Enola Holmes : on se laisse prendre à ce jeu féministe porté par une très charismatique Millie Bobby Brown

Enola Holmes est une adolescente qui vit dans un immense manoir dans la campagne anglaise. Élevée seule par sa mère dans une éducation qu’on ne peut qualifier de traditionnelle, elle n’a pas vu ses grands frères, bien plus âgés, depuis des années. Et quels frères ! Le cadet n’est autre que le très célèbre Sherlock Holmes, tandis que l’aîné est le moins connu mais plus sévère Mycroft.
Le jour de ses 16 ans, Enola se réveille pour constater que sa mère a disparu. Mycroft prenant en charge son éducation entreprend de l’envoyer en pensionnat pour jeunes filles. C’est sans compter sur l’envie de liberté d’Enola, qui s’enfuit, pour mener sa propre vie, mais surtout pour retrouver sa mère !.. En chemin, elle rencontrera un jeune Lord aussi épris de liberté qu’elle mais pas aussi débrouillard.

Un divertissement très frais 

Le long-métrage de plus de deux heures commence tambour battant, avec le personnage d’Enola (Mille Bobby Brown) comme narratrice, prenant dès le début l’habitude de s’adresser au spectateur en fixant la caméra. La jeune actrice donne beaucoup d’énergie à ce personnage. Sûre d’elle et joyeuse, elle pourra au début dérouter, mais se révèlera rapidement très attachante, déterminée à retrouver sa mère (Helena Bonham Carter).
L’énergie débordante et communicative répond bien à la photographie pastel, superbe, et à l’ambiance victorienne, romantique – on aurait presque envie de déambuler dans ce Londres sépia, oubliant la tuberculose et la misère qui y sévissaient.
Un tourbillon d’images, flashbacks, décors et actions diverses submerge au début le spectateur pendant une longue introduction qui le laissera finalement tranquillement installé dans une histoire aussi aventureuse qu’amusante. Et voilà que le temps file tandis qu’on suit les péripéties d’une Enola décidément très impressionnante, aussi futée que son frère Sherlock (Henry Cavill), capable de se battre et de rester pour autant amusante, sans jamais agacer par un côté irréel. Le brin d’impertinence de la jeune fille est le bienvenu, à la fois face à un frère rigide, Mycroft (Sam Claflin), affublé d’une misogynie bien de son temps, mais aussi face au jeune Lord Tewkesbury (Louis Partridge), adolescent qui a besoin d’être « dégourdi », pour ainsi dire.

Beaucoup d’actions et peu d’ennui 

Le point fort d’Enola Holmes est de maintenir en haleine son public, tant les décors et les péripéties changent, dans ce genre de films où on suit l’histoire sans forcément tout comprendre aussi vite que le personnage. Le mystère est au rendez-vous avec une double enquête qui s’inscrit à la fois dans l’aventure, l’action, la peur et un humour léger et appréciable. Les dialogues sont savoureux, avec leurs préoccupations victoriennes arrangées au goût du jour, mais surtout ces échanges amusants entre les deux adolescents.
L’évolution de l’histoire est fluide dans ces décors et ces costumes trop propres pour être réels, mais parfaits pour plaire à la jeunesse, sans pour autant être aberrants. On appréciera l’évolution des personnages, Tewkesbury gagnant en maturité, tandis que Sherlock gagne en humanité et qu’Enola surpasse l’abandon de sa mère. Et comment ne pas rester insensible aux premiers émois naissant entre les deux adolescents, rendus encore plus touchants par les regards perplexes ou gênés qu’Enola adresse au spectateur, complice de ces moments ?

