La pluie de néon, électrique et violente

Avec La pluie de néon, voici la première apparition assez fracassante de Dave Robicheaux sous la plume de l’américain James Lee Burke. Une enquête tortueuse et violente à la Nouvelle-Orléans, ville et région que l’auteur fait vivre comme personne.

Dave Robicheaux (dit Belle-mèche, surnom issu de son enfance) est lieutenant de la police criminelle de la Nouvelle-Orléans. Parmi toutes les enquêtes en cours, certaines sont considérées comme résolues et en passe d’être clôturées. Ainsi, Dave vient voir Johnny Massina au moment de son exécution (sur la chaise électrique), pour discuter avec lui jusqu’au dernier moment. Il apprend ainsi qu’en ville, il se murmure que lui-même risque gros, tout simplement de se faire refroidir. Mais, par qui et pour quelle raison ? Serait-ce en lien avec l’affaire qui l’intrigue actuellement ? Alors qu’il pêchait dans le bayou, il a découvert le cadavre d’une jeune Noire. Pour ses collègues, il s’agit d’une non-affaire, la jeune femme s’étant probablement noyée accidentellement (hors de sa juridiction). Mais à l’instinct, Robicheaux considère que cela ne tient pas. Il sent que la jeune femme a été assassinée. Mais c’était une jeune femme sans histoire ou à peu près. En fait, elle se prostituait et gravitait dans un milieu de petits truands. Qu’est-ce qui a pu déraper ?

Une enquête trouble

Autant dire que l’enquête de Dave Robicheaux ne restera pas dans les annales de la littérature policière, car si nous le suivons dans ses rencontres, bien souvent le lien permettant de comprendre la succession de ses faits et gestes reste un peu obscur. Pourtant, ce n’est pas comme si le texte de James Lee Burke se contentait d’une description de ses actions sans jamais laisser entendre quelles pourraient être ses pensées. Simplement, il manque quelques explications qui permettraient de mieux comprendre les liens entre certains personnages. Il faut dire que l’intrigue met en scène des policiers (dont l’action se limite à une juridiction bien précise), mais aussi des truands, voire des mafieux, ainsi que des politiciens et des militaires. Entre policiers et militaires, on assiste à une guéguerre qui ressemble à celle que nous connaissons en France entre la police et la gendarmerie.

Robicheaux et son passé complexe

L’auteur ne se contente pas d’exploiter des relations qu’on pourrait qualifier de classiques du genre (littéraire) policier. Il fait intervenir l’histoire familiale des personnages principaux, ainsi qu’une intrigue sentimentale qui illumine ce livre marqué par une incroyable violence. Alors qu’elle s’ébauche à peine, l’histoire d’amour entre Dave et sa belle Annie aux yeux bleus électrique nous vaut une invitation prometteuse chez elle… quand un trio particulièrement agressif s’en mêle. Comme moyen de drague, on a vu mieux et infiniment plus fin. D’ailleurs, cela débouchera sur quelques situations où il sera question de confiance, de suite dans les idées, etc. Il faut dire que le passé de Robicheaux est plutôt sombre. Ancien de la guerre du Vietnam, il en garde des souvenirs particulièrement insoutenables (un groupe de villageois exécutés froidement, un soldat américain fils d’un général torturé d’une manière atroce). Tout cela est à l’image de ce roman envahi par la violence. Une violence qui pourrait tout détruire (jusqu’au frère de Dave), mais dont on peut considérer qu’elle sert de révélateur. Ainsi, Dave est fragile, au point de se rendre à des réunions des alcooliques anonymes. Longtemps repenti, il craque avec tout ce qui se passe autour de lui. Au point de laisser sa belle un soir sans prévenir, tout simplement car son besoin de s’alcooliser est plus fort que la tendresse, la sensualité et les sentiments. Comment expliquer cela à Annie, alors qu’ils se connaissent à peine ?

Robicheaux au présent

Le pire concernant Dave Robicheaux est sa (forte) tendance à foncer tête baissée, en solo (un autre épisode particulièrement violent le fait douter de son partenaire), en suivant le fil de ses déductions et surtout en cherchant à mettre hors d’état de nuire ceux qu’il considère comme malfaisants. Il avait déjà du sang sur les mains avant cette enquête, il en aura davantage à la fin du bouquin (mis à pied un moment, il conserve l’estime de son supérieur). Mais ce n’est jamais par plaisir, bien au contraire. Simplement, il semblerait que dans certains cas, il se montre incapable de suffisamment se maîtriser. Bref, la violence engendre la violence.

Violence et séduction

Mais si la violence envahit ce roman, il ne faudrait surtout pas s’arrêter à cette seule impression, car La pluie de néon procure aussi de très bons moments de lecture. D’abord, les dialogues se révèlent souvent savoureux, avec des répliques (qui s’enchaînent) où les personnages ne se gênent pas pour se provoquer, à fleurets mouchetés. Et puis, surtout, James Lee Burke se révèle incomparable pour décrire la Louisiane et l’ambiance dans le bayou. L’ensemble est très coloré, varié et incroyablement vivant (malgré le nombre de morts violentes qui émaillent ce roman). Un bonheur.

The neon rain (titre original), James Lee Burke.
Traduction intégrale par Freddy Michalski, Payot & Rivages, collection « Rivages/Thriller » 1996. Au format poche : collection « Rivages/Noir » n°339 (1999). (Première traduction par Joëlle Girardin, pour une publication en français sous le titre Légitime défense, édité par Gérard de Villiers, collection « Polars/USA » en 1988
 
 
 
 
 
 
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