Valse d’amour, de Dino Risi, en DVD/Blu-ray : l’amour d’un fou est le plus sincère

Les admirateurs de Dino Risi seront ravis par cette sortie proposée par LCJ Editions. Dans un de ses tout derniers longs-métrages, le maître italien retrouve son comédien fétiche, Vittorio Gassman, dans une comédie mélancolique et poétique. Le metteur en scène y refuse malicieusement de choisir un style bien précis, passant avec légèreté du drame familial au bonbon sucré, en passant par les excès de la comédie à l’italienne. Si le film se situe bien loin des chefs-d’œuvre de Risi, il donne au moins l’occasion à Gassman de nous rappeler, une fois de plus, quel immense comédien il fut. Un conseil, cependant : fuyez la version française !

Contrairement à ce qu’affirme la jaquette du DVD/Blu-ray, Valse d’amour (Tolgo il disturbo) n’est pas le dernier film réalisé par Dino Risi, mais son avant-dernier, le metteur en scène italien ayant achevé sa carrière six ans plus tard, en 1996, avec Giovani e belli, vague remake de Pauvres mais beaux (Poveri ma belli), une comédie qu’il avait réalisée lui-même en 1957. Si on préférerait oublier ce mauvais film qui clôtura la carrière du maestro de bien vilaine manière, il s’agit bien là de son dernier long-métrage pour le cinéma, avant son décès survenu en 2008, à l’âge de 91 ans.

Comme dans les grandes comédies italiennes dont Risi fut un des plus glorieux représentants, la prémisse de Valse d’amour assume pleinement sa part d’irréalisme. Un vieil homme qui n’a plus toute sa tête, Augusto Scribani (Gassman), est libéré d’un hôpital psychiatrique après dix-huit ans d’internement et est accueilli chez sa belle-fille et son nouveau compagnon. Il faut sans doute voir dans l’absence inexpliquée du fils de Scribani (pourquoi son ex-épouse accueillerait-elle son ex-beau-père ?) une simple pirouette scénaristique permettant d’éviter que le film se concentre sur des retrouvailles père-fils. D’ailleurs, Scribani, dont la mémoire est pour le moins confuse, n’a conservé de son fils qu’un vague souvenir ! Cette absence du rejeton parti au Brésil permet au récit de se concentrer sur la relation qu’Augusto va nouer avec sa petite-fille Rosa (Valentina Holtkamp). On découvre rapidement que celle-ci est malheureuse dans cette famille recomposée, entre une mère qui ne lui témoigne pas beaucoup d’attention et une vraie peste de demi-sœur.

Entre l’enfant en manque d’affection et le vieil homme qui a oublié les conventions sociales, se noue alors ce qu’ils appellent tous deux une « relation d’amour ». En troquant le sordide pour le poétique (jamais, bien sûr, nous ne verrons de rapprochement physique déplacé), Risi joue sur une touchante confusion des sentiments, la fillette déclarant jusqu’au bout qu’elle est amoureuse de son grand-père, quand celui-ci manifeste sa jalousie face aux éventuels prétendants de Rosa, qu’il s’agisse d’un gamin de son âge ou d’Alcide (Elliot Gould, égaré en Italie), un ami d’Augusto et ex-interné complètement maboule. Ce qui se révèle cependant derrière l’absurde ambiguïté de la situation et les gags provoqués par un Augusto ingérable, est nettement plus dramatique. Rosa est une enfant mal acceptée, corsetée par les convenances de son milieu familial bourgeois. Au contact de son fantasque grand-père, elle va découvrir de l’intérêt, de l’affection et une salutaire liberté. Le film se termine sur une note résolument mélancolique : réfugiée chez Augusto et Alcide, deux personnages au comportement imprévisible, Rosa est récupérée par ses parents au terme d’une intervention policière vaudevillesque, et est envoyée dans un internat sur les bords du lac Majeur. Dans ce décor magnifique, Risi tourne sa meilleure scène, qui est aussi la dernière du film. Augusto, ayant retrouvé la trace de sa petite-fille, prend conscience, malgré la confirmation de leur amour innocent, que celle-ci a grandi et emprunté sa propre voie dans la vie, avec des enfants de son âge. Le vieillard retourne alors seul vers l’embarcadère, se rappelant soudain les pas d’une valse…

Si Valse d’amour n’est pas dépourvu de moments de grâce et d’une certaine poésie charmante, le film est plombé par une hybridité stylistique qui n’est convaincante que par intermittence, un casting très inégal, des décors banals et une musique sucrée et datée (composée par Francis Lai), autant d’éléments qui le rapprochent d’un modeste feuilleton télévisé… Les choses tournent carrément au vinaigre si vous vous risquez à regarder le film en version française (la rédaction n’a reçu le DVD que dans cette version) : une véritable catastrophe ! Les doublages sont tous plus ratés les uns que les autres, la palme revenant au personnage de Rosa, dont la doubleuse a dû s’acquitter de son travail entre deux dessins animés particulièrement niais…

Si cette sortie s’adresse donc en priorité aux jusqu’au-boutistes de Dino Risi (et en version originale, par pitié), il faut insister sur le fait que son atout numéro un est, sans conteste, Vittorio Gassman. Dominant le reste du casting de la tête et des épaules, Il Mattatore croise ici la route de Dino Risi pour la seizième (!) et dernière fois, trente ans après L’homme aux cent visages qui lui valut son surnom. Le comédien rend honneur à ces retrouvailles, ignorant les défauts du film et l’éclaboussant de son talent, comme s’il jouait dans un chef-d’œuvre. Sa générosité, sa sincérité et sa touchante expression justifient à elles seules que l’on donne une chance à cette œuvre mineure.

Synopsis : Après dix-huit ans passés en hôpital psychiatrique, Augusto Scribani revient chez lui. Là vivent sa bru et son nouveau compagnon, ainsi que sa petite-fille, Rosa. Mal accepté par les adultes, il parvient à nouer une relation de complicité avec l’enfant.

Note des lecteurs0 Note
2.5

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Le Cuirassé Potemkine (1925), de Sergueï Eisenstein : de la propagande au firmament du septième art

Le talent d’Eisenstein fut initialement mis au service de la machine propagandiste soviétique. Un siècle plus tard, le temps a débarrassé ce film de toute la dimension polémique attachée au régime criminel. Ne reste aujourd’hui plus que la substantifique moelle du génie de son metteur en scène.

Le Grand Duel (1972), de Giancarlo Santi : pour quelques plans de Leone

Non dépourvu de plans géniaux – notamment son duel final – et illuminé par le magnétisme de Lee Van Cleef, le film est néanmoins écrasé par le modèle leonien, dont tous les codes sont scrupuleusement respectés. Les suppléments sont généreux et sympathiques… mais eux aussi très imparfaits.

A Prairie Home Companion (2006), de Robert Altman : adieu d’un maître, élégie du Midwest

Film testamentaire qui ne cède jamais au sentimentalisme, A Prairie Home Companion est un pot-pourri du cinéma de l’auteur de John McCabe : personnages multiples, nostalgie, valeurs du Midwest, amour de la musique. A travers un récit dédié à l’ultime émission d’un show radio, c’est en réalité au cinéma qu’Altman rend hommage avec cette œuvre profondément humaine.