Un féminisme flagrant mais attrayant 

Dès les prémisses, le féminisme clignote dans un coin, avant de devenir flagrant dans l’histoire. Ce n’est en rien un problème, bien que d’aucuns en profiteraient pour crier au women washing (ou pink washing : se servir du féminisme comme coup de com’). S’il y a évidemment un côté « féminisation de Sherlock Holmes » dans cette histoire, force est de constater qu’il y a avant tout une volonté de rajeunir le personnage en lui créant son pendant adolescent. Dans cet élan, qu’y a-t-il de si illogique à choisir d’en faire une jeune fille ? (Ici, en l’occurrence, sa sœur).
Adapté du premier tome de la série de romans The Enola Holmes Mysteries de l’auteure américaine Nancy Springer, le film Enola Holmes est en partie produit par son rôle-titre, la jeune Millie Bobby Brown : peut-on alors qualifier de coup de com’ un roman et un film mettant en scène des femmes et proposés par des femmes ?
La force de ce long-métrage est aussi de rendre ce féminisme nécessaire, et ce dès l’époque victorienne, appuyant encore davantage subtilement cette idée que l’égalité hommes-femmes devrait déjà avoir lieu de nos jours, et de le présenter comme assez attrayant, comme réalisé par des femmes puissantes, qui n’ont pas à obéir à des hommes qui ont parfois tort. Des femmes et des adolescentes qui se rebellent, enquêtent, se battent et sauvent leurs congénères du sexe opposé.
Notons que sa mère a nommé Enola ainsi car cela se lit « alone » (« seule » en Anglais) en sens inverse. Peut-être un moyen de prophétiser cet abandon au profit d’envies révolutionnaires contre lequel on aurait tout de même un peu à redire, mais qui aidera peut-être certains jeunes livrés à eux-mêmes.

Une réalisation impeccable et pleine d’humour

Au final, Enola Holmes, produit par les deux géants Legendary Pictures et Warner Bros. Pictures, est un film très bien fait, à la fois scénaristiquement et esthétiquement. Le rythme est prenant, les personnages sont attachants, l’aventure présente et, point très important, vraiment amusante. L’atout majeur de cette oeuvre est sa proximité avec le spectateur, son humour très marqué et bien dosé.
On peut saluer la prestation de tous les acteurs, notamment Henry Cavill, toujours aussi charismatique dans sa réserve toute britannique, mais aussi le jeune Louis Partridge, juste aussi bien dans la joie que la peine. Petit bémol à Helena Bonham Carter qui se révèle un peu lassante, faisant comme d’habitude du Helena Bonham Carter et qu’on aimerait enfin voir prendre des risques dans un autre type de rôles (si possible ni une femme excentrique, ni en costumes d’époque).
Mais la palme revient évidemment à l’époustouflante Millie Bobby Brown qui démontre encore une fois tout son talent dans un rôle bien différent de celui qui l’a révélée à douze ans : Eleven/Onze dans la série Stranger Things. La jeune actrice, de tous les plans, porte le film à bout de bras, ne ménageant ni son énergie, ni son enthousiasme. Elle enchante nos yeux de spectateurs blasés avec sa fraîcheur et sa spontanéité pleines de talent, et donne d’elle encore une fois une image très prometteuse. On se réjouira de retrouver tous ces personnages et cette ambiance dans un éventuel sequel qui a été annoncé comme en réflexion en septembre 2020.

Mettant aux commandes Harry Bradbeer et en vedette Millie Bobby Brown et Henry Cavill, Netflix nous propose une comédie d’aventure féministe dans l’entourage de la célèbre figure de Sherlock Holmes.
Sortie sur la plateforme le 23 septembre 2020.

Enola Holmes : bande-annonce 

Fiche technique :

Réalisateur : Harry Bradbeer
Scénariste : Jack Thorne
Adapté de : The Enola Holmes Mysteries, Nancy Springer
Musique : Daniel Pemberton
Casting : Millie Bobby Brown, Henry Cavill, Helena Bonham Carter
Produit par : Legendary Pictures, Warner Bros. Pictures
Distribué par : Netflix
Sortie : 2020
Pays : Etats-Unis
Version originale : anglais britannique
Genre :  comédie d’aventure, enquête
Durée : 123 minutes

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
Ecrivain et artiste, Sarah Anthony est copywriter freelance et a écrit au Mag de 2020 à fin 2023, elle y a notamment été responsable de deux rubriques : Arts & Culture (qu'elle a créée) et Séries. Son premier roman, La Saison sauvage, est disponible aux Editions Unicité depuis le 6 décembre 2022. Au sein de la rubrique Arts & Culture, Sarah a créé en janvier 2021 une chronique illustrée : l'Abécédaire artistique, qui a comptabilisé jusqu'à 20 000 lecteurs certains mois. En octobre 2023, l'Abécédaire artistique a été publié en livre et la chronique a pris fin en décembre de cette même année. Sarah Anthony se consacre désormais à l'écriture de son second roman. Plus d'infos : https://sarahanthonyfineart.com

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