Le Combat du capitaine Newman : loin du champ de bataille

Autre fiction inclue dans la série de films de guerre édités par Elephant Films, Le Combat du capitaine Newman partage avec Le Héros d’Iwo-Jima une approche non-conventionnelle de ce genre cinématographique, puisque son récit porte sur le traitement des soldats souffrant de stress post-traumatique. Coincé entre deux époques – ce qu’illustrent aussi bien les éléments du scénario que le jeu des comédiens –, le film souffre d’un déséquilibre permanent qui explique sans doute en partie qu’il est aujourd’hui largement méconnu.

Nous écrivions au sujet du Héros d’Iwo-Jima que cette œuvre de Delbert Mann répondait très peu aux canons du genre. Eh bien, il faut croire qu’Elephant Films aime réserver aux spectateurs quelques surprises, car ce Combat du capitaine Newman est encore plus éloigné des champs de bataille ! Ni le « combat » ni le « capitaine » inclus dans son titre ne sont ceux qu’on imagine. Le capitaine Newman (Gregory Peck) est en effet un médecin militaire. Pas celui qu’on a vu dans à peu près tous les films de guerre, celui qu’un pauvre troufion qui se vide de son sang au fin fond d’une jungle moite réclame en beuglant « mediiiiiiiiiic ! ». Newman est en effet le responsable d’une unité neuropsychiatrique au sein d’un hôpital militaire en Arizona. Du front, aussi bien Newman que le spectateur n’en connaissent que les traumatismes qui hantent les patients de l’unité, devenus « inaptes au combat ».

Cette facette de l’univers militaire rarement montrée au cinéma est d’autant plus étonnante si l’on considère que le film de David Miller – dont c’est une des dernières œuvres – est sorti en 1963, ce qui en fait tout simplement un pionnier de la représentation cinématographique des blessures psychologiques du soldat américain. Le long-métrage est basé sur un roman de Leo Rosten, qui s’était lui-même inspiré de l’expérience d’un de ses amis, Ralph Greenson, un célèbre psychiatre. Avant de devenir le psychanalyste de stars telles que Marilyn Monroe, Frank Sinatra ou encore… Tony Curtis (qui joue dans le film !), Greenson fut un des premiers spécialistes à avoir travaillé sur le stress post-traumatique des soldats. Sur le papier, donc, il y avait là un joli sujet cinématographique.

Là où pèche Le Combat du capitaine Newman est, paradoxalement, dans le traitement de ce sujet passionnant. Même si l’indulgence est permise si l’on garde à l’esprit que le film a près de 60 ans, il faut admettre que la peinture de la psychiatrie en milieu militaire est tantôt superficielle, tantôt ennuyeuse. S’il faut noter quelques scènes ou éléments narratifs peu communs pour l’époque (le suicide d’un patient officier, un autre rendu mutique par la honte de la couardise, la culpabilité du survivant vis-à-vis de ses camarades morts au combat), le spectateur n’apprend presque rien, ni des traumatismes psychologiques des guerriers, ni des méthodes employées pour les traiter. Miller s’est bien lancé dans une scène audacieuse d’hypnothérapie, méthode employée par le docteur Newman afin de pousser un de ses patients à enfin exprimer ce qui le ronge, le résultat est naïf et même un peu gênant… Bref, le film a mal vieilli.

Pire, Le Combat du capitaine Newman se révèle rapidement une œuvre hybride dont le ton humoristique désamorce toute prétention « sérieuse » (on n’ira pas jusqu’à la qualifier de documentaire). Le décalage est apporté principalement par le personnage du caporal Leibowitz, recruté comme infirmier par un capitaine Newman en manque chronique de personnel. Interprété par Tony Curtis, Leibowitz est l’atout comique d’un film qui ménage bon nombre de vraies séquences de farce (les moutons sur la piste d’atterrissage, le caporal qui amorce tout naturellement un dialogue avec les prisonniers de guerre italiens dans leur langue maternelle, les mêmes prisonniers qui entonnent à Noël Hava Nagila, ignorant que Leibowitz leur fait chanter une chanson folklorique juive et non « amérindienne » comme ils le croient, etc.). A l’évidence, Curtis a voulu rapprocher le plus possible le comportement imprévisible de son personnage des patients de l’unité psychiatrique, au point de se confondre avec eux, alors que le capitaine Newman représente la force tranquille qui conserve une saine distance professionnelle avec ceux qu’il traite. Si le film est coincé entre deux styles, c’est parce qu’il est coincé entre deux époques. Ainsi, Peck et Angie Dickinson interprètent sans génie des personnages qui semblent tout droit sortis du cinéma des années ’50. Ils se font par conséquent aisément voler la vedette par Tony Curtis (l’association Peck-Curtis est, en soi, le symbole d’une transition dans le cinéma hollywoodien), électron libre espiègle et au comportement politiquement incorrect, qui annonce une nouvelle ère. Et que dire de Robert Duvall, qui interprète un officier traumatisé et mutique, dont le jeu novateur annonce carrément le Nouvel Hollywood ?

En équilibre instable, le film ne remporte que rarement son pari. On pense par exemple au dialogue surréaliste entre Newman et Leibowitz au sujet du vol du sommet du sapin de Noël par l’infirmier ingérable, une vraie scène de comédie aux répliques parfaitement délivrées par les deux comédiens. Hormis quelques exceptions comme celle-ci, Le Combat du capitaine Newman demeure en surface de son sujet sérieux et pas assez engagé dans son ton irrévérencieux. L’hybridité somptueuse de Vol au-dessus d’un nid de coucou (Miloš Forman/1975) est malheureusement encore loin…

Synopsis : Pendant la seconde guerre mondiale, le docteur Josiah Newman dirige une unité psychiatrique pour vétérans. Il tente de redonner goût à la vie à ces soldats traumatisés par la guerre. Dans sa mission, il est aidé par un nouvel arrivant, Jake Leibowitz, aux méthodes peu conventionnelles.

SUPPLÉMENTS

Comme pour Le Héros d’Iwo-Jima, le film n’est accompagné que d’un seul bonus, mais il est de bonne facture. Étant donné que les deux longs-métrages sont sortis dans les années 60, Laurent Aknin, historien et critique de cinéma, membre du comité de rédaction de L’Avant-Scène Cinéma, a l’occasion d’insister à nouveau dans son analyse sur cette époque de transition pour le cinéma hollywoodien. Le Combat du capitaine Newman illustre parfaitement cette situation transitoire, comme expliqué plus haut, Gregory Peck incarnant son personnage archétypique de mâle rassurant alors que Curtis joue à merveille le trublion et que Duvall introduit un jeu tout à fait novateur. Les problèmes qu’engendre ce déséquilibre n’empêche pas le film de posséder de réelles qualités, sur lesquelles Aknin s’étend à juste titre, sans nier leurs limites. La représentation de certains thèmes, très rares voire inédits dans le cinéma américain, représente ainsi l’atout principal de ce film un peu étrange qui, malgré la présence de plusieurs vedettes, est aujourd’hui bien oublié.

Suppléments de l’édition DVD :

  • Le film par Laurent Aknin
  • Bandes-annonces
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Festival

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