Ratched, Woke, The Third Day, Away, Raised by Wolves : Que valent ces séries ?

Au programme de cette nouvelle vague de séries : Ratched, la série horrifique signée Ryan Murphy avec Sarah Paulson, Raised by Wolves une œuvre de science-fiction visuellement impressionnante diffusée sur HBO, The Third Day, le projet à l’atmosphère surréaliste mettant en scène Jude Law, Away, l’aventure spatiale qui envoie les téléspectateurs dans l’espace et Woke, la comédie inspirée de la vie réelle de Keith Knight mise en ligne sur la plateforme Hulu.

Ratched : La série gore sophistiquée avec Sarah Paulson

Pour la rentrée, Ryan Murphy propose sur Netflix une nouvelle série d’horreur, Ratched. Un préquel du film Vol au dessus d’un nid de coucou (1975) qui met en scène l’histoire de l’infirmière Mildred Ratched, interprétée par Sarah Paulson. Une performance hautement attendue après celle, mémorable, de Louise Fletcher dans le film de Milos Forman, dont les origines restaient mystérieuses.

Dans Ratched, on cherche à rendre sympathique cette infirmière perverse, tout en étant témoin de la montée en puissance de sa vilenie et son sadisme. Sarah Paulson incarne avec glamour le personnage de Mildred, rappelant fortement celui de Jessica Lange dans American Horror Story Asylum, mais dans une ambiance d’époque qui rappelle aussi Hollywood ou Feud. Un mélange de styles et une réalisation flamboyante signée sans équivoque Ryan Murphy. C’est d’ailleurs le reproche principal envers cette série, qui manquera du coup d’originalité dans sa réalisation.

Le pilote démarre sur l’incarcération en hôpital psychiatrique d’Edmund Tolson, un meurtrier médiatiquement célèbre interprété par le séduisant Finn Wittrock. On apprendra plus tard qu’il est la raison de l’arrivée de Mildred au Lucia State Mental Hospital, où elle parvient sournoisement à forcer son embauche. Un hôpital psychiatrique qui devient le théâtre des crimes et manigances de Ratched, sous l’œil complaisant de l’infirmière Bucket (Judy Davis) et du Dr Hanover (Jon Jon Briones).

Un premier épisode plutôt engageant, qui parvient déjà réunir les ingrédients nécessaires à la série d’horreur classique signée Ryan Murphy : du gore sophistiqué et des personnages féminins complexes et attachants.

4

 Celine Lacroix   

Woke : L’éveil du racisme inconscient traité avec humour

Sortie aux États-Unis sur Hulu, cette série humoristique d’apparence légère est en réalité une petite claque. Lamorne Morris – plus connus pour son rôle de Winston dans New Girl – interprète le rôle principale d’un cartooniste qui prend conscience “magiquement” du racisme de son quotidien. Alors qu’il perce enfin dans l’univers du cartoon, la révélation au public de sa couleur de peau dévoile le racisme sous-jacent mais violent dont il est touché, comme le blanchiment de son visage sur la couverture, ou les remarques des fans du style “Je ne savais pas que vous étiez noir”. Une mise en scène d’autant plus originale car le racisme se révèle à lui sous forme d’hallucination animée en live-action avec des objets qui s’animent et lui parlent. Un humour caustique qui dénonce une réalité pas facilement dénonçable sans tomber dans le politique.

