Concrete cowboy : le western au secours du drame social

Depuis le 2 avril, Netflix nous propose de voir Concrete cowboy, un drame social construit sur un système de références renvoyant au western, et interprété, entre autres, par Idris Elba. Un film un peu déséquilibré, qui fait des propositions intéressantes mais, hélas, ne sort pas des sentiers battus.

Premier long métrage de Ricky Staub, Concrete Cowboy est typiquement le genre de film que l’on aimerait apprécier plus, mais dont la qualité reste limitée. Comme Chloé Zhao l’a démontré récemment, le mélange de drame social et d’un western adapté au monde contemporain peut donner de très beaux films, à la fois émouvants et révélateurs sur la société états-unienne actuelle.
Le film débute à Detroit, ville symbole, depuis quelques années, du fin fond du désespoir social aux États-Unis. Sobrement, quelques messages laissés sur un répondeur défilent pendant le générique, nous apprenant que le jeune Cole va sans doute être viré du lycée, une fois de plus, pour cause de violence. Une façon de nous plonger tout de suite en plein cœur de l’action, sans perdre de temps en préambules lourdeaux. En règle générale, le rythme du film restera certes lent, mais jamais ennuyeux. Ricky Staub parvient à aller à l’essentiel sans se perdre en route.
Cole, quant à lui, a tout du personnage typique du drame social : un jeune paumé dans un milieu (géographique et social) sans avenir. Et une mère dépassée, n’ayant pas d’autre solution que de confier son ado de fils à un père dont on devine qu’il n’a pas été très présent pour l’éducation de sa progéniture.
Arrivent alors des images qui, à elles seules, suffisent à donner la mesure du désespoir de Cole, débarqué, en pleine nuit, dans un quartier sensible d’une ville qu’il ne connaît pas, errant de lieu en lieu avec ses bagages encombrants. Le sentiment d’abandon se ressent alors dans chaque plan.
Le récit reste, hélas, globalement très convenu. Le père, sévère mais juste. La découverte de la valeur du travail. L’intégration dans une communauté. Le tiraillement entre les décisions justes et raisonnables (travailler auprès des cowboys) ou les actes déraisonnables et dangereux (glander toute la nuit avec le cousin Smush, apprenti trafiquant qui navigue dans des eaux très troubles).
Autres lieux communs : le quartier est le lieu où s’exercent différentes formes de violence. Violence physique du conflit entre gangs. Violence sociale quand les autorités de la villes cèdent à la gentrification, et cherchent à récupérer ces quartiers que leur politique urbaine a ignorés pendant si longtemps, le tout pour loger les nouvelles générations de hipsters.
Il est cependant intéressant de constater que, même si le film ne sort pas des sentiers très balisés du genre, cela n’empêche pas Concrete cowboy d’être une œuvre qui se regarde avec plaisir, sans le moindre temps mort. Ricky Staub façonne une réelle empathie avec ses personnages. Les sentiments qui se dégagent du film sont vraiment touchants. Et le spectateur se laisse porter par ce récit, certes prévisible, mais bien rythmé et interprété.

La belle idée, c’est donc d’intégrer dans ce drame social… des chevaux ! Harp, le père de Cole, est un cowboy. Rien que cela peut surprendre : l’image du cowboy, que l’on attache aux grands espaces, à Monument Valley et aux troupeaux infinis, est ici plongée, dépaysée, dans un quartier délabré d’une des villes les plus à l’Est du pays.
Cependant, cela n’empêche pas Ricky Staub de jouer subtilement avec les codes du genre : solidarité des cowboys, histoires racontées autour du feu de camp, et surtout cet éternel conflit entre les cowboys marginaux et les sédentaires qui ne veulent pas de leur intrusion sur leurs terres. Parce que Concrete cowboy parvient à actualiser habilement cet éternel conflit à l’origine de bien des westerns, entre ceux qui n’ont que leurs chevaux et les “propriétaires” de la ville, souvent assistés par les autorités.
Mais l’Amérique urbaine du XXIème siècle n’est plus le monde en construction du XIXème. L’Amérique n’est plus la terre des cowboys. Ils sont menacés de partout. Les plus lucides ont déserté les cowboys pour entrer dans la police. Cependant, l’univers western conserve la puissance de son imaginaire. Les chevaux constituent toujours un rêve d’ailleurs, un rêve de vie plus simple. Même Smush, qui semble parfaitement adapté à cet univers urbain, rêve d’un ranch où il pourrait s’occuper de chevaux. Le milieu du western reste le monde de la liberté, l’antithèse de l’univers du déterminisme social. Ce qui se joue là est donc une libération, un affranchissement par rapport à l’enfermement où se trouve Cole (et les autres).

Mais le film ne se contente pas d’employer les chevaux comme de simples références à l’univers du western. Ils ont d’autres rôles à jouer.
D’abord ils constituent une sorte de rituel de passage à l’âge adulte pour Cole, qui apprend à se responsabiliser en s’occupant d’eux. De plus, ils lui montrent une voie dans laquelle il pourrait s’engouffrer, une voie plus “saine” que celle des glandouilles avec les dealers du coin.
Ricky Staub instaure même une assimilation entre les chevaux et les humains. Un des chevaux s’appelle Little, en souvenir du petit frère de Paris, mort brutalement. Nessie, quant à elle, fait un parallèle entre les chevaux et les esclaves du XIXème siècle :

“Nous, les noirs, on disait qu’un cheval n’est pas fait pour être dominé, mais pour être libre”.

C’est cette question de la liberté qui, finalement, occupe le centre du film.
Concrete cowboy en fait un film certes sans grandes surprises, mais qui se laisse voir d’une façon agréable.

Concrete cowboy : bande annonce

Concrete cowboy : fiche technique.

Réalisation : Ricky Staub
Scénario : Ricky Staub, Dan Walser
Interprètes : Idris Elba (Harp), Caleb McLaughlin (Cole), Jharrel Jerome (Smush), Lorraine Toussaint (Nessie)
Montage : Luke Ciarrocchi
Photographie : Minka Farthing-Kohl
Musique : Kevin Matley
Production : Tucker Tooley, Lee Daniels, Idris Elba, Dan Walser
Sociétés de production : Waxylu Films, Neighborhood Film Co., Green Door Pictures
Société de distribution : Netflix
Durée : 111 minutes
Genre : drame, western
Date de sortie : 2 avril 2021
Etats-Unis – 2021

Festival

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