrations. On apprend ainsi tour à tour que les femmes assureraient encore 65% des tâches parentales (Insee, 2010), que 62% des enfants français de huit à quatorze ans craignent de devenir un jour pauvres (Ipsos/Secours populaire, 2019), que seuls 3% des parents imaginent que leurs enfants vivront mieux qu’eux (Institut Gece, 2019), que 34% des enfants américains de moins de huit ans regardent chaque jour des vidéos en ligne ou encore que les activités extrascolaires des enfants serviraient surtout… à flatter le narcissisme de leurs parents (Sport, Education & Society, 2018). Comme en atteste ce dernier point, sur les « sur-enfants » de Nietzsche, Nicolas Santolaria se plaît à torpiller certaines idées reçues. Ainsi, un programme extra-scolaire trop conséquent aurait pour conséquence indirecte de nuire à l’éducation de nos ouailles en exerçant une pression démesurée sur elles (en plus de limiter le temps passé en famille). Au contraire, les vertus des jeux vidéo sont soulignées par l’auteur, avec l’appui de l’OMS.

Illustré de plusieurs dessins humoristiques, Théorème de la couche-culotte est un livre ouvert sur la parentalité, dont les traits caractéristiques sont épaissis non seulement pour provoquer le sourire du lecteur, mais aussi pour rendre limpides les démonstrations de Nicolas Santolaria. Cette lecture légère, ludique mais non moins étayée est de nature à rassurer tous les parents : ce qu’ils vivent, ils peuvent le projeter partout où adultes et enfants cohabitent. Et même si les mini-catastrophes et les micro-événements vécus s’avèrent finalement anodins, l’auteur, par ses talents de conteur, leur offre poésie, tendresse et facétie.

Théorème de la couche-culotte, Nicolas Santolaria
Anamosa, juin 2021, 288 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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