De manière intelligente, c’est à travers notre personnage principale afro-américain que l’on prend conscience naïvement du racisme quotidien par lequel il ne semble jamais avoir été affecté – comme s’il n’avait jamais réalisé qu’il était noir jusqu’à maintenant. Drôle et bien réalisé, Woke se laisse regarder tout en traitant justement un problème d’actualité : le racisme inconscient aux États-Unis.

https://www.youtube.com/watch?v=LYt5HEabwvM

5

 Céline Lacroix    

The Third Day, une mini-série sacrément innovante

Mini-série qui comptera en tout six épisodes et un événement en direct (lire plus bas), production anglo-américaine qui compte notamment un certain Brad Pitt dans l’équipe des producteurs exécutifs, The Third Day a de quoi nous mettre l’eau à la bouche. Si son casting comprend notamment Jude Law, Naomie Harris (Skyfall, La rage au ventre, Rampage) et Emily Watson, c’est surtout sa structure qui témoigne d’une belle ambition. La série créée par Felix Barrett et Dennis Kelly sera en effet scindée en trois parties. Les première et troisième séries de trois épisodes chacune (« Été » et « Hiver ») représentent des chapitres autonomes (avec une intrigue et des héros distincts) mais interconnectés. Entre celles-ci, la compagnie de théâtre expérimentale Punchdrunk mettra en scène le chapitre « Automne » sous forme d’un événement unique tourné en plan séquence… et en direct ! Sur son site web, Punchdrunk nous informe que les téléspectateurs pourront voir cet épisode très particulier gratuitement sur la chaîne Sky Arts ou en ligne, le 3 octobre prochain. Si le coronavirus ne s’en mêle pas, est-on tenté d’ajouter… Voici en tout cas un concept pour le moins disruptif et intriguant, qui prouve une fois de plus que les créateurs de séries sont aujourd’hui souvent à l’avant-garde de l’innovation dans les spectacles visuels.

Nous sommes d’autant plus impatients de découvrir l’enchaînement des trois séquences – et surtout la seconde, qui promet d’être très spéciale – que le pilote de la mini-série prouve amplement qu’elle possède encore d’autres atouts. Jude Law y campe le personnage de Sam, un homme qui, après avoir sauvé une jeune fille, est attiré sur une île mystérieuse où il fait la connaissance d’une communauté pour le moins étrange qui tient à préserver ses traditions. On devine aisément que quitter l’île s’avèrera pour lui une tâche ardue. Ce qui frappe d’emblée est la grande richesse plastique des images, tant en termes techniques (jeu sur les flous, gros plans sur les visages, prises de vue originales, gamme chromatique très marquée, effets spéciaux) que purement visuels (la nature est superbement filmée, et il est conféré aux situations une valeur graphique marquée). A priori, mais cela demande confirmation dans les épisodes suivants, cette ambition visuelle n’est en rien gratuite, créant au contraire une expérience physique cohérente avec le concept imaginé par les créateurs. Elle sert également un style narratif original et une intrigue mêlant plusieurs genres. Le conte y est clairement convoqué, tout comme le thriller et le drame, le tout baignant dans un climat d’étrangeté inquiétante brouillant en permanence la limite entre rêve et réalité – la dernière séquence onirique en est la conclusion logique. Si le pilote dévoile un potentiel alléchant, on espère simplement que The Third Day parviendra à bien maîtriser la richesse des éléments narratifs et visuels mis en place, afin de ne pas déraper vers le pompeux ni ne grand-guignolesque. Si cet écueil peut être évité, nous tiendrons là assurément une série-phare de 2020.

4.5

Thierry Dossogne

Away – un pilot qui entraîne immédiatement le spectateur dans l’espace

Le 4 septembre 2020, Netflix a mis en ligne la première saison d’une nouvelle série intitulée Away. Mettant en scène Hilary Swank sous les traits de l’astronaute Emma Green, Away nous propose en dix épisodes d’une heure de suivre la première mission sur Mars, commandée par une femme.

Si déjà, le pitch attire les fans de science-fiction comme les curieux de conquête spatiale, ou simplement les fans d’action et d’aventure, le pilot termine ce travail avec une grande efficacité.

Ne laissant pas une seconde à l’ennui, ce premier épisode distille scènes dans l’espace, flashbacks pré-mission, vie de mère et d’épouse, difficultés spatiales et personnelles dans un cocktail qui fidélise le spectateur et suscite immédiatement son intérêt pour la suite.

Des dissensions politiques et des intérêts nationaux contradictoires viennent s’y ajouter, tout comme une part de mystère, et tout cela ne concerne que ce qui a lieu dans le premier épisode ! On imagine alors aisément la facilité pour les scénaristes à créer un crescendo lors du voyage pour Mars, mais aussi à l’arrivée sur la fameuse planète rouge. Quelles belles découvertes littéralement d’un autre monde, mais aussi quels problèmes et conflits attendent Emma et son équipe internationale, où déjà les spécialistes chinois et russe s’opposent à elle ? Et sur Terre, comment sa famille vivra-t-elle cet exil de leur épouse/mère qui s’est engagée pour une mission dans l’espace longue de trois ans ?

En commençant fort, le pilot n’a pourtant ni l’exagération, ni la surenchère pour défauts. C’est très prometteur.

4

Sarah Anthony

Raised by Wolves : Ridley Scott retourne dans l’espace !

Une fois n’est pas coutume, après Netflix, Hulu ou encore Apple TV+, c’est au tour du plus récent HBO Max de proposer une nouvelle série de science-fiction. Seulement celle-ci promet d’être bien différente. D’abord pour son esthétique, très éloignée d’autres œuvres parfois trop génériques, mais surtout pour un nom qui, à sa sortie, lui a immédiatement assuré une audience : Ridley Scott.

Raised by Wolves est l’un des uniques projets sériels auquel a participé le réalisateur britannique et l’on y retrouve beaucoup de concepts et thématiques qui lui sont chers : l’équilibre entre gigantisme et minimalisme ou encore le principe d’intelligence artificielle et plus particulièrement celui des androïdes sont des éléments déjà bien présents dans ses précédentes œuvres de SF. Mais une autre thématique se dégage dans ce pilote, celle des croyances et de la religion. Un sujet lui aussi déjà présent dans la filmographie de Scott, mais que celui-ci a tendance à moins maîtriser (en témoignent l’imperfection de Kingdom of Heaven et l’échec que fut Exodus : Gods and Kings).

L’histoire prend donc place au milieu du 22ème siècle, après qu’une guerre opposant athées et religieux a mené la Terre à sa perte. L’humanité cherche donc une nouvelle planète pour survivre alors que l’on suit deux androïdes chargés par les athées d’élever des enfants sur le système hostile de Kepler-22b, dans le but supposé de créer une nouvelle civilisation. Ces six embryons, dont l’objectif semble être d’assurer la survie de la race humaine, sont élevés loin de toute religion par les deux figures parentales, appelés Père et Mère. Mais les autres humains n’ont pas disparu pour autant et découvrent au terme de ce pilote l’existence de cette famille singulière et pour le moins dangereuse. En effet ces androïdes s’avèrent plus puissant qu’ils n’en ont l’air…

Au terme du premier épisode, il n’est pas vraiment possible de déterminer ce que signifie Raised by Wolves et quels seront les thèmes généraux de cette nouvelle série, ni quelle sera son histoire ou qui seront ses protagonistes (éveiller la curiosité, n’est-ce pas là le but d’un bon pilote ?), mais ces personnages intrigants, cette ambiance unique et cet univers dont on devine le très grand potentiel nous gardent scotchés tout du long.

https://www.youtube.com/watch?v=rE92bDAlPXI

4

Thomas Gallon

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

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Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

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Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.

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Les Saisons : L’amour, le rythme et les saisons

"Les Saisons", la série écrite et réalisée par Nicolas Maury, s’éloigne des éclats et des récits sociaux pour épouser le souffle intime d’un trio amoureux. Entre mélancolie poétique et naturalisme doux, elle tente moins de raconter que de saisir le frémissement des sentiments, au rythme d’une lumière vendéenne et d’un temps qui tangue. Une œuvre sensible, qui crée son public en osant la lenteur et la langueur.